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Un béguinage pour notre époque

L’ambiance des béguinages d’antan, une bonne dose d’engagement chrétien et une pincée de spiritualité jésuite : voilà les ingrédients du Béguinage du Viaduc, un habitat groupé hors du commun au cœur de Bruxelles. Notre rédacteur est allé à la rencontre d’Amelken De Brant, mère de quatre enfants, catholique convaincue et l’une des habitantes de ce béguinage du 20e siècle.

de notre rédacteur Glenn GEERAERTS
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER

Quelqu’un a dit que l’avenir du christianisme en Occident se trouverait peut-être dans les grandes villes, avec leurs populations multilingues et multiculturelles. En ce qui concerne Bruxelles, cette affirmation semble se vérifier. Dans le quartier européen, que l’on n’associe pas spontanément à des projets chrétiens, les jésuites proposent depuis des années la ‘communion de la Viale Europe’ : quelques religieux partagent leur maison avec une trentaine de jeunes, qui se retrouvent au moment de la prière et des repas.

Dans le Béguinage du Viaduc, des ponts sont également construits entre ses résidents

À deux pas de là se cache également un habitat groupé très particulier. Des personnes de nationalités et d’âges différents tentent d’y mettre en pratique l’Évangile au quotidien. Le lieu a été baptisé ‘Béguinage du Viaduc’ et, lorsqu’on s’en approche, on comprend tout de suite pourquoi. Les modestes maisons, construites pour l’occasion, sont regroupées autour d’une cour verdoyante. Le lien avec les béguinages historiques, où les femmes vivaient séparément mais se réunissaient pour prier, est vite fait. L’accès se fait par la rue du Viaduc et, dans ce ‘béguinage du 20e siècle’, des ponts sont également construits entre ses résidents.

Un village dans la ville

Amelken De Brant (34 ans) vit ici depuis 6 ans. Son mari Célin travaille comme éducateur ; elle s’occupe des enfants, dont le plus jeune a neuf mois. La musique est leur passion commune. « Notre petit appartement d’Etterbeek était devenu trop petit et c’est à ce moment qu’un de nos amis nous a parlé du projet d’un nouveau béguinage à Ixelles, à côté de l’église du Saint-Sacrement. Le père Guy Martinot, un jésuite, cherchait de jeunes familles pour faire revivre la paroisse et construire une communauté. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, mais nous nous sommes lancés. L’ambiance de ce village dans la ville nous a immédiatement séduits. »

L’ambiance de ce village dans la ville nous a immédiatement séduits

Les origines des habitants du béguinage sont très diverses : « Nous comptons une dizaine de jeunes familles, quelques étudiants en kot, un petit groupe de religieuses et deux célibataires âgés. Mon mari est français, nos voisins parlent allemand, espagnol ou hongrois. Cela n’a rien d’étonnant, nous sommes en plein quartier européen ! Et, avec quelques logements sociaux, le béguinage est également devenu un foyer pour une famille de migrants syriens. »

Un ciment solide

« C’est un ensemble très hétéroclite, mais avec un ciment solide : nous sommes tous catholiques », précise Amelken. Et, lorsqu’on lui demande ce que cela signifie, elle ne doit réfléchir qu’un millième de secondes : « Nous aimons Jésus. »

La population de ce béguinage est un ensemble très hétéroclite, mais avec un ciment solide : nous sommes tous catholiques

Un certain niveau d’engagement chrétien est exigé des futurs habitants. Amelken et sa famille vont à la messe le dimanche et, chaque mois, il y a une réunion spirituelle pour les résidents : « Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, nous avons organisé une veillée de prière. Nous échangeons en groupes sur des thèmes liés à la foi ou bien nous regardons un film d’inspiration chrétienne. » Une autre activité mensuelle est de nature plus prosaïque : il s’agit des tâches ménagères et de l’entretien du jardin intérieur. « Ce samedi-là, nous commençons par une louange dans la cour et, une fois le travail terminé, nous allons à la messe, puis nous prenons le repas ensemble. »

La prière transcende les différences

Ce qui tient peut-être le plus à cœur à Amelken, ce sont les initiatives spontanées qui naissent au sein de cet habitat groupé. « Vu que nous vivons très près les uns des autres, les choses se passent tout naturellement. Les mamans du béguinage prient ensemble, par exemple. Il y a aussi la prière du chapelet dans la cour intérieure en mai et pendant le carême. Au centre de tout cela, se trouve notre ‘Vierge pèlerine’, une statue de Marie qui séjourne chaque semaine dans un foyer différent, faisant ainsi le tour du béguinage. »

En priant, les différences d’opinion, qu’elles soient petites ou plus importantes, sont transcendées

Question délicate : la cohabitation se déroule-t-elle sans souci au Béguinage du Viaduc ? N’y a-t-il pas des conflits de temps à autre ? « Nous partageons beaucoup de choses, et la cour est commune, alors il y a parfois des moments où les choses deviennent plus compliquées », reconnaît Amelken. « Nous avons mis en place un conseil – composé d’un prêtre, d’une religieuse et de deux résidents laïcs élus – qui permet à la vie communautaire de se dérouler sans anicroche. »

« Il y a parfois, néanmoins, une mésentente entre certaines personnes – même si nous sommes tous chrétiens, nous ne fonctionnons pas tous de la même manière – et c’est justement dans ces moments-là que je constate que la prière et la foi en Dieu nous unissent. Notamment lorsque nous prions le Rosaire. En priant, les différences d’opinion, qu’elles soient petites ou plus importantes, sont transcendées. Tout le monde est le bienvenu chez Marie. »

Dans la joie comme dans la peine

La charité chrétienne (caritas en latin) est le fil conducteur de la vie (communautaire) au béguinage. Dans la droite ligne de la spiritualité ignatienne – saint Ignace est le fondateur des Jésuites – cette attention aux autres s’exprime aussi dans les petites choses. ‘En todo amar y servir’ – ‘en toutes choses, aimer et servir’, écrivait Ignace dans ses Exercices spirituels.

« C’est l’une des choses que j’apprécie ici pleinement chaque jour », explique Amelken. « Nous sommes là les uns pour les autres, dans la joie comme dans la peine. Un jour, un bébé naît, le lendemain, un voisin dit adieu à un membre de sa famille… Offrir une oreille attentive autour d’une tasse de café peut faire des miracles. De nombreuses choses sont partagées et c’est ce qui maintient la cohésion de la communauté. Où d’autre qu’ici peut-on demander tout à coup à ses voisins de garder les enfants lorsqu’un journaliste de Marie, Médiatrice et Reine frappe à la porte ? » (rires)

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