Il est le curé de l’aéroport

« Je suis le curé de l’aéroport. » C’est par ces mots que Michel Gaillard se présente à tous ceux qui l’abordent à l’aéroport de Bruxelles-National. Les comptoirs d’enregistrement, les vacanciers stressés et les avions qui décollent n’ont plus aucun secret pour ce Bruxellois pur souche, qui a succédé en 2006 au légendaire Herman Boon en tant qu’aumônier de l’aéroport. Michel a une mission quelque peu particulière à Zaventem. Alors que les vacanciers veulent monter dans les airs le plus vite possible, il les aide à garder les pieds sur terre, au sens figuré du terme…

par notre redacteur Glenn Geeraerts

Michel Gaillard est une tête connue pour de nombreux employés de l’aéroport. Cela se remarque immédiatement lorsqu’il nous guide à travers le dédale de couloirs, de halls et de portiques d’accès. Policiers, agents de sécurité, personnel chargé de contrôler les bagages : tous discutent spontanément avec le padre, comme ils l’appellent. L’aumônier répond avec aisance dans 5 langues, y compris en brusseleir, mais il utilise surtout son sourire : « C’est la meilleure langue qui soit. »

Michel Gaillard, aumônier catholique à Zaventem :
« Je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. »

Le multilinguisme est clairement un atout pour un aumônier catholique dans un aéroport international. « Il faut aussi savoir bien observer, écouter et se déplacer », explique Michel. Une brève visite guidée nous montre en effet que tout cela est important : « Ma tâche principale est d’offrir une oreille attentive à tous ceux qui se trouvent à Zaventem, tant voyageurs qu’employés. Il faut aussi bien observer pour repérer qui a besoin d’aide. »

Une perte de repères

« Il y a quelque temps, une femme pleurait dans le couloir menant à la chapelle », raconte-t-il. « Elle venait du Canada et se dirigeait vers l’Angleterre. Lors de l’enregistrement, son prénom et son nom avaient été intervertis sur son billet d’avion. La compagnie aérienne lui a donc refusé l’embarquement… Panique totale !
Je lui ai alors adressé la parole et lui ai expliqué ce qu’elle devait faire. Elle m’a confié par la suite qu’elle était autiste. Le voyage en avion était donc déjà un véritable défi en soi, même sans ce contretemps… »

L’aéroport est synonyme de voyage, de vacances, et en même temps, c’est un lieu angoissant

L’aéroport est un lieu paradoxal : à travers les vitres, on voit les avions rouler sur le tarmac. Ce qui est souvent synonyme de voyage ou de vacances. Et en même temps, Zaventem est un lieu angoissant. Des passagers qui se perdent ou ne retrouvent plus leurs bagages, cela se voit quotidiennement. « Les gens sont souvent stressés dès qu’ils entrent dans l’aéroport », explique Michel. « Ils perdent leurs repères, même s’ils ont le nez collé aux panneaux indicateurs. Et si l’enregistrement se passe mal, ce sont les employés qui en font les frais… »

Vue de l’aéroport (cliché : Wikimedia Commons / Twicnic)

Voyager ou prendre l’avion ?

Avec son gilet jaune portant l’inscription ‘chaplain’ et son col romain, Michel est facilement repérable, et donc abordable. « Quand je me présente comme ‘le curé de l’aéroport’, certains hésitent. Mais je les rassure très vite : je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. Je suis toujours curieux de savoir ce qui se cache derrière les questions pratiques que me posent les voyageurs. En tant qu’aumônier, je suis en quelque sorte privilégié : un policier peut demander à quelqu’un de présenter sa carte d’identité, mais les gens me confient des bribes de leur vie personnelle. »

Même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours

Autre paradoxe : les passagers veulent monter à bord de l’avion le plus vite possible. Ils savent que leur famille les attend à l’atterrissage ou ils rêvent de boire un cocktail au soleil. Et en même temps, ils doivent ‘garder les pieds sur terre’, du moins au sens figuré du terme, comme l’explique Michel : « Il est important de rêver, mais pour beaucoup, ‘partir en voyage’ signifie échapper aux problèmes quotidiens. Mais, même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours. »

Champagne et sans-abri

En chemin vers le hall des départs, impossible d’ignorer les boutiques de luxe qui se succèdent. Sacs à main, champagne, ou même le dernier modèle de Mercedes, tout cela attire l’attention. Un aéroport international est le miroir de notre société, et cela se remarque dans les moindres détails, explique Michel : « On ne le voit pas, mais c’est précisément là où l’on trouve un grand nombre de boutiques de luxe que vivent des sans-abri. Il y fait chaud, il y a des sanitaires et c’est plus sûr que dans la rue. »

Chapelle destinée au culte catholique romain à l’aéroport de Bruxelles National

Boutiques de luxe et sans-abri : un aéroport international est le miroir de notre société

Car l’aéroport, c’est aussi cela : on y rencontre non seulement des vacanciers au visage radieux, mais aussi des personnes qui quittent leur pays. Pour eux – du moins l’espèrent-ils – Zaventem est une porte ouverte vers une nouvelle vie. Michel se souvient des circonstances dramatiques au moment de la crise syrienne, il y a près de 15 ans. « Des jeunes hommes, à peine âgés de 20 ans, ont trouvé leurs parents baignant dans leur sang. Ils arrivaient en Europe les mains vides, ne parlant que leur langue… Il y a deux centres d’accueil pour demandeurs d’asile tout près d’ici. Quand je m’y rends, j’ai besoin d’une journée pour me remettre des histoires que j’y entends. »

Le mystère de Pâques

À l’aéroport de Zaventem, chaque confession religieuse dispose de son lieu de prière. Dans un couloir éloigné de l’agitation de l’aéroport, on trouve la modeste chapelle catholique romaine. Les gens viennent y prier juste avant l’embarquement. Dans le livre d’intentions, ils laissent quelques mots, souvent pour demander que l’on prie pour leur famille.

À Zaventem, les pèlerins vivent le mystère de Pâques

Les missionnaires et les groupes de pèlerins sont des habitués. « Surtout des Africains », précise Michel. « Ils sont en transit vers Fatima, Lourdes ou la Terre Sainte. Je les accueille tôt le matin, à leur descente de l’avion. Il s’agit surtout d’une aide pratique, par exemple pour le contrôle des passeports. À la chapelle, je donne quelques explications sur la signification spirituelle d’un pèlerinage, puis nous célébrons ensemble l’Eucharistie. »

Michel compare leur bref séjour à l’aéroport à la pâque, cette ancienne fête traditionnelle juive commémorant l’exode des Hébreux hors d’Égypte. « Ici, les pèlerins vivent le mystère de Pâques. Ils sont de passage, ils cheminent avec la Bible, à la rencontre de Dieu. »

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