Il y a quelque temps, un article de presse annonçait la fermeture d’une abbaye trappiste aux Pays-Bas. Dans le communiqué diffusé par la communauté, il était question d’un choix pour « l’achèvement ». Ça a l’air positif. Mais cela ne change rien à la situation : encore un monastère de nos régions qui ferme ses portes.
Cette nouvelle m’est revenue à l’esprit lorsque je me suis retrouvé dans une discussion sur le sens et le non-sens du phénomène du « monastère de clôture ». Quelqu’un affirmait que ce n’est plus de notre époque : des moines et des moniales qui, jusqu’à huit fois par jour, se rendent à la chapelle du couvent pour y prier. Non pas que la prière soit un problème en soi, mais il faut aussi travailler, disait-on. Car chacun doit apporter sa contribution à l’économie, et ce n’est pas possible quand on passe ses journées à prier.
C’est une critique ancienne : l’idée que les monastères de clôture (et leurs habitants) sont en porte-à-faux avec notre société, où la contribution à la collectivité est principalement mesurée à l’aune de critères économiques. La prière est-elle « inutile » ?
À mon avis, ce point de vue ne tient pas la route, même dans une logique de prospérité. Qu’en est-il alors des personnes gravement malades qui, malgré leurs souffrances physiques ou psychiques, puisent réconfort et force dans la prière ? Et si la foi aidait des personnes en détresse à reprendre prise sur leur situation, à voir un point de lumière à l’horizon sombre ? Est-ce inutile de savoir qu’il existe des hommes et des femmes qui, jour après jour, prient en communauté pour vous et pour moi ?
Dom Bernardus Peeters, abbé général et donc responsable mondial des trappistes et trappistines, rapporte une anecdote qui illustre de belle manière « l’utilité » de la prière — et de la vie monastique. Un jour, alors qu’il était encore jeune moine, il rencontra un homme qui habitait près de son abbaye. « Il s’est approché de moi et m’a remercié pour ma prière et pour le fait que, chaque matin à cinq heures, lorsqu’il partait travailler en voiture, il voyait la lumière allumée dans l’église abbatiale. Il y voyait un signe que des personnes priaient pour lui. »
Dans un monde marqué par l’inquiétude et les crises, la figure de Noé, fidèle et juste, résonne comme un appel à la confiance et à la responsabilité. À travers le regard du pape François et le récit biblique, ce texte nous invite à redécouvrir un message ancien mais toujours actuel. Entre mythe et foi, il nous conduit sur les traces d’une espérance capable de sauver et de renouveler la vie.
par Florence PAUL
« En prenant soin de la vie, sous toutes ses formes, Noé accomplit le commandement de Dieu et répète le geste tendre et généreux de la création, disait le pape François lors d’une catéchèse. Le récit biblique nous rapporte l’amertume du Seigneur devant la méchanceté de l’homme et la solution radicale qu’il avait choisie. Mais pour sauver la vie de la terre de la corruption et du déluge, Dieu confie la tâche au plus ancien de tous, le fidèle et juste Noé. »
Rappelant l’interprétation par Jésus de ce passage biblique, François soulignait : « Jésus, lorsqu’Il parle des jours de Noé souligne l’insouciance de l’être humain qui se limite à jouir de la vie, en perdant le sens et la dignité, en vivant même dans la corruption comme si cela faisait partie de la normalité. »
Une réponse à l’inquiétude
Tous les jours, la presse nous présente des bilans qui ne sont pas très joyeux. Elle relaie des désastres écologiques et humains, tels les déluges d’eau ou de feu, des exemples innombrables de corruption, et tant d’autres malheurs.
Par ailleurs, parmi ces tristes nouvelles, quelques-unes apportent tout de même de l’espoir. Dans les ténèbres, on peut apercevoir de la lumière avec la solidarité et la générosité dont peuvent faire preuve les êtres humains de bonne volonté. Noé, personnage biblique, en est un exemple.
En hébreu, Noé signifie ‘repos’, ‘tranquillité’, ‘consolation’. À lui tout seul, Noé est donc un message, une réponse à l’inquiétude. Des craintes, bien sûr qu’il y en avait à son époque.
L’histoire de Noé est un mythe fondateur, une histoire racontée que l’on retrouve dans beaucoup de civilisations. Un mythe, ce n’est pourtant pas comme on pourrait le penser, une histoire banale. C’est un récit qui trouve ses racines dans une réalité, mais qui a été enrichie au fil du temps, afin de concerner les gens d’époques différentes. Au fil du temps, des ajouts et des arrangements vont être réalisés pour accentuer certains aspects correspondants à des coutumes, des traditions ou des attentes, afin de faire parler un message en différents lieux et différents moments.
Sur les traces de l’arche
Une anthropologue écrivait que les mythes se rapportent toujours à des événements passés il y a longtemps, mais acquérant de la valeur lorsque le mythe forme une structure temporelle.
Il y a donc deux grands aspects : l’aspect rationnel avec une réalité objective et un second aspect s’adressant à l’imaginaire. Le mythe se construit dès lors au fil du temps pour faire une histoire et porter un message significatif. Il n’y aurait rien de choquant que le récit de Noé, ou celui de Noël par exemple, soit empreint d’une part de mythe, car il porte un message intemporel et universel. Le mythe contient du réel, du sensationnel et de l’émotionnel. C’est une histoire qui peut réconforter et encourager. Restons donc sur les traces de l’arche de Noé.
Noé préfigure la personne de Jésus-Christ. Il nous le fait découvrir par avance.
Relevons trois points essentiels du message de ce passage. Il fut le sauveur de son époque. Tout a été détruit, êtres humains et animaux. Seuls Noé et les occupants de l’arche ont été sauvés. Il représente donc le sauveur de l’humanité de son époque, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Grâce à lui, une semence de l’humanité a été préservée et sauvée malgré le grand déluge.
Prédicateur de justice
Le Christ, lui aussi, sauve celles et ceux venant à Lui par la foi. Dans sa première lettre aux chrétiens d’Asie Mineure, l’apôtre Pierre présente Noé comme un prédicateur de justice appelant à la foi et au repentir :
« Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, huit personnes furent sauvées à travers l’eau » (1 P 3, 18-20).
Et bien qu’ils aient entendu Noé parler de changer de comportement, les gens choisirent de ne pas le croire et n’entrèrent pas dans l’Arche. Ils ont fait de même au temps de Jésus car sa prédication n’a pas été écoutée. Comme Noé, il avait été un prédicateur de justice et de droiture pour réaliser le plan de sauver l’humanité. Si Noé a construit une arche gigantesque, Christ a bâti une Église, son Église ici-bas. Et comme pour l’Arche, il n’y avait qu’une seule porte : Lui-même : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9). Si tous ceux qui pénétrèrent dans l’Arche furent sauvés, tous ceux qui croient en Jésus sont aussi sauvés.
Sauver la vie du naufrage
C’est un récit apaisant. L’Arche fut ballottée par les flots tumultueux mais elle fut sauvée. L’Église est, elle aussi, secouée dans un monde de tempête mais elle résiste.
Le récit de Noé s’ouvre encore sur une autre dimension : en hébreux, le mot arche signifie ‘coffre’, ‘boite’. C’est le même terme qui est utilisé pour évoquer un berceau, comme celui de Moïse sauvé sur le Nil.
Le mot arche signifie également ‘parole’. La paix se cherche, se trouve et s’élabore donc avec la parole. Pour entrer en contact avec les autres, faire baisser le niveau de tension comme celui des eaux, la parole est une clé. Ce récit est donc riche de diverses images et clés pour sauver la vie de la violence et du naufrage.
Dans ce récit, il y a aussi la notion de paix : la colombe revenant à l’Arche est symbole de paix. Un tout petit brin d’olivier suffit à ressusciter l’espoir d’une vie possible. Il suffit de si peu pour voir se lever l’horizon de paix…
Il y a quelque temps, un article de presse annonçait la fermeture d’une abbaye trappiste aux Pays-Bas. Dans le communiqué diffusé par la communauté, il était question d’un choix pour « l’achèvement ». Ça a l’air positif. Mais cela ne change rien à la situation : encore un monastère de nos régions qui ferme ses portes.
Cette nouvelle m’est revenue à l’esprit lorsque je me suis retrouvé dans une discussion sur le sens et le non-sens du phénomène du « monastère de clôture ». Quelqu’un affirmait que ce n’est plus de notre époque : des moines et des moniales qui, jusqu’à huit fois par jour, se rendent à la chapelle du couvent pour y prier. Non pas que la prière soit un problème en soi, mais il faut aussi travailler, disait-on. Car chacun doit apporter sa contribution à l’économie, et ce n’est pas possible quand on passe ses journées à prier.
C’est une critique ancienne : l’idée que les monastères de clôture (et leurs habitants) sont en porte-à-faux avec notre société, où la contribution à la collectivité est principalement mesurée à l’aune de critères économiques. La prière est-elle « inutile » ?
Et si la foi aidait des personnes en détresse à reprendre prise sur leur situation, à voir un point de lumière à l’horizon sombre ?
À mon avis, ce point de vue ne tient pas la route, même dans une logique de prospérité. Qu’en est-il alors des personnes gravement malades qui, malgré leurs souffrances physiques ou psychiques, puisent réconfort et force dans la prière ? Et si la foi aidait des personnes en détresse à reprendre prise sur leur situation, à voir un point de lumière à l’horizon sombre ? Est-ce inutile de savoir qu’il existe des hommes et des femmes qui, jour après jour, prient en communauté pour vous et pour moi ?
Dom Bernardus Peeters, abbé général et donc responsable mondial des trappistes et trappistines, rapporte une anecdote qui illustre de belle manière « l’utilité » de la prière — et de la vie monastique. Un jour, alors qu’il était encore jeune moine, il rencontra un homme qui habitait près de son abbaye. « Il s’est approché de moi et m’a remercié pour ma prière et pour le fait que, chaque matin à cinq heures, lorsqu’il partait travailler en voiture, il voyait la lumière allumée dans l’église abbatiale. Il y voyait un signe que des personnes priaient pour lui. »
Les Pères Montfortains en collaboration avec l’Unité Pastorale d’Anderlecht organisent une journée de réflexion, rencontre, partage et prière dénommée : “Journée avec Marie” à Bruxelles-Anderlecht.
But de la journée : grandir ensemble dans la foi avec saint Louis-Marie Grignion de Montfort comme guide spirituel, être à l’école de Marie, rencontre, partage et annonce.
« A Jésus par Marie-pour une église missionnaire »
À l’école de Marie, nous apprenons à accueillir Dieu dans nos vies et à marcher avec confiance. Femme de foi et de disponibilité, Marie nous guide vers le Christ et nous invite à devenir, nous aussi missionnaires, témoins de son amour. Ensemble comme communauté missionnaire, nous avançons avec elle, portés par l’Espérance et animés par le désir de rejoindre chacun là où il se trouve.
Programme de la journée
Rendez-vous le amedi 23 mai 2026 à 1070 Anderlecht, Rue du Broeck 11 (à côté de la Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon). Métro : ligne 5 (station St Guidon), tram 81, bus 46 et 49, De Lijn 116, 117, 810
Accueil : 9h00 Prière d’ouverture :9h30 Enseignement : 9h45-10h15 Pause : 10h15-10h30 Enseignement 2 : 11h00-11h30 Echange et partage : 11h30-12h00 Pique-nique : 12h00-12h45 Messe et Prière de Consécration à Jesus par Marie : 12h45-13h30 Clôture de la journée : 13h30
Chacun apporte son pique-nique. Café et thé gratuit.
Pour plus d’infos: M. Guido Beelen, gb.ajpm@gmail.com ou 047 659 05 39
Les sanctuaires mariaux ont toujours exercé un attrait particulier sur les croyants. C’est le cas de Lourdes, où des pèlerins du monde entier confient leurs joies et leurs peines à la mère de Dieu. Chez nous, il existe aussi des lieux où la présence de Marie est palpable. Beauraing, par exemple, qui est devenue un lieu de pèlerinage international après une série d’apparitions en 1932-1933. « Les pèlerins témoignent qu’ils vivent ici quelque chose de particulier », explique le chapelain Chris Butaye.
par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef traduit du néerlandais par Michel CHARLIER
Lorsque nous rencontrons Chris Butaye au sanctuaire, il vient de terminer une visite guidée avec un interprète franco-coréen. Un groupe de pèlerins sud-coréens, découvrant les sanctuaires mariaux d’Europe, s’est en effet arrêté à Beauraing, l’endroit où Marie est apparue à 5 écoliers il y a quasi 100 ans.
Abbé Chris Butaye : « Les jeunes ne rejoignent pas facilement un groupe de pèlerins. »
Nous l’avions déjà entendu à Banneux : des pèlerins asiatiques sont prêts à faire un voyage en avion de 12 heures pour venir saluer Marie. « C’est une tendance marquante depuis quelques années, explique l’abbé Butaye. Les pèlerinages ‘traditionnels’, émanant de paroisses et de diocèses belges, ont du mal à se perpétuer. Cette situation est en partie contrebalancée par la visite de groupes étrangers, venant même parfois d’autres continents ! Beauraing devient ainsi l’une des destinations d’un circuit international de lieux d’apparitions reconnus. Il en existe entre une quinzaine et une vingtaine dans le monde. »
Des jeunes en quête de sens
À propos de tendances, l’abbé Butaye remarque qu’il y a davantage de pèlerins individuels qu’il y a 20 ans, lorsqu’il a été nommé chapelain à Beauraing. « Dans leur quête de sens, les jeunes se soucient moins des structures existantes, constate-t-il. Ils ne rejoignent pas facilement un groupe, alors que cela allait de soi pour la génération précédente. On le constate également dans les sanctuaires. »
« Je vois tous les jours des gens qui viennent seuls. Ils allument un cierge ou prient en silence devant la statue de la Vierge. Cela leur fait du bien. Mais un pèlerinage en groupe a tout de même une dimension supplémentaire, explique le chapelain. On chemine ensemble et, en chemin, on fait connaissance avec d’autres personnes, on a le sentiment d’être soutenu par les autres. C’est ce qui rend un pèlerinage en groupe si précieux. »
Vous avez lu un extrait d’unentretien avec l’abbé Chris Butaye, paru dans le dernier numéro de notre revue. Envie de vous abonner ? Découvrez-le sur notre site web.
Dans le numéro d’avril de notre revue Marie, médiatrice et reine, nous donnons la parole à quelques hommes et femmes qui ont suivi leur vocation : une religieuse, un diacre, un missionnaire congolais et un prêtre de paroisse. Comment donnent-ils forme à leur vocation dans la vie quotidienne ? Qu’est-ce que cela signifie, « être appelé » ? Dans ce blog, vous pouvez lire le témoignage du père Trésor, montfortain.
Né et grandi dans une famille profondément chrétienne, la prière en famille occupait une place centrale et constituait une obligation pour chacun de ses membres. La récitation du rosaire se faisait à tour de rôle. Il convient de souligner que, comme un enfant, malgré tout ce temps consacré à la prière et à la lecture biblique en famille, je n’aurais jamais pensé qu’un jour je deviendrais prêtre.
Enfant, je rassemblais mes amis pour ‘célébrer la messe’ en imitant ce que mon curé faisait à l’église.
Plus tard, cette idée a commencé à naître en moi à partir d’expériences modestes mais significatives. Parmi celles-ci : accompagner ma mère chaque matin à l’église ; après la messe, elle m’amenait saluer le prêtre pour recevoir sa bénédiction. De retour à la maison, je rassemblais mes amis pour ‘célébrer la messe’ en imitant ce que mon curé faisait à l’église. Un autre événement marquant fut un jour où la messe prévue dans ma paroisse ne put avoir lieu. Le prêtre, habitant très loin, devait venir à pied, et aucun moyen de transport n’était disponible. La pluie empêcha sa venue. À ce moment, je me suis dit intérieurement : « Si j’étais prêtre, je pourrais débloquer cette situation et permettre que la messe ait lieu. » Ce fut une étincelle dans mon cheminement vocationnel.
Père Trésor : « L’appel, au sens vocationnel, est une grâce, mais c’est aussi une responsabilité que Dieu confie à une personne. »
Après mon baptême, ma capacité de discernement s’est renforcée. J’ai intégré le groupe de la Légion de Marie, où j’ai mûri dans mon cheminement vocationnel à travers des formations sur le rôle de Marie et sa place dans l’Église. Ces temps de formation, complétés par des retraites et des moments de prière, m’ont permis d’expérimenter ce que le Seigneur voulait de moi et d’éclairer un appel qui, jusque-là, restait flou et incertain.
La confession, ce moment de grâce
L’appel, au sens vocationnel, est une grâce, un don de Dieu, mais c’est aussi un engagement profond et une responsabilité que Dieu confie à une personne. Signalons que cette initiative divine n’est pas une imposition, mais une proposition : confier à l’homme une mission. Elle ne naît ni d’un projet purement humain, ni d’une simple admiration pour une fonction ecclésiale, mais d’une rencontre progressive entre la liberté de Dieu qui appelle et celle de l’homme qui apprend à répondre.
L’Eucharistie quotidienne me permet de me rapprocher de Dieu
Aujourd’hui, je réalise ma vocation religieuse en célébrant les sacrements. L’Eucharistie quotidienne dans notre couvent à Louvain me permet de me rapprocher de Dieu et de rendre présent le Christ dans le monde. La confession fait également partie de ma vocation. Ce geste, apparemment simple, me révèle le rôle que j’ai comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, c’est-à-dire le rôle de représentant du Christ parmi les hommes (Jn 20, 21-23). Chaque confession est un moment de grâce, de pardon et de réconciliation, tant pour le pénitent que pour moi.
En plus, je réalise ma vocation en partageant la Parole de Dieu avec mes confrères, surtout lors de la prière des laudes que nous récitons quotidiennement. Ma vocation se manifeste aussi dans les gestes simples de la vie quotidienne : offrir un sourire, prodiguer un conseil, faire preuve d’humilité et accepter mes propres fautes.
Vous souhaitez partir cet été en vacances près de chez vous, tout en nourrissant votre soif spirituelle, seul(e) ou en famille ? Alors le Camp Jonas est fait pour vous. Lors de ces vacances-prière annuelles à Wépion, près de Namur, des temps de prière et de partage alternent avec des balades, des moments de détente, des veillées et des célébrations liturgiques. Oriane de Biolley, l’une des animatrices, nous en dit davantage.
par Glenn Geeraerts, rédacteur en chef
Une semaine de vacances-prière pour tous, jeunes et moins jeunes, petites et grandes familles, laïcs et religieux : voilà, en résumé, ce qu’est le Camp Jonas. Né il y a dix-neuf ans dans les Alpes, Jonas s’installe cet été à La Pairelle, le centre spirituel des jésuites à Wépion, dans les méandres de la Meuse. Pour les habitués, ce rendez-vous annuel en juillet est une occasion d’entrer en relation avec Dieu et de relire leurs vies dans le respect et l’écoute de chacun, avec le Seigneur pour guide.
Prier, balader, partager
Depuis 3 ans, Oriane de Biolley est membre de l’équipe qui anime le Camp Jonas. Elle nous explique comment se déroulera la semaine : « Le matin, les enfants sont pris à part pour des animations adaptées à leur âge. Les adultes ont un temps de prière personnelle suivi d’un moment de partage et d’écoute en groupe. Cela permet d’approfondir l’un ou l’autre passage de la Bible. On donne aux participants des pistes de prière, et puis on échange là-dessus. »
« L’après-midi, c’est tout le monde ensemble, grands et petits, nous dit Oriane. On fait une grande balade, suivie par des jeux, des veillées – toujours dans la joie ! Nous célébrons l’eucharistie tous les deux jours, et une soirée de réconciliation fait aussi partie du programme. »
Dans le ventre de la baleine
L’histoire biblique de Jonas est très connue : c’est le récit du prophète à qui Dieu demande d’aller dans la ville de Ninive pour convertir les habitants. Pendant le voyage, Jonas est avalé par un grand poisson – une baleine, selon certains. Il reste 3 jours et 3 nuits dans le ventre de ce poisson, où il prie le Seigneur. Alors seulement, la baleine le rejette sur la terre ferme et Jonas accepte la mission de Dieu.
Ce n’est donc pas un hasard si le Camp Jonas, avec la baleine comme symbole, a été nommé d’après ce prophète de l’Ancien Testament. « L’image de Jonas, c’est l’image de se retirer un peu comme le prophète, se retirer un peu de son quotidien et se replonger un moment, se ressourcer, pouvoir pousser son cri vers Dieu », nous dit Oriane.
Un camp à l’inspiration ignatienne
Depuis presque 20 ans, le Camp Jonas est organisé par Esdac, une association chrétienne internationale au service de la communion et du discernement des groupes. Et qui dit discernement dit saint Ignace.
« Ce sont en effet les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites, qui sont mis à la disposition de groupes, nous raconte Oriane de Biolley. Les Exercices sont nés de l’expérience personnelle de saint Ignace et des rencontres marquantes qu’il a vécues après sa conversion. Aujourd’hui encore, ils aident de nombreuses personnes à avancer dans leur vie intérieure et à suivre un chemin spirituel personnel. »
« Le fondateur des jésuites a eu l’intuition qu’il n’y avait pas que les personnes individuelles qui pouvaient faire un discernement, mais aussi les groupes. Esdac, et donc le Camp Jonas, se laissent inspirer par cette tradition séculaire », conclût Oriane.
« On y retrouve des jeunes qui ont la même foi »
Margaux (13 ans) est une habituée du Camp Jonas : « J’y ai appris à marcher, car ma première fois, c’était en 2018 avec ma maman. À ce moment-là j’étais encore très petite. J’aime le Jonas parce qu’on y retrouve plein de jeunes qui ont la même foi que nous, alors qu’en ville on ne peut peut-être pas trouver. On s’amuse, on rencontre des personnes qui sont différentes, qui peuvent être handicapées, et chaque année on apprend à connaitre d’autres personnes. »
« Pourquoi je participe ? En fait, toute la semaine il y a un bonheur énorme. C’est très chaleureux. Chaque matin il y a une petite prière, puis les enfants et les jeunes vont avec des animateurs faire des jeux, ou on parle de notre vie quotidienne. L’après-midi on fait la marche, tous ensemble ; c’est top ! Le soir on joue au Cluedo, il y a aussi une veillée de réconciliation… J’apprécie surtout les rencontres. Moi-même j’ai créé une amitié au Jonas et on se voit même en dehors du Jonas. »
Un esprit de bienveillance
« Depuis que j’ai découvert cette initiative, ce qui me plaît, c’est que Jonas rassemble un public très varié. C’est intergénérationnel : l’année passée, les âges s’échelonnaient de 18 mois à 86 ans ! » dit Oriane, en soulignant que le camp en juillet n’est pas réservé aux familles au sens strict. « Il y a des grands-parents avec des petits-enfants, des familles monoparentales et même des célibataires. On a accueilli une personne avec un handicap mental léger : la diversité est grande. Tous les états de vie, tous les âges… L’équipe qui anime aussi est diversifiée : il y a chaque fois un prêtre jésuite, des mamans solos, un couple… C’est vraiment varié et ça en fait toute la richesse. »
Peut-on considérer le Camp Jonas comme une retraite ? Oriane hésite : « Ce mot évoque pour moi un séjour où l’on est pendant une semaine complètement coupé du monde. Jonas, c’est aussi le partage. La prière du matin met dans le groupe un esprit tout à fait particulier de bienveillance et de profondeur. Lors des promenades, on ne parle pas juste des chaussures qu’on a achetées la veille… On partage nos convictions, nos croyances, ce qui nous fait vivre. Ce n’est donc pas non plus comme une semaine de vacances où on n’a rien de spirituel. Le côté silence et le temps de prière le matin, la balade plus familiale en après-midi, puis plein de joie le soir : c’est super équilibré ! »
Une randonnée dans la nature, rythmée par des temps de prière et de ressourcement, et avec le père nourricier de Jésus comme compagnon de route : voilà, en quelques mots, la Marche des hommes avec saint Joseph. Ce qui a commencé avec une poignée d’amis marchant vers l’abbaye d’Orval est devenu une tradition qui, en 2025, a rassemblé 365 participants. Les hommes savent pourquoi !
Propos recueillis par Glenn Geeraerts, rédacteur en chef
« La première marche a été organisée par quelques amis en 2010 afin de solliciter saint Joseph pour résoudre un gros risque d’effondrement d’une maison lors de travaux de rénovation », nous raconte José Beaudoint, l’un des initiateurs. « Cette marche partait de Saint-Léger, en Gaume. Elle empruntait les entiers à travers bois et champs pour aboutir à Orval. Petit à petit, le bouche à oreille a sensibilisé quelques marcheurs supplémentaires chaque année. »
Cela peut paraître étrange, mais les mesures sanitaires prises pendant la crise du Covid ont donné un coup de pouce à la marche. « En effet ; en 2021 l’autorisation d’organiser la marche a été donnée à condition de limiter à une quinzaine le nombre de marcheurs », explique M. Beaudoint. « Il a alors été décidé d’organiser diverses marches, à partir de 25 lieux de spiritualité dont les abbayes trappistes telles qu’Orval, Chimay, Rochefort et Westvleteren. Cela a entrainé une forte augmentation du nombre de pèlerins qui a atteint les 339 – nombre qui s’est élevé à 365 en 2025. »
Mieux connaitre saint Joseph
Voilà pour les chiffres. Qui sont les participants ? José Beaudoint : « L’homogénéité au départ des marcheurs – âge, situation familiale, niveau de formation religieuse, activités professionnelles – a fait place à une grande diversité, à des intérêts variés. La marche s’adresse à tous les hommes, pères, époux, de toutes générations et de toutes conditions physiques ou sociales, croyants ou en questionnement. Lumière au bout de la sapinière. »
L’initiative vient d’hommes laïcs, membres ou amis de la Communauté de l’Emmmanuel en Belgique. Ils vivent l’expérience de la présence de Jésus dans leur quotidien. Le fait que ce rendez-vous annuel ait lieu le 19 mars, fête de saint Joseph, n’a rien d’un hasard. Comment le père nourricier de Jésus inspire les participants ? « La marche vise à mieux connaître saint Joseph, à découvrir en quoi saint Joseph est un guide, un modèle pour nos vies de chrétien, un intercesseur puissant en grâces et à qui on peut confier nos difficultés tant personnelles que familiales ou professionnelles, à méditer sur les vertus de saint Joseph et à s’en inspirer en vue de fixer ses priorités, en vue de prendre de bonnes décisions. »
Prière, partage, louange
« À l’origine la marche débutait par une prière et une méditation au départ d’une église ou d’une chapelle », poursuit M. Beaudoint. « Au cours de la marche les échanges informels occupaient la plus grande partie du temps, ensuite la récitation du chapelet, les prières à saint Joseph et des temps de silence. À l’arrivée à Orval les marcheurs participaient à la messe avec la douzaine de moines. »
« L’intention est d’offrir des conseils, des repères qui au-delà de la journée pourront être utiles tout au long de l’année. La conception de la marche, des diverses activités et du contenu du carnet de marche apporte une réponse à ce pourquoi marcher avec saint Joseph. La journée est ainsi faite de rencontres, de prière, d’enseignement et d’écoute, de silence et de partage, de réflexions, de décisions, de témoignages, de louange. »
À la fin de la marche, on propose aux participants d’écrire une lettre à saint Joseph. Encore M. Beaudoint : « C’est très simple ! Pour lui écrire, il suffit d’un papier et d’un crayon pour confier à l’intercession de saint Joseph ce qui pèse sur notre cœur en ayant la certitude qu’il nous écoute et qu’il le relayera auprès de Dieu et de Jésus ! Une grande confiance en lui peut réserver bien des surprises… »
« Je suis le curé de l’aéroport. » C’est par ces mots que Michel Gaillard se présente à tous ceux qui l’abordent à l’aéroport de Bruxelles-National. Les comptoirs d’enregistrement, les vacanciers stressés et les avions qui décollent n’ont plus aucun secret pour ce Bruxellois pur souche, qui a succédé en 2006 au légendaire Herman Boon en tant qu’aumônier de l’aéroport. Michel a une mission quelque peu particulière à Zaventem. Alors que les vacanciers veulent monter dans les airs le plus vite possible, il les aide à garder les pieds sur terre, au sens figuré du terme…
par notre redacteurGlenn Geeraerts
Michel Gaillard est une tête connue pour de nombreux employés de l’aéroport. Cela se remarque immédiatement lorsqu’il nous guide à travers le dédale de couloirs, de halls et de portiques d’accès. Policiers, agents de sécurité, personnel chargé de contrôler les bagages : tous discutent spontanément avec le padre, comme ils l’appellent. L’aumônier répond avec aisance dans 5 langues, y compris en brusseleir, mais il utilise surtout son sourire : « C’est la meilleure langue qui soit. »
Michel Gaillard, aumônier catholique à Zaventem : « Je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. »
Le multilinguisme est clairement un atout pour un aumônier catholique dans un aéroport international. « Il faut aussi savoir bien observer, écouter et se déplacer », explique Michel. Une brève visite guidée nous montre en effet que tout cela est important : « Ma tâche principale est d’offrir une oreille attentive à tous ceux qui se trouvent à Zaventem, tant voyageurs qu’employés. Il faut aussi bien observer pour repérer qui a besoin d’aide. »
Une perte de repères
« Il y a quelque temps, une femme pleurait dans le couloir menant à la chapelle », raconte-t-il. « Elle venait du Canada et se dirigeait vers l’Angleterre. Lors de l’enregistrement, son prénom et son nom avaient été intervertis sur son billet d’avion. La compagnie aérienne lui a donc refusé l’embarquement… Panique totale ! Je lui ai alors adressé la parole et lui ai expliqué ce qu’elle devait faire. Elle m’a confié par la suite qu’elle était autiste. Le voyage en avion était donc déjà un véritable défi en soi, même sans ce contretemps… »
L’aéroport est synonyme de voyage, de vacances, et en même temps, c’est un lieu angoissant
L’aéroport est un lieu paradoxal : à travers les vitres, on voit les avions rouler sur le tarmac. Ce qui est souvent synonyme de voyage ou de vacances. Et en même temps, Zaventem est un lieu angoissant. Des passagers qui se perdent ou ne retrouvent plus leurs bagages, cela se voit quotidiennement. « Les gens sont souvent stressés dès qu’ils entrent dans l’aéroport », explique Michel. « Ils perdent leurs repères, même s’ils ont le nez collé aux panneaux indicateurs. Et si l’enregistrement se passe mal, ce sont les employés qui en font les frais… »
Vue de l’aéroport (cliché : Wikimedia Commons / Twicnic)
Voyager ou prendre l’avion ?
Avec son gilet jaune portant l’inscription ‘chaplain’ et son col romain, Michel est facilement repérable, et donc abordable. « Quand je me présente comme ‘le curé de l’aéroport’, certains hésitent. Mais je les rassure très vite : je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. Je suis toujours curieux de savoir ce qui se cache derrière les questions pratiques que me posent les voyageurs. En tant qu’aumônier, je suis en quelque sorte privilégié : un policier peut demander à quelqu’un de présenter sa carte d’identité, mais les gens me confient des bribes de leur vie personnelle. »
Même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours
Autre paradoxe : les passagers veulent monter à bord de l’avion le plus vite possible. Ils savent que leur famille les attend à l’atterrissage ou ils rêvent de boire un cocktail au soleil. Et en même temps, ils doivent ‘garder les pieds sur terre’, du moins au sens figuré du terme, comme l’explique Michel : « Il est important de rêver, mais pour beaucoup, ‘partir en voyage’ signifie échapper aux problèmes quotidiens. Mais, même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours. »
Champagne et sans-abri
En chemin vers le hall des départs, impossible d’ignorer les boutiques de luxe qui se succèdent. Sacs à main, champagne, ou même le dernier modèle de Mercedes, tout cela attire l’attention. Un aéroport international est le miroir de notre société, et cela se remarque dans les moindres détails, explique Michel : « On ne le voit pas, mais c’est précisément là où l’on trouve un grand nombre de boutiques de luxe que vivent des sans-abri. Il y fait chaud, il y a des sanitaires et c’est plus sûr que dans la rue. »
Chapelle destinée au culte catholique romain à l’aéroport de Bruxelles National
Boutiques de luxe et sans-abri : un aéroport international est le miroir de notre société
Car l’aéroport, c’est aussi cela : on y rencontre non seulement des vacanciers au visage radieux, mais aussi des personnes qui quittent leur pays. Pour eux – du moins l’espèrent-ils – Zaventem est une porte ouverte vers une nouvelle vie. Michel se souvient des circonstances dramatiques au moment de la crise syrienne, il y a près de 15 ans. « Des jeunes hommes, à peine âgés de 20 ans, ont trouvé leurs parents baignant dans leur sang. Ils arrivaient en Europe les mains vides, ne parlant que leur langue… Il y a deux centres d’accueil pour demandeurs d’asile tout près d’ici. Quand je m’y rends, j’ai besoin d’une journée pour me remettre des histoires que j’y entends. »
Le mystère de Pâques
À l’aéroport de Zaventem, chaque confession religieuse dispose de son lieu de prière. Dans un couloir éloigné de l’agitation de l’aéroport, on trouve la modeste chapelle catholique romaine. Les gens viennent y prier juste avant l’embarquement. Dans le livre d’intentions, ils laissent quelques mots, souvent pour demander que l’on prie pour leur famille.
À Zaventem, les pèlerins vivent le mystère de Pâques
Les missionnaires et les groupes de pèlerins sont des habitués. « Surtout des Africains », précise Michel. « Ils sont en transit vers Fatima, Lourdes ou la Terre Sainte. Je les accueille tôt le matin, à leur descente de l’avion. Il s’agit surtout d’une aide pratique, par exemple pour le contrôle des passeports. À la chapelle, je donne quelques explications sur la signification spirituelle d’un pèlerinage, puis nous célébrons ensemble l’Eucharistie. »
Michel compare leur bref séjour à l’aéroport à la pâque, cette ancienne fête traditionnelle juive commémorant l’exode des Hébreux hors d’Égypte. « Ici, les pèlerins vivent le mystère de Pâques. Ils sont de passage, ils cheminent avec la Bible, à la rencontre de Dieu. »
Quand nous parlons de « vocations », nous pensons immédiatement aux prêtres, aux diacres et aux religieuses et religieux. Un chemin de foi beaucoup moins connu est celui des vierges consacrées. Ces ‘épouses du Christ’ se mettent au service de l’Église tout en se laissant inspirer par leur propre charisme. Elles ne vivent pas dans un couvent mais sont enseignantes, infirmières ou… pharmaciennes, comme Katherine Stubbe, de Courtrai.
par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef traduction : Michel CHARLIER
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Avant que nous démarrions notre entretien, Katherine va refermer la porte de la grotte de Lourdes voisine, comme chaque soir. Cette coutume montre immédiatement que le service – l’un des piliers des vierges consacrées – ne doit pas nécessairement s’accompagner de grands gestes.
« Le service à la communauté peut prendre différentes formes, y compris dans votre travail », explique Katherine. « Dans ma paroisse, j’ai été responsable de l’acolytat pendant de nombreuses années et j’ai aidé à préparer à la confirmation. En tant que pharmacienne, je veux aussi être là pour les gens. Un client qui demande que l’on prie pour lui, une personne qui a besoin d’une oreille attentive : ce n’est pas exactement ce qu’on attend d’une pharmacienne, mais pour moi, cela fait partie de mon métier. »
Comme un mariage
La vie quotidienne d’une vierge consacrée présuppose une attention au sacrement de la réconciliation, c’est-à-dire une confession régulière, et une vie de prière bien développée. Katherine manque rarement l’eucharistie quotidienne – « une journée sans elle me paraît étrange », reconnaît-elle – et prie les prières du matin et du soir de l’Église. Le week-end, elle se rend souvent à l’abbaye de Westvleteren.
Être à l’écoute d’un client, prier pour quelqu’un : pour Katherine Stubbe, pharmacienne à Ingelmunster cela fait partie de son métier (cliché G.G.)
« On me demande parfois si je suis obligée d’aller à la messe tous les jours. Je ne considère pas du tout cela comme une obligation. Je compare la vie consacrée à un mariage : si vous aimez quelqu’un à en mourir, vous voulez être avec lui autant que possible… Il en va de même pour moi. »
Appelée ? Pas moi !
Petit flashback : Katherine Stubbe grandit dans une famille catholique à Ingelmunster, en Flandre occidentale. « Le dimanche, je me rendais à l’église avec mes parents, et j’ai continué pendant mon adolescence. Lorsque j’ai déménagé à Bruxelles, j’ai trouvé une chapelle à proximité où je pouvais me détendre ou allumer un cierge pendant les examens. Pour mon 2e cycle d’études, j’ai hésité à choisir la VUB, qui était une université ‘libre’. Cela aurait-il un impact sur ma foi ? En effet… mais pas comme je le craignais. Cela m’a appris à mettre des mots sur ma foi, ce qui lui a permis de s’approfondir et de se renforcer. »
Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente
Katherine a trouvé sa vocation près de chez elle : « En tant qu’étudiante, j’ai fait partie du Sint-Michielsbeweging, une association de jeunes catho à Courtrai, où j’assistais à l’eucharistie le samedi soir. Ce qui m’a plu là-bas ? Je pouvais y rencontrer des catholiques de mon âge. Nous pouvions tout simplement être jeunes et aborder la foi de manière naturelle. Nous n’étions pas considérés comme ‘anormaux’. »
« À la fin de l’eucharistie, une prière pour les vocations était invariablement lue. Une phrase en particulier me frappait : ‘Appelle des jeunes à ton service pour qu’ils marchent à ta suite sur le chemin de l’amour.’ J’ai pensé : appelez-en beaucoup, mais pas moi. Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente. »
En tant que vierge consacrée, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, entre autres par sa prière personnelle (cliche Unsplash/Aaron Burden)
Une soirée perdue
L’appel se fait alors de plus en plus fort. « J’étais en dernière année à l’université », explique Katherine. « J’allais à la messe tous les jours, j’ai acheté un missel et j’ai trouvé un couvent où je pouvais assister à la prière du matin et à l’eucharistie. Le soir, je rejoignais le Sint-Michielsbeweging. Mais je sentais que Dieu me demandait plus. Que faire après mes études ? Mon chemin de vie semblait pourtant évident : me marier et reprendre la pharmacie de mon papa. »
Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents
C’était sans compter sur Lui, qui a poussé Katherine à assister à une soirée sur les vocations. Au départ, elle a eu l’impression qu’il s’agissait d’une soirée perdue : « La prière était désordonnée, je pensais au stage que je devais terminer… Le lendemain matin, j’ai fait l’expérience de la vocation. J’ai senti qu’Il me demandait : ‘Katherine, pourquoi Me fuis-tu ?’. Là, à ce moment-là, j’ai dit ‘oui’. Mais je ne savais pas exactement quel chemin choisir. Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents : ils m’avaient donné la chance d’étudier pendant 10 ans et, soudain, je leur annoncerais que j’allais entrer au couvent ? »
Dans le monde
Katherine cherchait un moyen de donner forme à sa vocation sans avoir pour autant à se retirer du monde. Quelqu’un lui a parlé de l’existence des vierges consacrées : « Célibat, prière et eucharistie, service à la communauté : je me rendais compte que je menais déjà une telle vie. Ce fut un choix difficile à accepter pour mes parents, même si je n’entrais pas au couvent. »
Je suis convaincue qu’Il m’aime
10 ans après ce matin où elle a ressenti cet appel, elle a commencé la formation qui mène à l’ordination des vierges consacrées. Celle-ci s’est déroulée le dimanche 4 septembre 2016. Ce n’était pas le fruit du hasard, Katherine s’en est rendu compte par la suite : « Il m’est venu à l’esprit que c’était la date de l’anniversaire de mariage de mes parents, aujourd’hui décédés. Ils s’étaient dit ‘oui’ devant Dieu ce jour-là ; j’étais maintenant autorisée à Lui rendre cet amour. Et le Sint-Michielsbeweging, grâce auquel j’avais découvert ma vocation, avait été créé un 4 septembre. »
Des clins d’œil de Jésus
Près d’une décennie plus tard, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, à la pharmacie, mais aussi à la maison (sa prière personnelle), à la paroisse et au sein de la communauté chrétienne de Westvleteren. De temps en temps, les vierges consacrées – elles sont 11 dans le diocèse de Bruges – se rencontrent. « Je me sens portée par le Christ », affirme Katherine. « Parfois, Il me fait des clins d’œil, comme s’Il voulait me dire : ‘Je suis toujours en route avec toi.’ Je suis convaincue qu’Il m’aime, qu’Il nous aime à en mourir. »
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