Entretien • « À Beauraing, Marie nous montre son cœur » 

Les sanctuaires mariaux ont toujours exercé un attrait particulier sur les croyants. C’est le cas de Lourdes, où des pèlerins du monde entier confient leurs joies et leurs peines à la mère de Dieu. Chez nous, il existe aussi des lieux où la présence de Marie est palpable. Beauraing, par exemple, qui est devenue un lieu de pèlerinage international après une série d’apparitions en 1932-1933. « Les pèlerins témoignent qu’ils vivent ici quelque chose de particulier », explique le chapelain Chris Butaye. 

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER 

Lorsque nous rencontrons Chris Butaye au sanctuaire, il vient de terminer une visite guidée avec un interprète franco-coréen. Un groupe de pèlerins sud-coréens, découvrant les sanctuaires mariaux d’Europe, s’est en effet arrêté à Beauraing, l’endroit où Marie est apparue à 5 écoliers il y a quasi 100 ans.  

Abbé Chris Butaye : « Les jeunes ne rejoignent pas facilement un groupe de pèlerins. »

Nous l’avions déjà entendu à Banneux : des pèlerins asiatiques sont prêts à faire un voyage en avion de 12 heures pour venir saluer Marie. « C’est une tendance marquante depuis quelques années, explique l’abbé Butaye. Les pèlerinages ‘traditionnels’, émanant de paroisses et de diocèses belges, ont du mal à se perpétuer. Cette situation est en partie contrebalancée par la visite de groupes étrangers, venant même parfois d’autres continents ! Beauraing devient ainsi l’une des destinations d’un circuit international de lieux d’apparitions reconnus. Il en existe entre une quinzaine et une vingtaine dans le monde. » 

Des jeunes en quête de sens 

À propos de tendances, l’abbé Butaye remarque qu’il y a davantage de pèlerins individuels qu’il y a 20 ans, lorsqu’il a été nommé chapelain à Beauraing. « Dans leur quête de sens, les jeunes se soucient moins des structures existantes, constate-t-il. Ils ne rejoignent pas facilement un groupe, alors que cela allait de soi pour la génération précédente. On le constate également dans les sanctuaires. » 

« Je vois tous les jours des gens qui viennent seuls. Ils allument un cierge ou prient en silence devant la statue de la Vierge. Cela leur fait du bien. Mais un pèlerinage en groupe a tout de même une dimension supplémentaire, explique le chapelain. On chemine ensemble et, en chemin, on fait connaissance avec d’autres personnes, on a le sentiment d’être soutenu par les autres. C’est ce qui rend un pèlerinage en groupe si précieux. » 

Vous avez lu un extrait d’un entretien avec l’abbé Chris Butaye, paru dans le dernier numéro de notre revue.
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« Dieu confie à l’homme une mission »

Dans le numéro d’avril de notre revue Marie, médiatrice et reine, nous donnons la parole à quelques hommes et femmes qui ont suivi leur
vocation : une religieuse, un diacre, un missionnaire congolais et un prêtre de paroisse. Comment donnent-ils forme à leur vocation dans la vie quotidienne ? Qu’est-ce que cela signifie, « être appelé » ? Dans ce blog, vous pouvez lire le témoignage du père Trésor, montfortain.

Né et grandi dans une famille profondément chrétienne, la prière en famille occupait une place centrale et constituait une obligation pour chacun de ses membres. La récitation du rosaire se faisait à tour de rôle. Il convient de souligner que, comme un enfant, malgré tout ce temps consacré à la prière et à la lecture biblique en famille, je n’aurais jamais pensé qu’un jour je deviendrais prêtre. 

Enfant, je rassemblais mes amis pour ‘célébrer la messe’ en imitant ce que mon curé faisait à l’église.

Plus tard, cette idée a commencé à naître en moi à partir d’expériences modestes mais significatives. Parmi celles-ci : accompagner ma mère chaque matin à l’église ; après la messe, elle m’amenait saluer le prêtre pour recevoir sa bénédiction. De retour à la maison, je rassemblais mes amis pour ‘célébrer la messe’ en imitant ce que mon curé faisait à l’église. Un autre événement marquant fut un jour où la messe prévue dans ma paroisse ne put avoir lieu. Le prêtre, habitant très loin, devait venir à pied, et aucun moyen de transport n’était disponible. La pluie empêcha sa venue. À ce moment, je me suis dit intérieurement : « Si j’étais prêtre, je pourrais débloquer cette situation et permettre que la messe ait lieu. » Ce fut une étincelle dans mon cheminement vocationnel.  

Père Trésor : « L’appel, au sens vocationnel, est une grâce, mais c’est aussi une responsabilité que Dieu confie à une personne. »

Après mon baptême, ma capacité de discernement s’est renforcée. J’ai intégré le groupe de la Légion de Marie, où j’ai mûri dans mon cheminement vocationnel à travers des formations sur le rôle de Marie et sa place dans l’Église. Ces temps de formation, complétés par des retraites et des moments de prière, m’ont permis d’expérimenter ce que le Seigneur voulait de moi et d’éclairer un appel qui, jusque-là, restait flou et incertain.  

La confession, ce moment de grâce 

L’appel, au sens vocationnel, est une grâce, un don de Dieu, mais c’est aussi un engagement profond et une responsabilité que Dieu confie à une personne. Signalons que cette initiative divine n’est pas une imposition, mais une proposition : confier à l’homme une mission. Elle ne naît ni d’un projet purement humain, ni d’une simple admiration pour une fonction ecclésiale, mais d’une rencontre progressive entre la liberté de Dieu qui appelle et celle de l’homme qui apprend à répondre.  

L’Eucharistie quotidienne me permet de me rapprocher de Dieu

Aujourd’hui, je réalise ma vocation religieuse en célébrant les sacrements. L’Eucharistie quotidienne dans notre couvent à Louvain me permet de me rapprocher de Dieu et de rendre présent le Christ dans le monde. La confession fait également partie de ma vocation. Ce geste, apparemment simple, me révèle le rôle que j’ai comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, c’est-à-dire le rôle de représentant du Christ parmi les hommes (Jn 20, 21-23). Chaque confession est un moment de grâce, de pardon et de réconciliation, tant pour le pénitent que pour moi.  

En plus, je réalise ma vocation en partageant la Parole de Dieu avec mes confrères, surtout lors de la prière des laudes que nous récitons quotidiennement. Ma vocation se manifeste aussi dans les gestes simples de la vie quotidienne : offrir un sourire, prodiguer un conseil, faire preuve d’humilité et accepter mes propres fautes. 

propos recueillis par la rédaction

Jonas attend petits et grands

Vous souhaitez partir cet été en vacances près de chez vous, tout en nourrissant votre soif spirituelle, seul(e) ou en famille ? Alors le Camp Jonas est fait pour vous. Lors de ces vacances-prière annuelles à Wépion, près de Namur, des temps de prière et de partage alternent avec des balades, des moments de détente, des veillées et des célébrations liturgiques. Oriane de Biolley, l’une des animatrices, nous en dit davantage.

par Glenn Geeraerts, rédacteur en chef

Une semaine de vacances-prière pour tous, jeunes et moins jeunes, petites et grandes familles, laïcs et religieux : voilà, en résumé, ce qu’est le Camp Jonas. Né il y a dix-neuf ans dans les Alpes, Jonas s’installe cet été à La Pairelle, le centre spirituel des jésuites à Wépion, dans les méandres de la Meuse. Pour les habitués, ce rendez-vous annuel en juillet est une occasion d’entrer en relation avec Dieu et de relire leurs vies dans le respect et l’écoute de chacun, avec le Seigneur pour guide.

Prier, balader, partager

Depuis 3 ans, Oriane de Biolley est membre de l’équipe qui anime le Camp Jonas. Elle nous explique comment se déroulera la semaine : « Le matin, les enfants sont pris à part pour des animations adaptées à leur âge. Les adultes ont un temps de prière personnelle suivi d’un moment de partage et d’écoute en groupe. Cela permet d’approfondir l’un ou l’autre passage de la Bible. On donne aux participants des pistes de prière, et puis on échange là-dessus. »

« L’après-midi, c’est tout le monde ensemble, grands et petits, nous dit Oriane. On fait une grande balade, suivie par des jeux, des veillées – toujours dans la joie ! Nous célébrons l’eucharistie tous les deux jours, et une soirée de réconciliation fait aussi partie du programme. »

Dans le ventre de la baleine

L’histoire biblique de Jonas est très connue : c’est le récit du prophète à qui Dieu demande d’aller dans la ville de Ninive pour convertir les habitants. Pendant le voyage, Jonas est avalé par un grand poisson – une baleine, selon certains. Il reste 3 jours et 3 nuits dans le ventre de ce poisson, où il prie le Seigneur. Alors seulement,  la baleine le rejette sur la terre ferme et Jonas accepte la mission de Dieu.

Ce n’est donc pas un hasard si le Camp Jonas, avec la baleine comme symbole, a été nommé d’après ce prophète de l’Ancien Testament. « L’image de Jonas, c’est l’image de se retirer un peu comme le prophète, se retirer un peu de son quotidien et se replonger un moment, se ressourcer, pouvoir pousser son cri vers Dieu », nous dit Oriane.

Un camp à l’inspiration ignatienne

Depuis presque 20 ans, le Camp Jonas est organisé par Esdac, une association chrétienne internationale au service de la communion et du discernement des groupes. Et qui dit discernement dit saint Ignace.

« Ce sont en effet les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites, qui sont mis à la disposition de groupes, nous raconte Oriane de Biolley. Les Exercices sont nés de l’expérience personnelle de saint Ignace et des rencontres marquantes qu’il a vécues après sa conversion. Aujourd’hui encore, ils aident de nombreuses personnes à avancer dans leur vie intérieure et à suivre un chemin spirituel personnel. »

« Le fondateur des jésuites a eu l’intuition qu’il n’y avait pas que les personnes individuelles qui pouvaient faire un discernement, mais aussi les groupes. Esdac, et donc le Camp Jonas, se laissent inspirer par cette tradition séculaire », conclût Oriane.

« On y retrouve des jeunes qui ont la même foi »

Margaux (13 ans) est une habituée du Camp Jonas : « J’y ai appris à marcher, car ma première fois, c’était en 2018 avec ma maman. À ce moment-là j’étais encore très petite. J’aime le Jonas parce qu’on y retrouve plein de jeunes qui ont la même foi que nous, alors qu’en ville on ne peut peut-être pas trouver. On s’amuse, on rencontre des personnes qui sont différentes, qui peuvent être handicapées, et chaque année on apprend à connaitre d’autres personnes. »

« Pourquoi je participe ? En fait, toute la semaine il y a un bonheur énorme. C’est très chaleureux. Chaque matin il y a une petite prière, puis les enfants et les jeunes vont avec des animateurs faire des jeux, ou on parle de notre vie quotidienne. L’après-midi on fait la marche, tous ensemble ; c’est top ! Le soir on joue au Cluedo, il y a aussi une veillée de réconciliation… J’apprécie surtout les rencontres. Moi-même j’ai créé une amitié au Jonas et on se voit même en dehors du Jonas. »

Un esprit de bienveillance

« Depuis que j’ai découvert cette initiative, ce qui me plaît, c’est que Jonas rassemble un public très varié. C’est intergénérationnel : l’année passée, les âges s’échelonnaient de 18 mois à 86 ans ! » dit Oriane, en soulignant que le camp en juillet n’est pas réservé aux familles au sens strict. « Il y a des grands-parents avec des petits-enfants, des familles monoparentales et même des célibataires. On a accueilli une personne avec un handicap mental léger : la diversité est grande. Tous les états de vie, tous les âges… L’équipe qui anime aussi est diversifiée : il y a chaque fois un prêtre jésuite, des mamans solos, un couple… C’est vraiment varié et ça en fait toute la richesse. »

Peut-on considérer le Camp Jonas comme une retraite ? Oriane hésite : « Ce mot évoque pour moi un séjour où l’on est pendant une semaine complètement coupé du monde. Jonas, c’est aussi le partage. La prière du matin met dans le groupe un esprit tout à fait particulier de bienveillance et de profondeur. Lors des promenades, on ne parle pas juste des chaussures qu’on a achetées la veille… On partage nos convictions, nos croyances, ce qui nous fait vivre. Ce n’est donc pas non plus comme une semaine de vacances où on n’a rien de spirituel. Le côté silence et le temps de prière le matin, la balade plus familiale en après-midi, puis plein de joie le soir : c’est super équilibré ! »

Camp Jonas, du dimanche 5 au samedi 11 juillet 2026 à La Pairelle (Namur)
Renseignements : Nathalie Bastaits, 0479 28 58 77 ou jonasmontagneesdac@gmail.com
www.esdac.net/agenda

Marcher avec saint Joseph

Une randonnée dans la nature, rythmée par des temps de prière et de ressourcement, et avec le père nourricier de Jésus comme compagnon de route : voilà, en quelques mots, la Marche des hommes avec saint Joseph. Ce qui a commencé avec une poignée d’amis marchant vers l’abbaye d’Orval est devenu une tradition qui, en 2025, a rassemblé 365 participants. Les hommes savent pourquoi ! 

Propos recueillis par Glenn Geeraerts, rédacteur en chef

« La première marche a été organisée par quelques amis en 2010 afin de solliciter saint Joseph pour résoudre un gros risque d’effondrement d’une maison lors de travaux de rénovation », nous raconte José Beaudoint, l’un des initiateurs. « Cette marche partait de Saint-Léger, en Gaume. Elle empruntait les entiers à travers bois et champs pour aboutir à Orval. Petit à petit, le bouche à oreille a sensibilisé quelques marcheurs supplémentaires chaque année. » 

Cela peut paraître étrange, mais les mesures sanitaires prises pendant la crise du Covid ont donné un coup de pouce à la marche. « En effet ; en 2021 l’autorisation d’organiser la marche a été donnée à condition de limiter à une quinzaine le nombre de marcheurs », explique M. Beaudoint. « Il a alors été décidé d’organiser diverses marches, à partir de 25 lieux de spiritualité dont les abbayes trappistes telles qu’Orval, Chimay, Rochefort et Westvleteren. Cela a entrainé une forte augmentation du nombre de pèlerins qui a atteint les 339 – nombre qui s’est élevé à 365 en 2025. » 

Mieux connaitre saint Joseph 

Voilà pour les chiffres. Qui sont les participants ? José Beaudoint : « L’homogénéité au départ des marcheurs – âge, situation familiale, niveau de formation religieuse, activités professionnelles – a fait place à une grande diversité, à des intérêts variés. La marche s’adresse à tous les hommes, pères, époux, de toutes générations et de toutes conditions physiques ou sociales, croyants ou en questionnement. Lumière au bout de la sapinière. » 

L’initiative vient d’hommes laïcs, membres ou amis de la Communauté de l’Emmmanuel en Belgique. Ils vivent l’expérience de la présence de Jésus dans leur quotidien. Le fait que ce rendez-vous annuel ait lieu le 19 mars, fête de saint Joseph, n’a rien d’un hasard. Comment le père nourricier de Jésus inspire les participants ? « La marche vise à mieux connaître saint Joseph, à découvrir en quoi saint Joseph est un guide, un modèle pour nos vies de chrétien, un intercesseur puissant en grâces et à qui on peut confier nos difficultés tant personnelles que familiales ou professionnelles, à méditer sur les vertus de saint Joseph et à s’en inspirer en vue de fixer ses priorités, en vue de prendre de bonnes décisions. » 

Prière, partage, louange 

« À l’origine la marche débutait par une prière et une méditation au départ d’une église ou d’une chapelle », poursuit M. Beaudoint. « Au cours de la marche les échanges informels occupaient la plus grande partie du temps, ensuite la récitation du chapelet, les prières à saint Joseph et des temps de silence. À l’arrivée à Orval les marcheurs participaient à la messe avec la douzaine de moines. » 

« L’intention est d’offrir des conseils, des repères qui au-delà de la journée pourront être utiles tout au long de l’année. La conception de la marche, des diverses activités et du contenu du carnet de marche apporte une réponse à ce pourquoi marcher avec saint Joseph. La journée est ainsi faite de rencontres, de prière, d’enseignement et d’écoute, de silence et de partage, de réflexions, de décisions, de témoignages, de louange. » 

À la fin de la marche, on propose aux participants d’écrire une lettre à saint Joseph. Encore M. Beaudoint : « C’est très simple ! Pour lui écrire, il suffit d’un papier et d’un crayon pour confier à l’intercession de saint Joseph ce qui pèse sur notre cœur en ayant la certitude qu’il nous écoute et qu’il le relayera auprès de Dieu et de Jésus ! Une grande confiance en lui peut réserver bien des surprises… » 

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Il est le curé de l’aéroport

« Je suis le curé de l’aéroport. » C’est par ces mots que Michel Gaillard se présente à tous ceux qui l’abordent à l’aéroport de Bruxelles-National. Les comptoirs d’enregistrement, les vacanciers stressés et les avions qui décollent n’ont plus aucun secret pour ce Bruxellois pur souche, qui a succédé en 2006 au légendaire Herman Boon en tant qu’aumônier de l’aéroport. Michel a une mission quelque peu particulière à Zaventem. Alors que les vacanciers veulent monter dans les airs le plus vite possible, il les aide à garder les pieds sur terre, au sens figuré du terme…

par notre redacteur Glenn Geeraerts

Michel Gaillard est une tête connue pour de nombreux employés de l’aéroport. Cela se remarque immédiatement lorsqu’il nous guide à travers le dédale de couloirs, de halls et de portiques d’accès. Policiers, agents de sécurité, personnel chargé de contrôler les bagages : tous discutent spontanément avec le padre, comme ils l’appellent. L’aumônier répond avec aisance dans 5 langues, y compris en brusseleir, mais il utilise surtout son sourire : « C’est la meilleure langue qui soit. »

Michel Gaillard, aumônier catholique à Zaventem :
« Je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. »

Le multilinguisme est clairement un atout pour un aumônier catholique dans un aéroport international. « Il faut aussi savoir bien observer, écouter et se déplacer », explique Michel. Une brève visite guidée nous montre en effet que tout cela est important : « Ma tâche principale est d’offrir une oreille attentive à tous ceux qui se trouvent à Zaventem, tant voyageurs qu’employés. Il faut aussi bien observer pour repérer qui a besoin d’aide. »

Une perte de repères

« Il y a quelque temps, une femme pleurait dans le couloir menant à la chapelle », raconte-t-il. « Elle venait du Canada et se dirigeait vers l’Angleterre. Lors de l’enregistrement, son prénom et son nom avaient été intervertis sur son billet d’avion. La compagnie aérienne lui a donc refusé l’embarquement… Panique totale !
Je lui ai alors adressé la parole et lui ai expliqué ce qu’elle devait faire. Elle m’a confié par la suite qu’elle était autiste. Le voyage en avion était donc déjà un véritable défi en soi, même sans ce contretemps… »

L’aéroport est synonyme de voyage, de vacances, et en même temps, c’est un lieu angoissant

L’aéroport est un lieu paradoxal : à travers les vitres, on voit les avions rouler sur le tarmac. Ce qui est souvent synonyme de voyage ou de vacances. Et en même temps, Zaventem est un lieu angoissant. Des passagers qui se perdent ou ne retrouvent plus leurs bagages, cela se voit quotidiennement. « Les gens sont souvent stressés dès qu’ils entrent dans l’aéroport », explique Michel. « Ils perdent leurs repères, même s’ils ont le nez collé aux panneaux indicateurs. Et si l’enregistrement se passe mal, ce sont les employés qui en font les frais… »

Vue de l’aéroport (cliché : Wikimedia Commons / Twicnic)

Voyager ou prendre l’avion ?

Avec son gilet jaune portant l’inscription ‘chaplain’ et son col romain, Michel est facilement repérable, et donc abordable. « Quand je me présente comme ‘le curé de l’aéroport’, certains hésitent. Mais je les rassure très vite : je suis là pour aider tout le monde, quelle que soit sa religion. Je suis toujours curieux de savoir ce qui se cache derrière les questions pratiques que me posent les voyageurs. En tant qu’aumônier, je suis en quelque sorte privilégié : un policier peut demander à quelqu’un de présenter sa carte d’identité, mais les gens me confient des bribes de leur vie personnelle. »

Même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours

Autre paradoxe : les passagers veulent monter à bord de l’avion le plus vite possible. Ils savent que leur famille les attend à l’atterrissage ou ils rêvent de boire un cocktail au soleil. Et en même temps, ils doivent ‘garder les pieds sur terre’, du moins au sens figuré du terme, comme l’explique Michel : « Il est important de rêver, mais pour beaucoup, ‘partir en voyage’ signifie échapper aux problèmes quotidiens. Mais, même si vous vous dépêchez de partir, la réalité de la vie vous rattrape toujours. »

Champagne et sans-abri

En chemin vers le hall des départs, impossible d’ignorer les boutiques de luxe qui se succèdent. Sacs à main, champagne, ou même le dernier modèle de Mercedes, tout cela attire l’attention. Un aéroport international est le miroir de notre société, et cela se remarque dans les moindres détails, explique Michel : « On ne le voit pas, mais c’est précisément là où l’on trouve un grand nombre de boutiques de luxe que vivent des sans-abri. Il y fait chaud, il y a des sanitaires et c’est plus sûr que dans la rue. »

Chapelle destinée au culte catholique romain à l’aéroport de Bruxelles National

Boutiques de luxe et sans-abri : un aéroport international est le miroir de notre société

Car l’aéroport, c’est aussi cela : on y rencontre non seulement des vacanciers au visage radieux, mais aussi des personnes qui quittent leur pays. Pour eux – du moins l’espèrent-ils – Zaventem est une porte ouverte vers une nouvelle vie. Michel se souvient des circonstances dramatiques au moment de la crise syrienne, il y a près de 15 ans. « Des jeunes hommes, à peine âgés de 20 ans, ont trouvé leurs parents baignant dans leur sang. Ils arrivaient en Europe les mains vides, ne parlant que leur langue… Il y a deux centres d’accueil pour demandeurs d’asile tout près d’ici. Quand je m’y rends, j’ai besoin d’une journée pour me remettre des histoires que j’y entends. »

Le mystère de Pâques

À l’aéroport de Zaventem, chaque confession religieuse dispose de son lieu de prière. Dans un couloir éloigné de l’agitation de l’aéroport, on trouve la modeste chapelle catholique romaine. Les gens viennent y prier juste avant l’embarquement. Dans le livre d’intentions, ils laissent quelques mots, souvent pour demander que l’on prie pour leur famille.

À Zaventem, les pèlerins vivent le mystère de Pâques

Les missionnaires et les groupes de pèlerins sont des habitués. « Surtout des Africains », précise Michel. « Ils sont en transit vers Fatima, Lourdes ou la Terre Sainte. Je les accueille tôt le matin, à leur descente de l’avion. Il s’agit surtout d’une aide pratique, par exemple pour le contrôle des passeports. À la chapelle, je donne quelques explications sur la signification spirituelle d’un pèlerinage, puis nous célébrons ensemble l’Eucharistie. »

Michel compare leur bref séjour à l’aéroport à la pâque, cette ancienne fête traditionnelle juive commémorant l’exode des Hébreux hors d’Égypte. « Ici, les pèlerins vivent le mystère de Pâques. Ils sont de passage, ils cheminent avec la Bible, à la rencontre de Dieu. »

« Je me sens portée par le Christ » 

Quand nous parlons de « vocations », nous pensons immédiatement aux prêtres, aux diacres et aux religieuses et religieux. Un chemin de foi beaucoup moins connu est celui des vierges consacrées. Ces ‘épouses du Christ’ se mettent au service de l’Église tout en se laissant inspirer par leur propre charisme. Elles ne vivent pas dans un couvent mais sont enseignantes, infirmières ou… pharmaciennes, comme Katherine Stubbe, de Courtrai.  

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduction : Michel CHARLIER

*texte* 

Avant que nous démarrions notre entretien, Katherine va refermer la porte de la grotte de Lourdes voisine, comme chaque soir. Cette coutume montre immédiatement que le service – l’un des piliers des vierges consacrées – ne doit pas nécessairement s’accompagner de grands gestes.

« Le service à la communauté peut prendre différentes formes, y compris dans votre travail », explique Katherine. « Dans ma paroisse, j’ai été responsable de l’acolytat pendant de nombreuses années et j’ai aidé à préparer à la confirmation. En tant que pharmacienne, je veux aussi être là pour les gens. Un client qui demande que l’on prie pour lui, une personne qui a besoin d’une oreille attentive : ce n’est pas exactement ce qu’on attend d’une pharmacienne, mais pour moi, cela fait partie de mon métier. » 

Comme un mariage

La vie quotidienne d’une vierge consacrée présuppose une attention au sacrement de la réconciliation, c’est-à-dire une confession régulière, et une vie de prière bien développée. Katherine manque rarement l’eucharistie quotidienne – « une journée sans elle me paraît étrange », reconnaît-elle – et prie les prières du matin et du soir de l’Église. Le week-end, elle se rend souvent à l’abbaye de Westvleteren.

Être à l’écoute d’un client, prier pour quelqu’un : pour Katherine Stubbe, pharmacienne à Ingelmunster cela fait partie de son métier (cliché G.G.)

« On me demande parfois si je suis obligée d’aller à la messe tous les jours. Je ne considère pas du tout cela comme une obligation. Je compare la vie consacrée à un mariage : si vous aimez quelqu’un à en mourir, vous voulez être avec lui autant que possible… Il en va de même pour moi. » 

Appelée ? Pas moi !

Petit flashback : Katherine Stubbe grandit dans une famille catholique à Ingelmunster, en Flandre occidentale. « Le dimanche, je me rendais à l’église avec mes parents, et j’ai continué pendant mon adolescence. Lorsque j’ai déménagé à Bruxelles, j’ai trouvé une chapelle à proximité où je pouvais me détendre ou allumer un cierge pendant les examens. Pour mon 2e cycle d’études, j’ai hésité à choisir la VUB, qui était une université ‘libre’. Cela aurait-il un impact sur ma foi ? En effet… mais pas comme je le craignais. Cela m’a appris à mettre des mots sur ma foi, ce qui lui a permis de s’approfondir et de se renforcer. » 

Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente

Katherine a trouvé sa vocation près de chez elle : « En tant qu’étudiante, j’ai fait partie du Sint-Michielsbeweging, une association de jeunes catho à Courtrai, où j’assistais à l’eucharistie le samedi soir. Ce qui m’a plu là-bas ? Je pouvais y rencontrer des catholiques de mon âge. Nous pouvions tout simplement être jeunes et aborder la foi de manière naturelle. Nous n’étions pas considérés comme ‘anormaux’. » 

« À la fin de l’eucharistie, une prière pour les vocations était invariablement lue. Une phrase en particulier me frappait : ‘Appelle des jeunes à ton service pour qu’ils marchent à ta suite sur le chemin de l’amour.’ J’ai pensé : appelez-en beaucoup, mais pas moi. Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente. » 

En tant que vierge consacrée, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, entre autres par sa prière personnelle (cliche Unsplash/Aaron Burden)

Une soirée perdue 

L’appel se fait alors de plus en plus fort. « J’étais en dernière année à l’université », explique Katherine. « J’allais à la messe tous les jours, j’ai acheté un missel et j’ai trouvé un couvent où je pouvais assister à la prière du matin et à l’eucharistie. Le soir, je rejoignais le Sint-Michielsbeweging. Mais je sentais que Dieu me demandait plus. Que faire après mes études ? Mon chemin de vie semblait pourtant évident : me marier et reprendre la pharmacie de mon papa. » 

Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents 

C’était sans compter sur Lui, qui a poussé Katherine à assister à une soirée sur les vocations. Au départ, elle a eu l’impression qu’il s’agissait d’une soirée perdue : « La prière était désordonnée, je pensais au stage que je devais terminer… Le lendemain matin, j’ai fait l’expérience de la vocation. J’ai senti qu’Il me demandait : ‘Katherine, pourquoi Me fuis-tu ?’. Là, à ce moment-là, j’ai dit ‘oui’. Mais je ne savais pas exactement quel chemin choisir. Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents : ils m’avaient donné la chance d’étudier pendant 10 ans et, soudain, je leur annoncerais que j’allais entrer au couvent ? » 

Dans le monde 

Katherine cherchait un moyen de donner forme à sa vocation sans avoir pour autant à se retirer du monde. Quelqu’un lui a parlé de l’existence des vierges consacrées : « Célibat, prière et eucharistie, service à la communauté : je me rendais compte que je menais déjà une telle vie. Ce fut un choix difficile à accepter pour mes parents, même si je n’entrais pas au couvent. » 

Je suis convaincue qu’Il m’aime

10 ans après ce matin où elle a ressenti cet appel, elle a commencé la formation qui mène à l’ordination des vierges consacrées. Celle-ci s’est déroulée le dimanche 4 septembre 2016. Ce n’était pas le fruit du hasard, Katherine s’en est rendu compte par la suite : « Il m’est venu à l’esprit que c’était la date de l’anniversaire de mariage de mes parents, aujourd’hui décédés. Ils s’étaient dit ‘oui’ devant Dieu ce jour-là ; j’étais maintenant autorisée à Lui rendre cet amour. Et le Sint-Michielsbeweging, grâce auquel j’avais découvert ma vocation, avait été créé un 4 septembre. » 

Des clins d’œil de Jésus

Près d’une décennie plus tard, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, à la pharmacie, mais aussi à la maison (sa prière personnelle), à la paroisse et au sein de la communauté chrétienne de Westvleteren. De temps en temps, les vierges consacrées – elles sont 11 dans le diocèse de Bruges – se rencontrent. « Je me sens portée par le Christ », affirme Katherine. « Parfois, Il me fait des clins d’œil, comme s’Il voulait me dire : ‘Je suis toujours en route avec toi.’ Je suis convaincue qu’Il m’aime, qu’Il nous aime à en mourir. » 

« Nous ne voulons pas jouer aux moines » 

Un domaine monastique séculaire, un paradis pour les randonneurs et une brasserie renommée : voici Val-Dieu. Mais il se vit bien d’autres choses encore dans ce petit coin du Pays de Herve. Après le départ des derniers moines cisterciens en 2001, quelques croyants se sont engagés à redonner vie à l’abbaye. Parmi eux, le diacre Michel Gilsoul. Un quart de siècle plus tard, accompagné de 11 autres ‘apôtres’, il entretient le feu. 

propos recueillis par Glenn GEERAERTS
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER

Quand le soleil est présent, il est parfois difficile de se frayer un chemin à Val-Dieu, l’une des attractions touristiques de la province de Liège. Certains entrent dans la basilique pour allumer un cierge, d’autres se dégourdissent les jambes dans l’ancien jardin du monastère, d’autres encore dégustent un verre (ou deux) de bière locale. On en oublierait que Val-Dieu est un lieu de silence et de prière depuis des siècles.  

Les moines cisterciens s’installent à Val-Dieu au XIIIe siècle, dans un lieu appelé… ‘Vallée du Diable’, bien vite rebaptisé. L’abbaye alterne ensuite années de gloire et périodes de déclin, et joue même un rôle dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais la belle aventure finit par s’essouffler. Début 2001, à la mort du père supérieur, seuls 3 moines sont encore présents. Au bout de quasi 800 ans, la vie religieuse dans la vallée de la Berwinne semble devoir s’arrêter définitivement. 

Un proche des lieux

Michel Gilsoul dans le cloître de l’abbaye de Val-Dieu :
« La parole du Dieu vivant est le fil conducteur de notre vie »

Michel Gilsoul se souvient très bien de ce moment. « Certains croyants liégeois ont trouvé dommage que la vie communautaire à Val-Dieu disparaisse. Ils rêvaient d’un avenir pour l’abbaye. L’idée était que des laïcs – hommes et femmes – viennent vivre dans les bâtiments du monastère pour prier et travailler ensemble. J’ai accepté, plein d’enthousiasme. Notre aventure a donc démarré rapidement, avec la bénédiction de l’évêque de Liège de l’époque et de l’ordre cistercien, qui est encore aujourd’hui propriétaire des lieux. » 

Michel connaissait bien les moines et l’abbaye. « J’ai grandi dans un village voisin, mais mes parents n’avaient aucun lien avec Val-Dieu. Ce n’est qu’après mon mariage que j’ai assisté quelques fois aux vêpres dans l’église abbatiale. J’ai suivi une formation de diacre permanent et j’ai appris à mieux connaître la communauté monastique, déjà petite et fragile à l’époque. En 1996, après mon ordination diaconale, on m’a demandé de venir prêcher une fois par mois. Je me suis également engagé à l’adoration dominicale ainsi que pour la bénédiction des… voitures, une vieille tradition de Val-Dieu. » 

Par cœur  

La communauté de Val-Dieu entretient des liens étroits avec l’abbaye cistercienne de Lérins, sur la Côte d’Azur, « notre abbaye mère », comme l’appelle Michel. Dès le début, la règle de saint Benoît a été le principe directeur de la vie monastique chez les cisterciens, et donc également de la communauté laïque dont Michel fait partie depuis un quart de siècle. « Petit à petit, nous avons découvert ce que cette ancienne règle monastique signifiait réellement », explique-t-il. « C’est un mode de vie. La cohabitation fraternelle est essentielle. Les moines sont sur un pied d’égalité, même s’ils ont prêté serment d’obéissance. La simplicité et la régularité sont également importantes : comme les cisterciens, nous nous réunissons à heures fixes pour prier les psaumes. » 

La règle de saint Benoît, c’est une mode de vie

« La parole du Dieu vivant est le fil conducteur de notre vie », reprend Michel. « Quelqu’un m’a demandé un jour si je connaissais les psaumes par cœur. Cette expression est parfaitement adaptée : le cœur est la partie du corps où l’on peut être touché par la parole de Dieu. La lectio divina, c’est-à-dire la méditation et la contemplation de la Bible, traditionnellement pratiquée par les moines, est donc une pratique incontournable à Val-Dieu. »  

Prière et travail 

Aujourd’hui, la communauté laïque de Val-Dieu – officiellement une ‘association privée de croyants chrétiens’ – compte 12 membres, dont 4 vivent en permanence à l’abbaye. « Nous comptons dans nos rangs des célibataires, mais aussi des couples », précise Michel. Il insiste sur le fait que les membres de la communauté ne sont pas des religieux : « Nous ne voulons surtout pas jouer aux moines. En revanche, nous appliquons des traditions monastiques ancestrales, comme la récitation des psaumes et le goût du silence. Chacun a son propre appartement et nous nous rencontrons dans les parties communes – le réfectoire, la salle capitulaire. Mais, dès que nous passons dans les couloirs, nous restons silencieux. » 

Différentes générations cohabitent, comme dans un monastère

« On peut aussi se soutenir mutuellement dans la vie de foi. »

Le plus âgé du groupe a 83 ans, le plus jeune 32. Une richesse, pour Michel : « Différentes générations cohabitent, comme dans un monastère. Bien sûr, c’est un défi. Mais on peut aussi se soutenir mutuellement dans la vie de foi. »  

Contrairement à ce qui se passe dans un ‘vrai’ monastère, la plupart des membres de la communauté ont également une vie en dehors de Val-Dieu, ce qui demande une certaine flexibilité. S’occuper des enfants ou des petits-enfants prévaut souvent. Néanmoins, les frères et sœurs s’efforcent de se retrouver régulièrement dans la foi : « Ceux qui le peuvent viennent à l’église le matin pour les laudes. Le dimanche, après la messe, c’est le moment de se retrouver autour d’un repas. Chaque année, nous partons en retraite à Lérins ou dans une autre abbaye cistercienne. Parmi nos traditions, il y a aussi la journée de prière et de travail, généralement le samedi. La matinée est consacrée à la prière et à la catéchèse, tandis qu’après le pique-nique, nous retroussons nos manches pour travailler dans le domaine. Le parc, que nous avons ouvert aux touristes, nécessite par exemple beaucoup d’entretien. Heureusement, nous pouvons compter sur des bénévoles. » 

Boire et manger

Val-Dieu : la porte ouverte (photo : Jean-Pol Grandmont par Wikimedia Commons)

Dans une interview accordée à KTO, Michel a parlé de la « pastorale de la fourchette ». Il aurait pu y ajouter le couteau et même les casseroles et les pintes, des objets en lien direct avec le rôle touristique joué par l’abbaye de Val-Dieu. Le Pays de Herve, les Fourons, le Limbourg néerlandais : le tourisme dans la région s’est fortement développé au cours des dernières décennies. On vient donc à l’abbaye non seulement pour des raisons religieuses, mais surtout en tant que touriste. Le fait que l’on puisse y déguster une bière brassée dans l’enceinte de l’abbaye séduit. La beauté de l’environnement attire également beaucoup de monde.  

« Nous accueillons tous ces gens à bras ouverts. Même s’ils ne viennent ‘que’ pour manger et boire. Le tourisme est un excellent moyen de faire découvrir aux visiteurs, de manière accessible et sans rien leur imposer, ce qu’est pour nous ‘boire et manger’ : la Parole de Dieu, dont nous nous nourrissons tous les jours », explique Michel. 

Vous avez lu un extrait d’un article paru dans le numéro d’octobre de notre revue Marie, médiatrice et reine. Cliquez ici pour découvrir l’abonnement.

Le meilleur des cadeaux

Lorsqu’on vous demande votre date de naissance, vous n’avez pas besoin de réfléchir longtemps. Mais vous souvenez-vous de la date de votre baptême ? Notre regretté pape François nous a exhortés à ne pas oublier cet anniversaire non plus. Il qualifie même son baptême de plus beau cadeau qu’il ait eu le privilège de recevoir. 

Abbé Leo PALM, recteur du Sanctuaire de Banneux

Quand, le 18 janvier 1933, la Vierge des Pauvres conduit Mariette Beco pour la première fois à la source, elle l’invite à pousser ses mains dans l’eau. L’enfant obéit sans comprendre le sens de ce geste. Le 11 février, elle trempe encore ses mains dans l’eau et se signe au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Visiblement, l’enfant comprend maintenant ce qu’elle fait. Elle fait mémoire de son baptême, comme nous le faisons en entrant dans une église ou une chapelle. Nous nous signons avec l’eau bénite en souvenir de ce grand jour de notre vie où nous sommes devenus enfants de Dieu. 

Avant les apparitions, Mariette avait mis sa vie chrétienne en veilleuse. Elle n’allait plus à l’église et au catéchisme et avait même décidé de ne pas faire sa première communion. La visite de la Belle Dame a rallumé le feu dans son cœur : elle prie, elle participe à la catéchèse, elle anticipera même sa première communion. Le dimanche 12 février, elle se confesse et reçoit Jésus dans l’hostie.  

Une promesse formidable 

Le temps de Noël se termine par la fête du baptême du Seigneur. À cette occasion, le pape François nous posait la question du plus beau cadeau que nous avons reçu dans notre vie. Pour lui personnellement, la réponse était facile : un cadeau surpasse de loin tous les autres, et c’est le cadeau du baptême ! Il est tellement précieux qu’il en fêtait l’anniversaire. Ce jour-là, il est devenu enfant de Dieu et Jésus est devenu son compagnon de route. Il nous a fait cette promesse formidable : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »  

Le Christ peut faire cette promesse parce qu’il est le Ressuscité. Lors de la célébration du baptême, le Ressuscité est symbolisé par le cierge pascal. C’est à sa flamme que le cierge baptismal est allumé. Les paroles qui accompagnent ce rite m’ont toujours touché : « Recevez la lumière du Christ. C’est à vous, parents, parrain et marraine, que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir : que cet enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême. Ainsi, quand le Seigneur viendra, il pourra aller à sa rencontre dans son Royaume, avec tous les saints du ciel. » 

Un beau geste qui rappelle aux proches leur responsabilité et leur engagement envers le nouveau baptisé. Bien sûr, le moment viendra où ce baptisé reprendra le flambeau et sera lui-même responsable de sa vie de foi.  

Le bénitier 

L’Église nous offre des moyens très simples pour nous aider à ne pas perdre de vue la grâce du baptême. Elle nous propose des petits gestes que les parents peuvent poser et que les enfants peuvent reprendre à leur compte. 

J’ai grandi dans une famille de cinq enfants. Avec nous vivaient aussi ma grand-mère et une tante. La vie quotidienne se passait au rez-de-chaussée, et nos chambres à coucher étaient au premier étage. Au pied de l’escalier maman avait placé un bénitier et elle veillait scrupuleusement qu’il contienne toujours de l’eau bénite. (Lors de la vigile pascale, le curé bénissait une grande quantité d’eau et les acolytes du village allaient de porte en porte pour la proposer. Quand elle était épuisée, on pouvait s’en procurer à l’église où il y a toujours une réserve dans une belle cruche avec un petit robinet !) 

Maman nous a appris à nous arrêter devant le bénitier et à nous signer avec cette eau, le matin, quand nous descendions, et le soir, avant d’aller dormir. Nous faisions le même geste en entrant et en sortant de l’église paroissiale. Bien sûr, ce geste peut facilement devenir un automatisme, l’esquisse d’un signe de croix que nous faisons sans réfléchir. Cela est également vrai de beaucoup d’autres gestes quotidiens. Pour combattre une telle routine, il est bon de s’arrêter brièvement et d’adresser une brève prière au Seigneur : « Père, je suis ton enfant. Merci ! Je te confie cette journée. Aide-moi à vivre en enfant de lumière. »  

Chrétiens dans la vie

Il ne suffit pas que nous soyons chrétiens sur le papier, que notre nom soit inscrit au registre paroissial. Il faut être chrétien dans la vie, pas seulement le dimanche mais à tout moment, pas seulement à l’église, mais partout où nous sommes. Jésus lui-même l’a dit à ses apôtres lors de leur envoi en mission : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que vous ai enseigné » (Mt 28, 19s). Nous oublions souvent la deuxième partie : apprendre à vivre les deux grands commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Il s’agit d’un apprentissage qui dure toute la vie.  

Par la grâce du baptême, je suis membre de la grande famille qui a Dieu pour Père. Grâce au baptême, j’ai trouvé en Jésus un grand frère qui veille sur moi. Grâce au baptême, j’ai part à l’Esprit de famille, à l’Esprit d’amour. Nous avons besoin de notre famille chrétienne pour que la grâce du baptême puisse s’épanouir : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). Le biotope de la vie chrétienne est la communauté ! 

Des arbres et des hommes

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER
image : Arnaud MESUREUR

Dans son livre La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, écrivain et forestier dans la région de l’Eifel (Allemagne), compare les arbres à des êtres sociaux. Lors de l’une de ses rondes de surveillance en forêt, il découvre qu’une pierre moussue, devant laquelle il est passé tant de fois, est en réalité la souche noueuse d’un hêtre centenaire. Une misérable souche sans feuilles, qui semble avoir peu de chances de survie. En y regardant de plus près, Peter comprend que ce qui subsiste de ce hêtre robuste, abattu il y a quatre ou cinq cents ans, a été maintenu en vie par tous les arbres qui l’entourent, grâce à leurs racines. 

Le fait que les arbres se soutiennent, s’entraident les uns les autres n’est pas unique, explique Wohlleben. Même les spécimens les plus maigrichons sont souvent maintenus en vie par les arbres voisins. Un impressionnant réseau souterrain de fils fongiques et de racines assure l’échange de nutriments. Ici, les hêtres voisins pompent depuis des siècles une solution sucrée et l’envoient vers la souche, l’empêchant ainsi de mourir.  

Le hasard ?

N’en est-il pas de même pour notre foi ? Nous aimons nous dire que nous pouvons pratiquer notre foi chrétienne seuls et en toute sérénité. Mais si nous ne recevons pas régulièrement le soutien et l’encouragement d’autres croyants, notre foi, notre vie risquent de se dégrader. Si nous ne saisissons pas l’occasion de partager la joie de l’Évangile, nous risquons de voir nos racines s’étioler et notre foi s’enliser. 

Si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts

J’entends déjà les critiques : « C’est bien beau, cette histoire de forêt communiante et communicante. Mais les racines des arbres ne poussent-elles pas de manière sauvage et aléatoire ? N’est-ce pas dû au hasard si les racines d’un hêtre rencontrent celles d’un autre et fusionnent spontanément ? » 

Ces questions, Peter Wohlleben les a entendues à de nombreuses reprises. En réponse, il cite une étude de l’université de Turin. Les scientifiques ont découvert que les plantes peuvent faire la distinction entre leurs propres racines et celles de leurs pairs. Et ce n’est pas tout : si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts. Si les hêtres du début de cet article se comportaient comme des concurrents et s’étouffaient les uns les autres, c’est toute la forêt qui serait vulnérable. 

Écosystème  

À plusieurs, les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, emmagasine de grandes quantités d’eau et augmente l’humidité atmosphérique, écrit Peter Wohlleben. Dans un tel écosystème, les arbres peuvent devenir centenaires. Mais, s’ils ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol, créant ainsi de grandes béances dans la canopée. Les chaleurs estivales et les tempêtes peuvent alors s’y immiscer, de sorte qu’à long terme, aucun arbre n’est à l’abri. 

Si les arbres ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol

Lorsque les chrétiens vivent leur foi ensemble, cela ne profite pas seulement à chacun d’entre eux : cela permet à l’ensemble de la communauté – l’« écosystème » – de rester viable. Il est bon d’y réfléchir à la lumière du déclin de la vie paroissiale dans nos régions. 

La vie secrète des arbres est paru aux éditions Les Arènes, 2017 (titre original : Das geheime Leben der Bäume

« Notre cœur n’était-il pas brûlant ? »

+ Cardinal Jozef De Kesel

« Personne n’a jamais vu Dieu » (Jn 1,18), voilà ce qui est affirmé au début de l’Évangile de Jean. Et dans la première lettre de saint Paul à Timothée, nous lisons : « Il habite la lumière inaccessible » (6,16). Pourtant, Dieu n’est pas resté un Dieu lointain et étranger. Il est venu à nous. L’Écriture en témoigne. Il a cherché le contact. Il n’est pas l’Être suprême qui se suffit à lui-même. Il veut donner et partager. Il recherche l’amitié et le lien. C’est pourquoi il a appelé Abraham. C’est pourquoi il rassemble son peuple. C’est pourquoi il nous a envoyé son fils. Et tout au long de cette longue histoire, il s’agit toujours de ce même message, de ce même évangile, de cette même bonne nouvelle : Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur. Qu’il ne nous a pas créés en vain. Qu’il nous connaît, nous aime et nous accepte, radicalement. Sa parole est toujours une parole d’amour, ainsi qu’un appel à transmettre cet amour les uns aux autres.

Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur

Le feu de l’Esprit

Que Dieu parle, qu’il nous donne sa parole, voilà le miracle, le mystère dont témoigne toute l’Écriture. Mais le miracle, c’est aussi que les hommes le comprennent et soient réceptifs à cet amour. Que Dieu nous cherche et veuille se lier à nous n’est pas évident. Mais que l’homme lui-même donne sa parole à Dieu, lui réponde et veuille partager sa vie avec lui, l’est encore moins.

L’homme ne peut pas réaliser cela de lui-même. C’est Dieu qui touche et ouvre les cœurs. C’est pourquoi, dans l’histoire de la Pentecôte, il est question de feu, d’un feu qui vient d’en haut, d’un feu qui fait brûler nos cœurs, le feu de l’Esprit. Le livre de l’Exode raconte que « la montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu ». Ce même feu est également évoqué lors des débuts de l’Église, lorsque les disciples quittent le cénacle et proclament avec audace l’Évangile, la Parole de Dieu.

Reconnaître Jésus

Pour nous, chrétiens, la Parole de Dieu n’est autre que le Christ lui-même. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). En lui, Dieu a engagé tout son amour envers chacun de nous. En lui, Dieu a conclu une alliance nouvelle et éternelle. Il est allé jusqu’au bout, jusqu’à la croix.

Lorsqu’il est mort, il a été abandonné par tout le monde, y compris par la quasi-totalité de ses disciples. Et même le jour de Pâques, ceux-ci ont été effrayés et ont fermé leurs portes. Jusqu’à ce que le feu et le vent apparaissent soudain, comme au Sinaï dans les temps anciens. Comme cela est arrivé aux disciples sur la route d’Emmaüs, alors qu’ils avaient perdu tout courage. Mais lorsque lui, l’étranger, leur eut parlé, qu’il eut rompu le pain devant eux et qu’ils l’eurent reconnu, ils se sont dit l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). C’est ainsi que l’Esprit agit : nous reconnaissons Jésus comme notre Seigneur et notre Sauveur, et nous comprenons sa parole.

« Heureuse celle qui a cru »

Pentecôte vient du mot grec Pentêkostè, qui signifie « cinquantième ». La communauté religieuse juive fête toujours la Pentecôte 50 jours après Pâques. Ce jour-là, ils célèbrent le souvenir de ce qui s’est passé au Sinaï : comment Dieu a donné sa Parole, sa Loi et ses commandements à son peuple. Nous, chrétiens, commémorons également à ce moment que Dieu nous a donné son Fils, sa Parole, et que, par le feu de l’Esprit, il a ouvert nos cœurs à cette Parole.

Dans les Actes des Apôtres, il est écrit que Marie, la mère de Jésus, était avec les disciples lorsque ceux-ci attendaient dans la chambre haute la venue de l’Esprit (Actes 1, 14). Marie est intimement liée à la Pentecôte. Il faut dire qu’elle a porté la Parole de Dieu dans son ventre. Mais pas seulement dans son ventre. Dans son cœur aussi. Saint Augustin le dit si bien : « Avant même de l’avoir reçu dans son ventre, elle l’a reçu dans son cœur. »

Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple

« Heureuse celle qui a cru », dit l’ange lors de l’annonciation (Lc 1, 45). Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple. Le Seigneur le confirme : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). C’est ce que Marie a fait et c’est en cela qu’elle est notre exemple. Tout comme Marie a été prise, par l’Esprit, ‘sous son ombre’, c’est ce même Esprit qui nous fait écouter la parole de Dieu et nous rassemble dans le peuple de Dieu et l’Église de Dieu.

Le grand don de Dieu

À la Pentecôte, nous – et l’ensemble de l’Église – rendons grâce à Dieu pour le don de sa Parole, pour Jésus, son plus grand don à notre monde. Certes, notre société actuelle est confrontée à de grands défis. Nous ne vivons pas seulement une époque de changement, mais dans une époque qui a déjà fortement changé. Il y a tant de pauvreté et d’injustice dans le monde. Il y a tant de haine, de guerre et de violence. L’Église traverse elle aussi des temps difficiles et sa crédibilité en est fortement affectée.

Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus !

Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus ! « Viens, Esprit Saint ! » Que l’Esprit ouvre nos cœurs, que nous soyons touchés par lui. Que nous puissions recevoir la Parole de Dieu comme une parole de vie pour tous ceux qui cherchent la paix et la justice en ces temps, pour tout ce qui peut donner un sens à notre vie, la rendre bonne et digne d’être vécue. Et comme Marie, gardons cette Parole dans nos cœurs afin qu’elle puisse porter des fruits abondants.