Sommes-nous les maîtres de la terre ?

Inondations en Europe, sécheresse extrême dans le Sud : que se passe-t-il ? L’homme en est-il responsable ? Notre rapport à la création est-il toujours correct ? Nous l’avons demandé à Luc Vankrunkelsven, Bruxellois et vrai citoyen du monde, qui a fait de l’écologie son cheval de bataille.

Nous, les humains, avons toujours eu une relation compliquée avec la nature. Dans l’Ancien Testament, un monde peuplé de petits paysans, la création apparaît souvent comme une menace. Il suffit de penser aux catastrophes naturelles – les « fléaux », grâce
auxquels Yahvé libère les Israélites et aux aventures vécues lors de leur chemin vers la Terre Promise. Or, dans la Bible l’homme est intendant : Dieu lui commande de gérer la terre.
« On peut interpréter cette intendance de différentes manières », explique Luc Vankrunkelsven. « Le fait que nous devions prendre soin de l’environnement est un principe noble. Mais dans la pratique, la machine s’est emballée : si la tâche de l’homme était de gérer la terre, il lui est venu l’idée de contrôler la planète. Nous pensons que nous sommes les maîtres, alors qu’en réalité nous sommes nous-mêmes un rouage de cet écosystème. Nous ne connaissons plus notre place, avec toutes les conséquences désastreuses que cela implique. »

Un vieux rêve

Luc Vankrunkelsven est dans son élément quand il s’agit de l’environnement. Bien avant que la question du climat ne soit à l’ordre du jour des dirigeants mondiaux, il écrivait déjà des livres sur ce sujet. Pendant cinq ans, il a vécu alternativement en Belgique et au Brésil, où il a travaillé pour un syndicat qui unissait les fermes familiales.
« Adolescent, j’étais déjà fasciné par la population qu’on appelait les ‘Indiens’, les peuples autochtones d’Amérique du Sud », dit Luc. « À mes 18 ans, j’ai rejoint les Norbertins d’Averbode. Après tout, je savais qu’ils avaient une fondation au Brésil. Mais les choses se sont passées différemment : après mes études, l’Abbé m’a donné un emploi dans notre abbaye. »

Responsable de la maison de retraite d’Averbode, Luc en a profité pour aborder des sujets qui lui tenaient à coeur, comme l’agriculture équitable. C’est ainsi qu’est né, depuis trente ans déjà, Wervel, un mouvement qui s’est engagé pour une vision saine de l’alimentation. Mais en 2000, un vieux rêve est devenu réalité : avec l’approbation de l’Abbé, Luc fut autorisé à aller au Brésil pendant six mois.
« Avec l’aide d’un confrère, j’ai vite appris un peu de portugais, pour pouvoir me rendre plus ou moins compréhensible lors de mes pérégrinations dans cet immense pays », se souvient Luc.
« Dans la capitale Brasília, je me suis retrouvé en pleine manifestation de représentants d’environ 200 peuples indigènes – les ‘Indiens’ que j’admirais quand j’étais enfant – dans la rue pour dénoncer la discrimination : ce fut près de 500 ans après l’invasion des Portugais. C’était une expérience qui m’a vraiment touché. »

Soja brésilien et porcs belges

Cela ne s’est pas arrêté après un seul voyage au Brésil. Depuis lors, le norbertin motivé vit à Bruxelles et il est un conférencier recherché dans les universités et hautes-écoles brésiliennes. Ses livres ont été traduits en portugais. L’un de ses chevaux de bataille est le Cerrado. Cette région naturelle de savane boisée, environ 65 fois plus grande que la Belgique, est menacée par l’évolution de l’industrie du soja.

« À l’heure actuelle, près de la moitié du Cerrado a été défrichée », explique Luc. « Vous pouvez voir des champs de soja à perte de vue. Il en résulte une pénurie d’eau et une grave sécheresse. C’est une catastrophe pour la population locale. Et notre industrie alimentaire en est responsable. Tant que la demande de soja continuera d’augmenter
en Europe et en Chine, le Cerrado va rétrécir. »

Lire plus? Cet article est paru dans notre revue Marie, médiatrice et reine. Un abonnement annuel ne coûte que 23 €. Vous pouvez également essayer la revue avec un abonnement d’essai. Plus d’informations ici!

Alexandre, vicaire en temps de covid

Pour Alexandre Wallemacq, l’été 2020 est inoubliable. Entre deux confinements, il est ordonné prêtre dans la cathédrale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles. Aujourd’hui, un an plus tard, il travaille comme vicaire dans le Brabant wallon. C’est le moment de jeter un regard en arrière.

Rien n’est évident en ce « temps corona » et Alexandre Wallemacq l’a experimenté. Après une formation de sept ans au séminaire, il attendait avec impatience son ordination sacerdotale, mais le virus menaçait de contrarier les prévisions. « Je devais être ordonné le 20 Juin, mais nous avons dû modifier la date.

Ce n’est qu’au début du mois de juin que les diocèses ont reçu le feu vert pour célébrer l’eucharistie en public. Avec plus de deux mois de retard, je suis enfin ordonné le 30 août. Le bourgmestre de Bruxelles a exceptionnellement permis à 200 personnes d’être présentes, pour l’occasion, dans la cathédrale, bien sûr avec des masques. »

À la recherche de sens

Avant d’entrer au séminaire, à l’âge de 26 ans, Alexandre a travaillé pendant plusieurs années dans un grand magasin de sport dans sa ville de Wavre. « Je suis croyant depuis mon très jeune âge », dit-il. « Mais devenir prêtre ? Si on m’avait posé cette question quand j’avais 18 ans, j’aurais répondu non. Ce n’est qu’à l’université que j’ai entendu l’appel de Dieu. Mais en même temps, je savais que je n’étais pas prêt. Après mes études, j’ai pu devenir manager chez Décathlon. Un milieu particulièrement passionnant, avec une ambiance de travail agréable et de bons collègues. Nous avons même commencé à faire du sport ensemble. »

« Pourtant, quelque chose me travaillait. En raison de mon travail dans le secteur sportif, j’ai contribué au bien-être des gens, mais j’ai senti que je pouvais faire plus pour eux. Mon directeur pensait que j’avais besoin de plus de défis dans mon travail, mais ce n’était pas le cas. L’appel à la prêtrise a refait surface, tout comme à l’université. Je me souviens d’avoir travaillé un samedi et de m’être présenté le lendemain à la porte du séminaire. »

Un début difficile

Peu de temps après son ordination, Alexandre est nommé vicaire en Brabant wallon, dans la paroisse de Jodoigne, qui compte quatre églises et fait partie d’une unité pastorale comptant plusieurs clochers. « Le début a été très difficile », dit Alexandre. « Je suis devenu responsable de la pastorale des personnes âgées, mais les résidents des maisons de repos n’étaient pas autorisés, à ce moment-là, à recevoir des visites. Je suis allé une fois dans un home pour administrer le sacrement des malades à un résident. Heureusement, quelques mois plus tard, les mesures ont été assouplies. L’aumônerie a été relancée petit à petit, à la demande des directeurs de maisons de retraite : certains résidents étaient devenus vraiment désespérés parce qu’ils n’avaient vu presque personne depuis longtemps. »

La crise du corona crée parfois aussi des opportunités inattendues. Le jeune prêtre rêvait de témoigner de sa foi à Saint-Albert, l’école d’à côté. « Mais ils n’ont pas été autorisés à inviter quelqu’un de l’extérieur à l’école. ‘Cependant, nous sommes à la recherche d’un professeur de religion pour quelques heures par semaine’, dit le directeur. Une opportunité ! Je trouve hyper-intéressant de parler de ma foi avec des adolescents. »

QUI EST ALEXANDRE WALLEMACQ ?

Alexandre Wallemacq est né à Uccle en 1986. Ainé d’une famille de quatre enfants, il a vécu à Wavre depuis l’âge de six ans. Après ses humanités, il choisit l’École Royale Militaire, mais au bout d’un an, il décide d’étudier l’éducation physique à Louvain-la-Neuve. Il travaille ensuite, pendant plusieurs années, comme manager chez Décathlon. En 2013, il commence sa formation pour devenir prêtre et est ordonné le 30 août 2020 par Mgr Jean-Luc Hudsyn, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles. Il est nommé vicaire dans l’unité pastorale de Jodoigne.

Chanter devant la fenêtre

L’abbé Wallemacq remarque que la crise sanitaire a forcé les communautés locales à la créativité. « Quand il s’agit d’aspects techniques, tout le monde regarde dans ma direction. Normal quand on est jeune prêtre ! » sourit-il. « À Jodoigne, nous avons organisé des célébrations télévisées. Nous avons également créé une liste de tous les paroissiens qui ne sont pas familiers avec le courrier électronique ou l’Internet. Ces personnes ont reçu, par exemple, un appel téléphonique ou un courrier postal. Il était important que personne ne se sente exclu à un moment où le contact humain était rendu plus difficile de tous les côtés. C’est ainsi que nous sommes allés avec les scouts devant la maison de retraite. Les fenêtres se sont ouvertes et, debout à une distance sécuritaire, nous avons chanté des chants de Noël pour les résidents. Ce sont de petites initiatives qui ont encore un bon résultat. »

Certaines de ces « méthodes de travail corona » ont continué à fonctionner, dit Alexandre : « C’est ainsi que je guide certains couples dans leur préparation au mariage. Parce qu’il n’est pas évident d’inviter des gens, je les vois à travers les réunions Zoom. Et cela fonctionne très bien, même si je me rends compte qu’il sera toujours préférable de pouvoir vraiment rencontrer les gens, surtout quand on veut avoir une conversation sérieuse. »

Un temps de désert

Alexandre n’est pas de ceux qui craignent que de nombreux croyants soient devenus étrangers à leur église paroissiale à cause de la crise. À son avis, cela dépend en grande partie de la dynamique de la paroisse avant le déclenchement de la pandémie. Il croit que beaucoup de gens ont saisi l’occasion d’approfondir leur foi. « Ce temps, parfois sans eucharistie, c’est aussi un temps de désert. On est forcé de faire l’expérience de sa foi différemment, peut-être plus profondément qu’avant. Si nous pouvons espérer célébrer à nouveau l’eucharistie ensemble, les membres de l’église auront subi une transformation vers le mieux. Ils ont pu approfondir leur foi, tout comme le peuple hébreu, qui a traversé le désert pendant quarante ans. »

Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de septembre 2021. Découvrez notre revue ici.

Le Sanctuaire de Horion-Hozémont fête son dixieme anniversaire

Alors que, en Belgique, beaucoup d’églises et de couvents doivent fermer leurs portes fautes de fidèles et de vocations, le Sanctuaire de l’Enfant Jésus de Prague à Horion-Hozémont (diocèse de Liège) est un « petit miracle ». En effet, les responsables accueillent de nombreux pèlerins et ont construit récemment un couvent pour accueillir une communauté de religieuses de la congrégation des Amantes de la Croix.

« En arrivant dans cette paroisse, si on m’avait dit qu’elle deviendrait un centre reconnu de pèlerinage et qu’il y aurait un couvent à côté de l’église, je n’y aurai jamais cru ! » nous dit l’abbé Pierre Kokot, recteur du Sanctuaire. « Et pourtant, je n’ai fais que répondre à l’Enfant Jésus qui a frappé à la porte de mon coeur. »

Trois jours de prière

« Les premiers pèlerins sont venus par « le bouche à oreilles ». Initialement, aucun accueil particulier n’avait été pensé car nous n’imaginions pas « créer » un pèlerinage. Dès lors, les meilleurs ambassadeurs du Sanctuaire sont les pèlerins aux-mêmes qui invitent leurs proches à venir nous rejoindre » raconte l’abbé Kokot.
« Je suis à chaque fois dans l’émerveillement que je rencontre des fidèles qui font parfois des centaines de kilomètres pour venir prier avec nous. Désormais, une bonne infrastructure permet de recevoir les pèlerins dans 2 salles d’accueil prévue à cet effet dans le nouveau couvent des Soeurs. »

Cette année est particulière puisqu’on fête le 10ème anniversaire du Sanctuaire. On vous accueille pour 3 jours de prières du vendredi 13 au dimanche 15 août 2021. Ici vous trouverez toutes les infos. En plus, Gérard van Haeperen publiera un article sur l’histoire du Sanctuaire dans notre revue Marie, médiatrice et reine (édition d’octobre).

« Le virus de Lourdes m’a pris »

Tous ceux qui se sont déjà rendus à Lourdes avec les Pèlerinages Montfort ont sans doute déjà rencontré Robrecht De Gersem, notre bénévole sur place. Entretien avec un homme pour qui Lourdes est sa deuxième maison.

« Lorsque j’étais enfant, pendant et après la guerre, ma mère m’a donné de l’huile de foie de morue, une boisson jaune déplaisante. « Ce sont des vitamines pour devenir grand et fort », affirmait-elle. Quand j’ai obtenu mon diplôme d’instituteur, nous sommes allés à Lourdes et là, j’ai eu des vitamines spirituelles plus agréables. J’ai été autorisé à diriger occasionnellement la chorale pendant la célèbre procession aux flambeaux, qui m’a complètement accueillie. J’ai vraiment attrapé le virus de Lourdes et je n’ai pas besoin d’un vaccin contre cela. »

Robrecht De Gersem, notre pilier des Pèlerinages Montfort à Lourdes depuis 1995, prend la parole. La célèbre procession aux flambeaux n’est pas la seule chose qui le touche à la grotte. « Quand je suis allé pour la première fois à Lourdes lorsque j’étais encore jeune homme, la confrontation avec des gens vraiment malades dans des charrettes bleues m’a touché », a-t-il déclaré. « Après ma carrière d’enseignant, j’ai eu l’occasion de me joindre aux Montfortains et d’y faire du travail logistique. Je n’arrive pas à croire quels contacts et rencontres m’ont été révélés ! »

Il y a de l’électricité dans l’air

« Lourdes » évoque des sentiments controversés. Robrecht De Gersem s’en rend également compte: « Certains se détournent et résistent quand ils entendent la chanson « À Lourdes sur la montagne ». D’autres haussent les épaules avec indifférence, mais quand vous venez à Lourdes, vous êtes frappé, que vous le vouliez ou non. C’est inexplicable, mais il faut se démarquer par le service qui prévaut. La façon dont les jeunes entrent en contact avec des personnes malades ou handicapées les transforme et les laisse marqués. »

Et il y a la rencontre avec Bernadette Soubirous, la bergère à qui Marie est apparue à plusieurs reprises en 1858. « Bernadette est la star du message, ni plus, ni moins. Essayez de marcher dans ses sabots, debout, agenouillé. Et s’il est possible de vous rendre à son endroit désigné pour vous agenouiller devant la grotte, il y a de l’électricité dans l’air. Vous devez l’expérimenter par vous-même, il n’y a pas de mots pour cela. Un étudiant hongrois de 18 ans pourrait vous en dire plus à ce sujet et vous impressionner. »

À Lourdes, on m’appelle Robert de Montfort

image: AdobeStock

« Je ne savais vraiment rien du fondateur des Montfortains, Louis-Marie Grignion de Montfort », confesse Robrecht. Mais cela a changé depuis: « J’ai marché en France sur les pas de Montfort, je suis même resté dans sa ville natale et j’ai étudié le cours de sa vie jusqu’à son tombeau à Saint-Laurent. Les impressions que j’ai eues, c’est incroyable, et après tant d’années à Lourdes, c’est un honneur pour moi qu’on m’y nomme « Robert de Montfort ». Combien de pèlerins m’ont découvert à ma Permanence 19, où chaque rencontre est un enrichissement pour moi. »

En raison des restrictions de voyage et d’autres interdictions dues au Covid, Robrecht a été privé de sa deuxième maison pendant longtemps. Comme nous, il attend avec impatience le prochain voyage à Lourdes des Pèlerinages montfortains, qui est prévu à la fin de l’été. « Pendant le « temps covid », Lourdes m’a manqué, mais le brouillard se dissipe et le soleil se lèvera en septembre, quand je pourrai dire à nouveau: « Marie, merci de m’avoir permis de me tenir à nouveau devant ta grotte. » »

Du 13 au 17 septembre 2021, nous nous rendrons à Lourdes, avec le père Daniel-Marie Ramiro-Gonzales (abbaye Notre-Dame de Leffe) comme accompagnateur. Vous trouverez ici plus d’informations sur les prix et le programme du pèlerinage.

La dévotion à Marie est-elle ringarde ?

Chaque mois, nous présentons une question de foi difficile à quelqu’un qui connaît le sujet. Cette fois, nous voulons savoir si le culte de Marie est encore de ce temps. Nous le demandons au père montfortain Nepo James Raj, qui exerce un ministère au sanctuaire de Montaigu.

Prier une dizaine de chapelet, brûler une bougie à l’autel de Notre-Dame ou décorer une chapelle au mois de mai : de telles expressions de dévotion mariale sont souvent déconsidérées. Pour certains, la dévotion à Marie est « quelque chose du passé », à la limite de la superstition. Le père Nepo connaît les préjugés auxquels sont confrontés les visiteurs des sanctuaires mariaux. « Quelqu’un m’a dit que dans des endroits comme Montaigu ou Lourdes, Marie prend la place de Dieu », dit-il. « Je pense que je sais comment un tel malentendu se pose.

Pour les croyants ordinaires, Dieu est inaccessible et distant. Il est ‘le Très-Haut’, comme nous le chantons dans le Sanctus. Beaucoup se sentent gênés de lui confier leurs préoccupations, comme s’ils accostaient le roi dans la rue. Ils ont besoin de Marie pour approcher Dieu. Comme le nom de notre revue le dit : Marie est notre médiatrice, elle intercède pour nous auprès de son Fils. »

Amour de mère

Père Nepo James : « On ne peut pas séparer la mère du Fils. »

Se référant au rôle de Marie en tant que médiatrice entre Dieu et les hommes, le père Nepo nous donne déjà une réponse à la question de savoir si la dévotion mariale a du sens à notre époque. Mais il y a plus : « À Montaigu, je ne vois pas seulement des visages souriants. Quand je fais la permanence à la maison des prêtres, en face de la basilique, je reçois aussi des gens qui sont à bout de souffle. Ils ont de graves problèmes financiers, se sentent impuissants, ont perdu de vue leur famille… Pour eux, Marie n’est pas seulement la mère de Dieu. Ils la voient un peu comme leur propre mère, à qui ils peuvent toujours exprimer leurs préoccupations. »

L’amour maternel est le mot clé, dit le Père Nepo : « Je viens de l’Inde, d’une société fortement patriarcale. Dans notre culture, les hommes ne montrent pas facilement leurs sentiments. Quand j’étais enfant, mon père attachait une grande importance aux règlements ; enfant câlin, pour m’expliquer, je pouvais aller à ma mère. Mes parents m’aiment tous les deux au même degré, mais montrent leur amour d’une manière différente. C’est la même chose avec le culte de Marie. Les gens veulent exprimer leur amour pour Dieu, et cette recherche se fait très souvent par la main tendue de notre mère Marie. »

Plus que de rituels

Nous examinons toutes sortes de phénomènes sociaux à travers des lunettes rationnelles. Selon le père Nepo, cela explique l’attitude suspecte de beaucoup, y compris dans l’Église, envers la croyance populaire et la dévotion à Marie en particulier. « Les gens veulent comprendre tout ce qu’ils voient et vivent. Il n’y a rien de mal à ça. Mais la foi n’est pas tout à fait raisonnable. Vous ne pouvez pas attraper Dieu comme un oiseau et le garder dans une cage. »

« Quiconque rejette le côté extérieur de la dévotion populaire comme des superstitions en ignore le sens profond », dit le père Nepo. « Que vous partiez en pèlerinage à pied ou que vous allumiez une bougie devant une statue de Marie, ces rituels font partie d’un tout plus vaste. Quand une jeune femme vient à Montaigu et allume une bougie pour ses parents malades, elle fait beaucoup plus qu’un petit geste. Elle montre qu’elle a confiance en Dieu, qu’elle l’aime ou qu’elle lui est reconnaissante. Montfort il y a trois siècles disait : pour aller à Jésus, nous devons aller à Marie. La
jeune dame dans la chapelle des cierges s’exprime sans paroles, mais moyennant quelques petits gestes. »

Père Nepo bénit deux cyclistes à Montaigu.

Foi vécue

Dans les années à venir, de nombreuses églises en Belgique seront réaffectées. Le père Nepo dit que les lieux de pèlerinage n’en viendront pas à cela : « Dans les années 1960, certains prêtres, qui n’avaient pas bien compris le Concile, ont fait retirer les statues de Marie de leur église. Les processions mariales ont été abolies. Pourtant, les croyants ont continué en masse à chercher des lieux de pèlerinage. L’amour mutuel entre Marie et le peuple est plus grand que nous ne le
pensons. »

« Si la Vierge Marie mérite une place dans notre société, cela dépend avant tout de la place que nous accordons à Jésus. On ne peut pas séparer la mère du Fils. Personne ne peut nier que de nombreuses paroisses sont en difficulté, pourtant, en Belgique, je vois de jeunes prêtres qui se lèvent et témoignent de Jésus d’une manière vécue. C’est vital, parce que si les gens ont le sentiment que la célébration eucharistique est ‘jouée comme une pièce de théâtre’, ils restent à l’écart. »

Desservant dominical à Hoegaarden, le père Nepo porte régulièrement la communion aux malades de la paroisse. « Bien sûr, je prends le temps pour une conversation, mais je remarque souvent l’inquiétude chez les gens. C’est compréhensible, parce que ce qui est dans le coeur est parfois difficile à exprimer. Il s’agit de choses qui sont souvent si douloureuses qu’ils n’osent pas les confier à qui que ce soit, pas même à un prêtre. Le fait que les gens ouvrent leur coeur à Marie montre à quel point leur foi est forte. Ils montrent aussi que la dévotion à Marie n’est certainement pas ringarde, mais a une grande pertinence. »

Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de juillet-aout 2021. Découvrez notre revue ici.

Mois de mai, mois de Marie

Chaque année, de nombreux chrétiens se tournent vers Marie et la prient durant le beau mois de mai. On a coutume d’appeler ce mois ‘Le mois de Marie’ et de multiplier, en plein coeur du printemps, les actes de dévotion mariale.

Cette tradition plonge ses racines très loin dans l’histoire du peuple chrétien. Au Moyen-Age déjà, des scribes jouent avec le mot latin maia et écrivent madona. Le roi de Castille Alphonse X, au XIIIe siècle, parle de jours consacrés au culte marial en mai. Certains offrent des fleurs à la belle Dame, alors que la flore est en pleine éclosion. Au XVIe siècle, à Rome, saint Philippe Néri se plaît à fleurir la Vierge avec les enfants de l’église de sa congrégation, la Chiesa Nova. Progressivement, la dévotion s’étend. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les jésuites oeuvrent beaucoup à la diffuser dans toute l’Italie.

En 1815, le pape Pie VII l’approuve officiellement. Elle se répand alors partout dans le monde et devient patrimoine commun de l’Eglise universelle. En 1945, Pie XII l’encourage en plaçant le 31 mai, pour clôturer le mois, la fête de Marie Reine, aujourd’hui célébrée le 22 août.

Paul VI, dans son encyclique Mense Maio de 1965, fait de même et appelle les chrétiens à prier Marie pour la paix durant le mois de mai : nous sommes en pleine guerre froide. En 2020, alors que la pandémie de Covid-19 fait rage, le pape François renouvelle l’encouragement pontifical en invitant les fidèles à prier pour les malades.

Un bouquet pour la belle dame

Si les chrétiens ont depuis si longtemps ressenti le désir de prier plus particulièrement Marie durant le beau mois de mai, c’est parce que durant ce mois, la nature revit, fleurit, se pare de magnifiques couleurs. Ils sont heureux de se tourner vers la toute belle quand la création se fait resplendissante de beauté. Les fleurs, tout spécialement, contribuent à cette beauté. Et en offrir à Marie, en mai, quand elles sont si jolies, c’est lui dire qu’elle est belle. C’est lui exprimer notre amour pour elle, comme un enfant qui offre des fleurs à sa maman.

À Beauraing, l’aubépine dans laquelle Marie est apparue fin 1932, début 1933 fleurit en mai. De splendides fleurs roses entourent pendant quelques jours la statue de la Vierge au Coeur d’Or. Les pèlerins sont nombreux à venir déposer un bouquet en ce lieu où la Reine des cieux s’est montrée à cinq enfants, qui n’ont jamais trouvé de mots assez grands pour dire sa beauté. Ils viennent parfois en procession présenter leurs gerbes à la belle Dame, comme l’a appelée Albert Voisin, un des cinq enfants qui ont eu la grâce de la voir.

Aller à Jésus par sa Mère

Ces fleurs, comme toutes les belles choses qu’ils peuvent lui offrir, accompagnent leurs prières. Fleurir Marie, c’est lui dire qu’elle est belle et qu’on l’aime. C’est cela qui lui plaît. Elle est heureuse d’accueillir les fleurs et tous les cadeaux qu’on lui présente quand ils expriment de belles prières qui viennent du coeur. N’a-t-elle pas dit, à Beauraing et en bien d’autres lieux, de prier ? La prière d’un coeur sincère, c’est une fleur magnifique pour elle.

Le chapelet est une prière qu’elle affectionne tout particulièrement, car quand on prie le chapelet, on va à son Fils Jésus en passant par elle. Durant le mois de mai, les chrétiens prient plus régulièrement le chapelet dans les lieux de pèlerinage, dans les paroisses, mais aussi à la maison ou encore dans de petites chapelles ou devant des potales. Dans le village de Baronville où je suis curé, des paroissiens ont jusqu’il y a peu, prié le chapelet devant une statue de la Vierge de Beauraing durant le mois de mai. De mystère en mystère, ils ont médité les grands moments de la vie de Jésus
avec Marie : quelle belle prière !

Pour ceux qui souffrent

Des enfants offrent des dessins, des jeunes déposent des galets blancs sur lesquels ils ont écrit leur prénom, des seniors postent une lettre devant le lieu des apparitions dans laquelle, souvent, ils parlent de leurs enfants et petits-enfants, des dames font don de leurs bijoux… Multiples sont les
dévotions mariales que les fidèles pratiquent durant le joli mois de mai. Toutes touchent le coeur
maternel de Marie, qui aime chacun de nous. Beaucoup intercèdent quand ils se tournent vers elle. Il est bon de la prier pour toutes les personnes qui souffrent, en pensant plus particulièrement aux souffrances les plus aigües de l’heure. On fait alors ce à quoi les papes nous invitent.

Dans les années 1960, en pleine guerre froide, Paul VI a appelé les chrétiens à prier Marie pour la paix durant le mois marial. Aujourd’hui, le pape François nous encourage à confier à la Vierge Immaculée les malades et spécialement ceux qui sont victimes du coronavirus.

En ce beau mois de mai, tournons-nous vers Marie et présentons-lui nos vies, celles de nos proches, les réalités dans lesquelles nous vivons, la vie de notre Église et celle du monde. Prions-la pour les personnes qui souffrent et, en ce moment, pour les victimes de la pandémie. Avec une grande liberté, parlons-lui comme on parle à une mère et ouvrons-lui nos coeurs. Elle prendra toutes nos intentions dans le sien et les déposera dans le coeur de son Fils Jésus. Offrons-lui les fleurs de notre prière cordiale, pleine de confiance et de charité.

Abbé Christophe Rouard
Sanctuaires de Beauraing

Le pape appelle à un marathon de prière en mai

Le pape François appelle les catholiques du monde entier à prier Marie tous les jours pendant le mois de mai. La prière quotidienne du chapelet de millions de croyants doit être plus forte que le coronavirus, qui sévit dans le monde depuis plus d’un an maintenant.

Le marathon de prière commence le 1er mai et se termine le 31 mai, fête de la Visitation de Marie. Le dernier jour de prière, le Pape priera Notre-Dame, depuis le Vatican, pour la fin de la pandémie et la reprise rapide de la vie sociale.

Trente lieux de pèlerinage marial – de l’Argentine à l’Angleterre – ont rejoint l’appel du Vatican, chacun avec une intention spécifique. A Lorette, par exemple, des prières seront organisées pour les personnes âgées et, à Lourdes, pour les médecins et les infirmières. Dans notre pays, le sanctuaire de Banneux Notre-Dame y participe. La Vierge des Pauvres y est apparue en 1933 à la petite Mariette Beco. Des prières spéciales y auront lieu le mardi 11 mai pour les pauvres, les sans-abris ou ceux qui sont en difficulté économique.

Banneux Notre-Dame – Chapelle Saint-Michel

Le Pape demande que, dans le mois de mai à venir, une attention quotidienne soit accordée à la prière du chapelet, afin de confier nos intentions à Marie. Comme clôture du jour, il est bon de prier le ‘Je vous salue Marie’.

Prier sans cesse, comme Jésus nous l’a demandé, est le but de ce marathon de prière. Avec Marie comme médiatrice, notre prière quotidienne, que ce soit en communauté, à la maison ou sur la route, dans la voiture ou dans un lieu de pèlerinage régional, rejoint directement Dieu.

La rédaction

28 avril: la fête du Saint Montfort

Aujourd’hui, la liturgie commémore Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Ce missionnaire français est mort le 28 avril 1716 à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée).Montfort était le fondateur de la congrégation que nous connaissons aujourd’hui comme les Montfortains. Ils sont, à leur tour, les fondateurs de la revue « Marie, Médiatrice et Reine » et des Pèlerinages de Montfort.

Qui entre aujourd’hui au couvent ?!

Qu’est-ce qui inspire à une jeune femme de tout quitter pour devenir religieuse ? Cette question, Rozemie Couckuyt l’a souvent entendue. Elle avait 23 ans lorsqu’elle entra chez les Soeurs Annonciades à Heverlee. Un pas audacieux ! Mais, plus de trente ans plus tard, Soeur Rozemie est plus que jamais convaincue qu’elle prit alors la bonne décision.

L’Institut du Sacré-Coeur d’Heverlee, à la périphérie de Leuven, est un impressionnant complexe de bâtiments. Sur le domaine, on trouve une école maternelle et primaire, mais aussi une section secondaire. À cela, il faut ajouter les résidents et les visiteurs du centre de soins et les étudiants de la haute école. Rozemie
Couckuyt, originaire de Wevelgem en Flandre Occidentale faisait partie de ce dernier groupe depuis le début des années 1980. « J’ai commencé à Heverlee ma formation d’enseignante pour l’école maternelle. Hélas, j’ai dû refaire la première année et j’ai alors choisi une autre école. »

Ce n’était pas pour moi une véritable séparation d’Heverlee : « À l’internat, j’avais de bonnes relations avec quelques soeurs. Nous sommes restées en contact et peu à peu j’ai été attirée par leur manière de vivre. Ce qui m’a le plus frappée, c’est qu’elles concrétisaient leurs paroles en actes. Les soeurs que j’ai appris à connaître s’engageaient chaque jour au service des malades, des pauvres et des enfants. Quelle différence avec les leçons de religion qui m’ont été inculquées dans mon enfance ! À cette époque, il me semblait parfois que la Bonne Nouvelle s’arrêtait quand la cloche sonnait… »

COMME UN MARIAGE

Quelques années plus tard, un article du bulletin paroissial m’a frappée : « Celui qui voit une soeur Annonciade devrait voir Marie, vivant à notre époque » disait-il. Cette phrase a continué à brûler dans le coeur de Rozemie qui, entretemps, était devenue institutrice maternelle en Flandre Occidentale. « Peu de temps après, en 1987, j’ai fait le pas pour entrer chez les Annonciades », se souvient-elle. « À la maison, les membres de ma famille ont soutenu mon choix et cela m’a sûrement aidée. Quelques personnes de mon entourage ont réagi avec inquiétude : entrer au couvent, cela signifie pour beaucoup de gens abandonner
beaucoup. Mais en famille, ne devez-vous pas faire sans cesse des choix ? »

Et tout comme dans le mariage, la vie religieuse est pleine de hauts et de bas. « Je ne suis pas un robot. Obéir à une supérieure, quand elle ne vous revient pas, est parfois difficile. Aux environs de ma quarantième année, j’ai commencé à douter de ma vocation. Je fus alors envoyée en pèlerinage en Terre Sainte, même si je n’en n’avais pas vraiment envie. Grâce au père Fabry, j’ai fait, pendant ce voyage, la connaissance du Père de Montfort. Sa spiritualité m’a frappée, parce qu’il était un homme d’action. Il ne se limitait pas à des beaux sermons, mais il retroussait ses manches. »

MARIE COMME FORCE MOTRICE

Comme dans la spiritualité montfortaine, Marie a une place importante dans la pensée et l’agir des Annonciades. « Être servante comme Marie reste pour moi une force motrice », dit Soeur Rozemie qui, après son entrée dans la congrégation, a pu travailler à l’Institut du Sacré-Coeur. Elle y a enseigné à l’école maternelle où, aujourd’hui, elle est professeur de gymnastique. À côté de cela, elle donne un coup de main dans la maison de repos située sur le campus. « Quand les gens me disent qu’une religieuse doit sacrifier beaucoup, je réponds honnêtement qu’à l’école je traite les tout-petits comme s’ils étaient mes propres enfants. Pour moi et pour les autres soeurs, en nous mettant très concrètement au service des gens, nous voulons ressembler à Marie, même maintenant en attrapant de l’âge. »

PETITES CREVETTES

Soeur Rozemie aborde ici un sujet très actuel : le vieillissement des communautés religieuses dans notre pays. Presque chaque semaine, on apprend la fermeture de couvents en Wallonie et en Flandre : les dernières soeurs déménagent vers une maison de repos et de soins et les bâtiments qu’elles occupaient sont vendus. Les Soeurs Annonciades sont environ septante en Belgique ; le nombre de ‘jeunes’ – qui ont moins de 60 ans – peut se compter sur les doigts d’une main. « Combien êtes-vous encore ici? » C’est la question que beaucoup de Pères, Frères et Soeurs sont habitués à entendre.

« Quand je suis entrée au couvent, la diminution des vocations avait déjà commencé » dit Soeur Rozemie. « J’ai donc vu beaucoup de congrégations se rétrécir, et des couvents se fermer… Naturellement, cela ne me laisse pas indifférente. Chez nous, c’est encore plus flagrant car le domaine est envahi quotidiennement par plusieurs milliers d’enfants et de jeunes. Comme religieuses, nous ressemblons à de petites crevettes dans la masse des jeunes. »

MOUVEMENT DE VAGUES

Selon Soeur Rozemie, la diminution du nombre de vocations s’explique par le manque de points de contact. Récemment, un journal a publié un reportage sur les religieux dans l’enseignement. Ils deviennent rares, note le journaliste. « Beaucoup de jeunes ont une fausse idée de ce qu’est la vie religieuse », dit Rozemie. « Jadis, chacun comptait bien un religieux ou une religieuse parmi les membres de sa famille. Aujourd’hui, les jeunes ont moins de contacts avec des personnes qui témoignent de leur foi. » Rozemie ne se compte certainement pas parmi les derniers des Mohicans : « Si j’ai retenu quelque chose de mon noviciat, c’est que la vie religieuse continue par vagues. L’histoire nous le prouve. Aujourd’hui, en Belgique, nous sommes clairement dans le creux de la vague. Mais notre Congrégation continue à être florissante au Congo et au Burundi. Je suis convaincue que la vie religieuse existera toujours, sous quelque forme que ce soit. »

Glenn Geeraerts

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine d’avril 2021. Découvrez notre revue ici.

Pourquoi les gens vont-ils en pèlerinage ?

Qu’est-ce qui pousse les gens à se rendre dans un lieu de pèlerinage ? Même pour les pèlerins chevronnés, c’est une question à laquelle ils doivent réfléchir longtemps. Avec l’abbé Léo Palm, recteur du sanctuaire de Banneux, nous sommes à la recherche d’une réponse.

Léo Palm, recteur du sanctuaire de Banneux

Même par un temps pluvieux printanier, on ne peut pas le nier, Banneux se trouve dans une belle région, sur la route touristique vers Spa, et on peut déjà y sentir l’air des Ardennes. Un environnement de rêve pour un sanctuaire. « Mais, ne l’oubliez pas, c’est Marie qui a choisi cet endroit » dit Léo Palm quand nous nous arrêtons devant la maison de la famille Beco. C’est ici que la Vierge Marie est apparue en 1933 à Mariette, la fille aînée de la famille, qui avait alors 11 ans.

« Les gens disent parfois que Banneux est un cadeau pour Marie, mais je préfère regarder dans l’autre sens » dit le recteur du sanctuaire. « Je sais aussi que c’est une destination populaire pour les escapades du dimanche. Pèlerinages et tourisme vont main dans la main. Mais ce n’est qu’une petite partie du récit. »

DANS LA PROSPÉRITÉ ET L’ADVERSITÉ

« Je viens soulager la souffrance. » Marie a prononcé ces paroles à la petite Mariette le 11 février 1933. Selon le recteur, Léo Palm, ce message n’a pas perdu de son actualité. « Tôt ou tard, chacun sera confronté à la souffrance. Dans un mariage, même s’il dure plus de 50 ans, il y aura toujours un des deux partenaires qui se retrouvera seul. Savoir que Marie sera toujours là, même en période
de détresse, est pour beaucoup un énorme soutien. »

Ceci peut peut-être expliquer pourquoi, depuis près d’un siècle, les gens continuent à trouver le chemin vers cet endroit où la présence de Marie est tangible. « Mariette Beco n’a pas eu une vie sans nuage » dit Léo Palm. « Elle n’a pas eu un mariage heureux, a perdu un enfant juste après sa naissance… Ensuite, le fait que la Vierge lui soit apparue, précisément à elle, a suscité bien des jalousies. Mariette m’a avoué que, lors des moments difficiles, elle repensait à la promesse que
Marie lui avait faite. »

Le 22 aout 2021, les Pèlerinages Montfort vous proposent une randonnée ‘vers la source’. Les pères montfortains Ghislain et Aimé nous accompagneront sur les petits chemins vers Banneux Notre-Dame et Tancrémont, mais surtout vers votre vie intérieure. Pour plus d’infos, appelez consultez ce page-ci.

BESOIN DE RESSOURCEMENT

La Chapelle des Apparitions et la maison de la famille Beco

Lors de sa deuxième et sa troisième apparition à Banneux, la Vierge conduit Mariette vers une source et lui dit « Cette source est réservée pour toutes les Nations… pour soulager les malades ». Ceci nous amène à un autre ‘facteur de succès’ des lieux de pèlerinages mariaux : le besoin de ressourcement. Le fait que ce besoin est très élevé apparaît clairement à partir des nombreuses lettres, e-mails et appels téléphoniques reçus au secrétariat des pèlerinages depuis l’automne. Les malades et les personnes avec un handicap restent souvent plusieurs jours à Banneux où 360 lits sont disponibles à l’hospitalité. Bien sûr, ces lits restent inoccupés depuis le début de la crise du coronavirus.

Il est aussi frappant de voir la forte attraction exercée par Banneux sur les Flamands et les Hollandais. « Durant la saison des pèlerinages, l’eucharistie est célébrée chaque jour en français, en néerlandais et en allemand » dit Léo Palm qui est lui-même parfaitement trilingue (mais trop modeste pour l’avouer). « Au moment des apparitions, en 1933, le Limbourg appartenait encore au diocèse de Liège. En conséquence, les Limbourgeois ont toujours eu une dévotion spéciale pour la Vierge des Pauvres, comme s’est nommée Marie ici. »

DE LA CORÉE DU SUD AU VIETNAM

Léo Palm est recteur du sanctuaire de Banneux depuis 2008. Assez longtemps pour voir évoluer la foule des pèlerins : « Nous accueillons ici beaucoup de francophones et de néerlandophones. Banneux est aussi très populaire auprès des Belges d’origine polonaise et italienne. Mais Banneux est devenu encore plus international ces dernières années. Je pense aux Hollandais d’origine sri-lankaise. Et aux Sud-Coréens qui font douze heures d’avion pour venir prier ici. Ils viennent en petits groupes mais, en 2018, ils étaient au total deux mille ! »

Parmi ce ‘nouveau’ public, ce sont les Vietnamiens qui remportent la couronne, dit le recteur : « Lorsque j’ai commencé à travailler ici, plusieurs dizaines de familles se réunissaient chaque année à Banneux. Entretemps, cette assemblée annuelle a grandi jusqu’à devenir une fête à laquelle participent cinq à six mille Vietnamiens. Ils viennent de toute l’Europe vers Banneux. C’est aussi une force motrice pour les pèlerins : des amis et anciennes connaissances se rencontrent sous le regard approbateur de la Vierge des Pauvres. Lorsque Marie a désigné la source à Mariette, elle a dit qu’elle était réservée pour toutes les nations. Ces mots reçoivent aujourd’hui toute leur signification. »

Glenn Geeraerts

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de mars 2021. Découvrez notre revue ici.