Quel avenir pour l’Église ?

Depuis un an, nous posons dans cette rubrique des questions difficiles, stimulantes et provocantes à propos de Dieu et de la souffrance dans ce monde, de notre relation avec la création, des motivations des ermites à notre époque. Nous terminons cette série par une question qui préoccupe les croyants de différentes origines : « Quel avenir pour l’Église ? » Avec l’abbé Dirk Vannetelbosch, curé à Jette, nous allons chercher une réponse. Nous tenons à avertir les lecteurs : notre interlocuteur n’a pas de boule de cristal. Mais, grâce à son engagement comme curé dans une grande ville, il a une vision claire du rôle de la religion dans une société multiculturelle.

Lorsque nous rencontrons Dirk Vannetelbosch sur la place Cardinal Mercier, coeur battant de la commune, Jette est à la hauteur de sa réputation de « village dans la ville ». Le curé de l’église Saint-Pierre vient tout juste de prendre congé d’une vieille connaissance et s’arrête pour bavarder avec un policier de passage. L’humour bruxellois multilingue n’est jamais loin. Aussi pendant notre conversation dans le presbytère, c’est un va-et-vient de voisins et de bénévoles. L’abbé Vannetelbosch, originaire du Brabant flamand, alterne en douceur le néerlandais, le français et le dialecte bruxellois – il y a quelques années, il a trimé pour apprendre le français à l’école militaire.

C’est à la fin du mois de septembre que nous nous retrouvons à Jette. Les mesures contre le coronavirus en région bruxelloise sont encore strictes. « Cependant, la vie paroissiale se remet sur les rails », dit le curé Dirk. « La célébration de l’Eucharistie est diffusée sur YouTube depuis un an et demi maintenant, mais dimanche dernier, il y avait déjà 150 personnes dans l’église. Un effet secondaire spécial de la corona est que nous avons maintenant trois groupes bibliques au lieu de deux dans notre paroisse. »

LES TRADITIONS DISPARAISSENT

À première vue, on pourrait dire que l’une des dernières paroisses néerlandophones de la capitale est en croissance. « Nous venons de loin », dit l’abbé Dirk, qui esquissant la situation à son arrivée à Jette, se réfère avec un clin d’oeil à l’histoire de la création. « Quand j’ai commencé ici en tant que curé, il y a dix-sept ans, la terre était désolée et vide. À cause des querelles entre les francophones et les néerlandophones il n’y avait presque plus de vie communautaire. Ce que nous appelons aujourd’hui ‘le presbytère’ était un ancien centre médical que nous avons transformé en lieu d’accueil pour le quartier. Après la messe, les gens peuvent y déguster un verre de porto ou une tasse de café. »

Mais tout n’est pas rose et facile, prévient Dirk : « Je peux compter sur les doigts d’une main le nombre d’inscriptions pour la catéchèse de la confirmation. Cette tradition s’éteint et ce n’est pas seulement dû à la diminution du nombre d’enfants néerlandophones dans les écoles de Jette. Des connaissances en Flandre me demandent parfois de baptiser un enfant, mais dans ma propre paroisse, il n’y a pratiquement pas de baptêmes. À l’heure actuelle, trois adultes sont sur le point de se faire baptiser dans notre église. Voilà trois points positifs : en effet, ces personnes ont consciemment choisi la foi. J’attends avec impatience avec eux la veillée pascale prochaine. »

LITURGIE CLASSIQUE

Il n’y a pas que les fidèles néerlandophones à Bruxelles qui connaissent l’abbé Dirk. Il a déjà fait la une du journal Le Soir comme « l’un des visages qui font vivre notre capitale ». Le jour de l’Épiphanie la messe en bruxellois était mentionnée lors du journal télévisé ; la bénédiction annuelle des motards sur la place de l’église est également un « événement » médiatique. Les dimanches les fidèles viennent parfois de loin : Lennik, Dilbeek, Londerzeel…

Dirk veut dissiper un malentendu : la célébration de l’Eucharistie à Jette n’est pas un théâtre dominical. « La messe en bruxellois est un cas particulier, même si elle reste classique. En fait, la liturgie dans notre église est simple, voire classique. À mes yeux, la liturgie est axée sur la communauté paroissiale. Ceux qui viennent à l’église ne doivent pas avoir le sentiment de faire partie d’un club partageant les mêmes idées, comme on le voit si souvent. »

FOI ET CULTURE

Comment le curé de Jette voit-il évoluer la participation des fidèles ? « Je ne vois pas les paroisses de Bruxelles disparaître de sitôt, même s’il y en aura sans doute moins. Dans une ville de 1 million d’habitants, on trouvera toujours un grand groupe de catholiques », dit l’abbé Dirk. « En Wallonie et en Flandre, certainement dans les zones rurales, je prédis un scénario différent. J’entends des collègues ‘de la campagne’ dire qu’ils prêchent le dimanche devant dix ou douze personnes. Après la messe, ils sautent dans leur voiture pour trouver une poignée de fidèles dans un village voisin. »

« Les gens disent parfois que la ville est le lieu où la foi renaît », constate l’abbé Dirk. « Est-ce que cela concerne aussi l’Église catholique romaine ? C’est un grand point d’interrogation. Ce qui me frappe énormément à Bruxelles, ce sont les communautés
évangéliques – les soi-disant églises pentecôtistes – qui poussent comme des champignons. En tout cas, la religion jouera un rôle important dans une ville composée de dizaines de nationalités différentes. Pour de nombreux Bruxellois, la foi est étroitement liée à leur pays d’origine. Vivre sa foi c’est un moyen de rester connecté à sa propre culture et à ses racines. »

Dirk Vannetelbosch pense que ses collègues qui exercent leur ministère ailleurs dans le pays ne devraient pas se concentrer sur la baisse du nombre de participants à l’Eucharistie, même si la baisse de la fréquentation de l’église est visible. « Avant tout il est important de savoir s’il y a des ‘personnes-ressources’ : des bénévoles qui sont prêts à porter la paroisse, qui s’engagent avec tous leurs talents. Si je devais faire seul tout le travail à Jette, il ne serait plus question des groupes bibliques, des échanges mensuels sur le deuil, de la diffusion en direct de la messe, de la splendeur florale dans notre église et de tant d’autres initiatives. »

IL NE S’AGIT PAS DE CONVERTIR

Avec d’autres responsables pastoraux à Bruxelles, le curé de Jette s’interroge sur la question de l’avenir de l’Église dans la capitale. Les questions qui se posent concernent aussi bien les communautés francophones que flamandes. « La liturgie reste un facteur important », dit Dirk. « Il faut être capable de célébrer dans des circonstances appropriées. Si demain je devais célébrer la messe dans un réduit, avec comme autel une planche à repasser, alors je ferais mieux de fermer boutique. L’exemple est exagéré, mais le message me semble clair. »

À Jette, la paroisse organise régulièrement des « journées portes ouvertes ». À cette occasion, l’église est alors plus joliment décorée que d’habitude – et cela signifie quelque chose à Jette. C’est une façon, pense Dirk, de faire de l’évangélisation : « Nous essayons de faire connaître l’esprit de Jésus-Christ envisagé par l’Église catholique à ceux qui ne Le connaissent pas ou plus. Ce qui ne fonctionne absolument pas, c’est de noyer les gens dans une abondance d’informations. Par-dessus tout, nous ne devons pas essayer de les convertir avant tout – dans ce cas, les gens s’enfuiraient. »

ENSEMBLE AUTOUR DE LA BIBLE

Ce qui est également important pour la communauté ecclésiale de l’avenir, c’est la catéchèse initiatique. Nous pensons spontanément aux jeunes enfants qui se préparent à la communion et à la confirmation. Dirk Vannetelbosch constate que c’est une idée étrange : après la confirmation, notre initiation à la foi semble soudainement être terminée. « Comme si nous étions soudainement ‘accomplis’. Je suis heureux que l’intérêt pour la Bible augmente dans notre paroisse. Il arrive encore trop rarement que les gens se réunissent pour lire la Bible et pour en parler. »

La diaconie doit également conserver une place prépondérante dans la paroisse. L’abbé Dirk : « Sans ce service, comment impliquer les personnes âgées, les malades et les moins fortunés dans la communauté ecclésiale locale, et vice versa ? J’exhorte les visiteurs des malades de Jette à ne pas se limiter à apporter une fleur aux gens qu’ils connaissent bien. Il faut aussi que notre lieu d’accueil soit accessible et que les gens y puissent parler et partager leurs soucis. Le café avec des biscuits rend ce service peu plus accueillant. »

Propos recueillis par Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de décembre 2021.

Les musulmans sont-ils nos frères?

Dans cette rubrique, nous abordons chaque mois un sujet brûlant de la foi. Pour ce numéro, nous avons eu une conversation avec l’écrivain Jonas Slaats sur ce qui relie les chrétiens et les musulmans. Et malgré les clichés, il y a plus que vous ne le pensez.

L’islam a mauvaise réputation. Les musulmans sont souvent rattachés à la même catégorie que les terroristes et les fondamentalistes. Dans les reportages sur l’avancée des Talibans en Afghanistan, à la fin de l’été, Mahomet et ses disciples ont été rapidement montrés du doigt. Et puis, le fossé entre le christianisme et l’islam semble infranchissable.
Le théologien, philosophe et anthropologue Jonas Slaats a les deux pieds dans la tradition chrétienne, mais étudie, depuis des années, les religions orientales. « L’aversion pour l’islam est aussi vieille que l’islam lui-même », dit-il. « Au début du VIIe siècle, Mahomet a commencé à prêcher à La Mecque. Moins de cent ans plus tard, l’islam s’est répandu de l’Espagne au Pakistan actuel et est devenu la religion de ceux qui étaient au pouvoir. Il s’est développé au moment où l’Empire romain et ses vassaux vivaient la décadence. Les dirigeants européens ont vu leurs territoires se rétrécir tandis que cette nouvelle religion semblait s’épanouir par elle-même. »

« L’islam a longtemps été considéré comme une hérésie, dit Slaats. Aux yeux des chrétiens médiévaux, Mahomet n’était pas le fondateur d’une nouvelle religion, mais plutôt une sorte de gourou qui avait guidé ses disciples sur la mauvaise voie. Sur ses entrefaites, le monde occidental a été fortement influencé par l’islam. Il suffit de penser aux cathédrales gothiques, avec leurs élégants arcs en ogives. Ce sont des joyaux de notre architecture chrétienne, mais les médiévaux se sont en fait inspirés du Dôme du Rocher à Jérusalem et d’autres anciens bâtiments islamiques. Dans le domaine de la philosophie, des mathématiques et de l’astronomie, par exemple, l’Occident est également redevable des travaux des savants musulmans. »

Marie au centre du Coran

Quiconque lit le Coran, le livre saint des musulmans, rencontrera de nombreux noms familiers, comme celui d’Ibrahim (Abraham), le prophète à qui Dieu a demandé de sacrifier son fils. La fête islamique du sacrifice rappelle à nous aussi la scène émouvante citée dans le livre de la Genèse. Puis, le personnage de Maryam (Marie) attire notre attention.

« Marie est littéralement le centre du Coran », dit Jonas Slaats. « Une sourate – disons un chapitre – au milieu de ce livre cite son nom. Soit dit en passant, elle est la seule femme mentionnée par son nom. Elle est une figure importante dans la tradition coranique : elle a donné naissance au prophète Jésus, que certains musulmans considèrent comme le Messie. La naissance virginale est un point discuté, ce qui montre l’imbrication séculaire entre les religions juive, chrétienne et islamique. »

Louis Defives

Lire plus? Cet article est paru dans notre revue Marie, médiatrice et reine. Un abonnement annuel ne coûte que 23 €. Vous pouvez également essayer la revue avec un abonnement d’essai. Plus d’informations ici!

Retraite ‘Marie qui défait les noeuds’

L’organisation ‘Marie qui défait les noeuds’ fait une retraite mariale de deux jours à Banneux en novembre. Découvrez les détails ci-dessous!

26 au 28 novembre 2021

« Marie nous invite à déposer à ses pieds nos soucis, nos souffrances, nos douleurs »

« La retraite en confiance » vous est proposée afin de pouvoir  remettre à la Vierge Marie, « Celle qui défait les nœuds », toutes les  difficultés insolubles à vue humaine qui étouffent votre vie:  soucis de famille, de santé, de travail, de logement,  dépendances, etc..

Cette courte retraite est conçue pour achever dans la confiance et avec un soutien spirituel la neuvaine que vous aurez commencée chez vous 8 jours plus tôt. De nombreuses personnes ont été exaucées après cette neuvaine et en ont témoigné.

Ces sessions comportent des temps d’enseignement, d’adoration, d’entretien, avec la possibilité de recevoir le sacrement de réconciliation, et bien sûr d’assister à la messe.

Accordez-vous ce temps privilégié pour vous retrouver, demander, discerner,  vivre une belle expérience de prière communautaire, reprendre des forces et recevoir des pistes de réflexion et d’action pour que les «nœuds» de votre vie se dénouent, peu à peu, grâce à la présence et à l’intercession de Celle qui est notre mère!

Un temps privilégié pour demander, discerner et puiser à la source des sacrements. Un temps unique de ressourcement et de retour sur soi pour choisir d’exercer la miséricorde envers soi et ses proches. Un temps pour poser son fardeau devant Marie qui défait les noeuds.
Un temps d’échange pour être consolé, conseillé, et pour vivre des moments intenses. Un temps de silence pour adorer le Seigneur dans son Eucharistie, et aussi dans sa création.

Chaque retraite est conçue pour achever, dans une démarche de confiance et d’abandon, la neuvaine à Marie qui défait les noeuds 1 commencée, chez soi, 6 jours plus tôt.

Programme*

Vendredi

16 h 30 : Accueil, café, installation
18 h : Méditation du 7ème jour de la neuvaine
19 h : Dîner en commun
20 h : Veillée. Présentation générale de la retraite
Il n’y a pas de messe prévue le vendredi soir.

Samedi

La journée se déroule en silence. Chacun, en s’inscrivant, s’engage donc à vivre ce silence et à le respecter, pour soi et pour les autres.

Matinée
8 h : Petit déjeuner
9 h : Enseignement
11 h 15 : Messe
12 h 30 : Déjeuner

Après-midi
14 h : Le message du Sanctuaire
15 h : Enseignement
Temps personnel
17 h 30 : Oraison à la chapelle
Méditation du 8ème jour de la neuvaine
19 h : Dîner
20 h 30 : Veillée de réconciliation
Adoration du Saint Sacrement.

Dimanche

La journée se déroule en silence jusqu’au déjeuner

Matinée
8 h : Petit déjeuner
9 h : Enseignement
9ème jour de la neuvaine. Procession pour la remise du noeud de
chacun. Consécration à Marie
11 h : Messe
12 h 30 : Déjeuner festif

Après-midi
14 h : Enseignement
15 h : Librairie
16 h : Envoi dans le monde

Les places sont nécessairement limitées. Les inscriptions sont prises dans leur ordre d’arrivée. Ne tardez pas à renvoyer le formulaire. (cf. : verso)

* Des modifications à ce programme peuvent être apportées en fonction des attentes des participants et de la disponibilité des lieux.

Image: Johann Georg Melchior Schmidtner/Wikimedia Commons

Sommes-nous les maîtres de la terre ?

Inondations en Europe, sécheresse extrême dans le Sud : que se passe-t-il ? L’homme en est-il responsable ? Notre rapport à la création est-il toujours correct ? Nous l’avons demandé à Luc Vankrunkelsven, Bruxellois et vrai citoyen du monde, qui a fait de l’écologie son cheval de bataille.

Nous, les humains, avons toujours eu une relation compliquée avec la nature. Dans l’Ancien Testament, un monde peuplé de petits paysans, la création apparaît souvent comme une menace. Il suffit de penser aux catastrophes naturelles – les « fléaux », grâce
auxquels Yahvé libère les Israélites et aux aventures vécues lors de leur chemin vers la Terre Promise. Or, dans la Bible l’homme est intendant : Dieu lui commande de gérer la terre.
« On peut interpréter cette intendance de différentes manières », explique Luc Vankrunkelsven. « Le fait que nous devions prendre soin de l’environnement est un principe noble. Mais dans la pratique, la machine s’est emballée : si la tâche de l’homme était de gérer la terre, il lui est venu l’idée de contrôler la planète. Nous pensons que nous sommes les maîtres, alors qu’en réalité nous sommes nous-mêmes un rouage de cet écosystème. Nous ne connaissons plus notre place, avec toutes les conséquences désastreuses que cela implique. »

Un vieux rêve

Luc Vankrunkelsven est dans son élément quand il s’agit de l’environnement. Bien avant que la question du climat ne soit à l’ordre du jour des dirigeants mondiaux, il écrivait déjà des livres sur ce sujet. Pendant cinq ans, il a vécu alternativement en Belgique et au Brésil, où il a travaillé pour un syndicat qui unissait les fermes familiales.
« Adolescent, j’étais déjà fasciné par la population qu’on appelait les ‘Indiens’, les peuples autochtones d’Amérique du Sud », dit Luc. « À mes 18 ans, j’ai rejoint les Norbertins d’Averbode. Après tout, je savais qu’ils avaient une fondation au Brésil. Mais les choses se sont passées différemment : après mes études, l’Abbé m’a donné un emploi dans notre abbaye. »

Responsable de la maison de retraite d’Averbode, Luc en a profité pour aborder des sujets qui lui tenaient à coeur, comme l’agriculture équitable. C’est ainsi qu’est né, depuis trente ans déjà, Wervel, un mouvement qui s’est engagé pour une vision saine de l’alimentation. Mais en 2000, un vieux rêve est devenu réalité : avec l’approbation de l’Abbé, Luc fut autorisé à aller au Brésil pendant six mois.
« Avec l’aide d’un confrère, j’ai vite appris un peu de portugais, pour pouvoir me rendre plus ou moins compréhensible lors de mes pérégrinations dans cet immense pays », se souvient Luc.
« Dans la capitale Brasília, je me suis retrouvé en pleine manifestation de représentants d’environ 200 peuples indigènes – les ‘Indiens’ que j’admirais quand j’étais enfant – dans la rue pour dénoncer la discrimination : ce fut près de 500 ans après l’invasion des Portugais. C’était une expérience qui m’a vraiment touché. »

Soja brésilien et porcs belges

Cela ne s’est pas arrêté après un seul voyage au Brésil. Depuis lors, le norbertin motivé vit à Bruxelles et il est un conférencier recherché dans les universités et hautes-écoles brésiliennes. Ses livres ont été traduits en portugais. L’un de ses chevaux de bataille est le Cerrado. Cette région naturelle de savane boisée, environ 65 fois plus grande que la Belgique, est menacée par l’évolution de l’industrie du soja.

« À l’heure actuelle, près de la moitié du Cerrado a été défrichée », explique Luc. « Vous pouvez voir des champs de soja à perte de vue. Il en résulte une pénurie d’eau et une grave sécheresse. C’est une catastrophe pour la population locale. Et notre industrie alimentaire en est responsable. Tant que la demande de soja continuera d’augmenter
en Europe et en Chine, le Cerrado va rétrécir. »

Lire plus? Cet article est paru dans notre revue Marie, médiatrice et reine. Un abonnement annuel ne coûte que 23 €. Vous pouvez également essayer la revue avec un abonnement d’essai. Plus d’informations ici!

Alexandre, vicaire en temps de covid

Pour Alexandre Wallemacq, l’été 2020 est inoubliable. Entre deux confinements, il est ordonné prêtre dans la cathédrale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles. Aujourd’hui, un an plus tard, il travaille comme vicaire dans le Brabant wallon. C’est le moment de jeter un regard en arrière.

Rien n’est évident en ce « temps corona » et Alexandre Wallemacq l’a experimenté. Après une formation de sept ans au séminaire, il attendait avec impatience son ordination sacerdotale, mais le virus menaçait de contrarier les prévisions. « Je devais être ordonné le 20 Juin, mais nous avons dû modifier la date.

Ce n’est qu’au début du mois de juin que les diocèses ont reçu le feu vert pour célébrer l’eucharistie en public. Avec plus de deux mois de retard, je suis enfin ordonné le 30 août. Le bourgmestre de Bruxelles a exceptionnellement permis à 200 personnes d’être présentes, pour l’occasion, dans la cathédrale, bien sûr avec des masques. »

À la recherche de sens

Avant d’entrer au séminaire, à l’âge de 26 ans, Alexandre a travaillé pendant plusieurs années dans un grand magasin de sport dans sa ville de Wavre. « Je suis croyant depuis mon très jeune âge », dit-il. « Mais devenir prêtre ? Si on m’avait posé cette question quand j’avais 18 ans, j’aurais répondu non. Ce n’est qu’à l’université que j’ai entendu l’appel de Dieu. Mais en même temps, je savais que je n’étais pas prêt. Après mes études, j’ai pu devenir manager chez Décathlon. Un milieu particulièrement passionnant, avec une ambiance de travail agréable et de bons collègues. Nous avons même commencé à faire du sport ensemble. »

« Pourtant, quelque chose me travaillait. En raison de mon travail dans le secteur sportif, j’ai contribué au bien-être des gens, mais j’ai senti que je pouvais faire plus pour eux. Mon directeur pensait que j’avais besoin de plus de défis dans mon travail, mais ce n’était pas le cas. L’appel à la prêtrise a refait surface, tout comme à l’université. Je me souviens d’avoir travaillé un samedi et de m’être présenté le lendemain à la porte du séminaire. »

Un début difficile

Peu de temps après son ordination, Alexandre est nommé vicaire en Brabant wallon, dans la paroisse de Jodoigne, qui compte quatre églises et fait partie d’une unité pastorale comptant plusieurs clochers. « Le début a été très difficile », dit Alexandre. « Je suis devenu responsable de la pastorale des personnes âgées, mais les résidents des maisons de repos n’étaient pas autorisés, à ce moment-là, à recevoir des visites. Je suis allé une fois dans un home pour administrer le sacrement des malades à un résident. Heureusement, quelques mois plus tard, les mesures ont été assouplies. L’aumônerie a été relancée petit à petit, à la demande des directeurs de maisons de retraite : certains résidents étaient devenus vraiment désespérés parce qu’ils n’avaient vu presque personne depuis longtemps. »

La crise du corona crée parfois aussi des opportunités inattendues. Le jeune prêtre rêvait de témoigner de sa foi à Saint-Albert, l’école d’à côté. « Mais ils n’ont pas été autorisés à inviter quelqu’un de l’extérieur à l’école. ‘Cependant, nous sommes à la recherche d’un professeur de religion pour quelques heures par semaine’, dit le directeur. Une opportunité ! Je trouve hyper-intéressant de parler de ma foi avec des adolescents. »

QUI EST ALEXANDRE WALLEMACQ ?

Alexandre Wallemacq est né à Uccle en 1986. Ainé d’une famille de quatre enfants, il a vécu à Wavre depuis l’âge de six ans. Après ses humanités, il choisit l’École Royale Militaire, mais au bout d’un an, il décide d’étudier l’éducation physique à Louvain-la-Neuve. Il travaille ensuite, pendant plusieurs années, comme manager chez Décathlon. En 2013, il commence sa formation pour devenir prêtre et est ordonné le 30 août 2020 par Mgr Jean-Luc Hudsyn, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles. Il est nommé vicaire dans l’unité pastorale de Jodoigne.

Chanter devant la fenêtre

L’abbé Wallemacq remarque que la crise sanitaire a forcé les communautés locales à la créativité. « Quand il s’agit d’aspects techniques, tout le monde regarde dans ma direction. Normal quand on est jeune prêtre ! » sourit-il. « À Jodoigne, nous avons organisé des célébrations télévisées. Nous avons également créé une liste de tous les paroissiens qui ne sont pas familiers avec le courrier électronique ou l’Internet. Ces personnes ont reçu, par exemple, un appel téléphonique ou un courrier postal. Il était important que personne ne se sente exclu à un moment où le contact humain était rendu plus difficile de tous les côtés. C’est ainsi que nous sommes allés avec les scouts devant la maison de retraite. Les fenêtres se sont ouvertes et, debout à une distance sécuritaire, nous avons chanté des chants de Noël pour les résidents. Ce sont de petites initiatives qui ont encore un bon résultat. »

Certaines de ces « méthodes de travail corona » ont continué à fonctionner, dit Alexandre : « C’est ainsi que je guide certains couples dans leur préparation au mariage. Parce qu’il n’est pas évident d’inviter des gens, je les vois à travers les réunions Zoom. Et cela fonctionne très bien, même si je me rends compte qu’il sera toujours préférable de pouvoir vraiment rencontrer les gens, surtout quand on veut avoir une conversation sérieuse. »

Un temps de désert

Alexandre n’est pas de ceux qui craignent que de nombreux croyants soient devenus étrangers à leur église paroissiale à cause de la crise. À son avis, cela dépend en grande partie de la dynamique de la paroisse avant le déclenchement de la pandémie. Il croit que beaucoup de gens ont saisi l’occasion d’approfondir leur foi. « Ce temps, parfois sans eucharistie, c’est aussi un temps de désert. On est forcé de faire l’expérience de sa foi différemment, peut-être plus profondément qu’avant. Si nous pouvons espérer célébrer à nouveau l’eucharistie ensemble, les membres de l’église auront subi une transformation vers le mieux. Ils ont pu approfondir leur foi, tout comme le peuple hébreu, qui a traversé le désert pendant quarante ans. »

Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de septembre 2021. Découvrez notre revue ici.

Le Sanctuaire de Horion-Hozémont fête son dixieme anniversaire

Alors que, en Belgique, beaucoup d’églises et de couvents doivent fermer leurs portes fautes de fidèles et de vocations, le Sanctuaire de l’Enfant Jésus de Prague à Horion-Hozémont (diocèse de Liège) est un « petit miracle ». En effet, les responsables accueillent de nombreux pèlerins et ont construit récemment un couvent pour accueillir une communauté de religieuses de la congrégation des Amantes de la Croix.

« En arrivant dans cette paroisse, si on m’avait dit qu’elle deviendrait un centre reconnu de pèlerinage et qu’il y aurait un couvent à côté de l’église, je n’y aurai jamais cru ! » nous dit l’abbé Pierre Kokot, recteur du Sanctuaire. « Et pourtant, je n’ai fais que répondre à l’Enfant Jésus qui a frappé à la porte de mon coeur. »

Trois jours de prière

« Les premiers pèlerins sont venus par « le bouche à oreilles ». Initialement, aucun accueil particulier n’avait été pensé car nous n’imaginions pas « créer » un pèlerinage. Dès lors, les meilleurs ambassadeurs du Sanctuaire sont les pèlerins aux-mêmes qui invitent leurs proches à venir nous rejoindre » raconte l’abbé Kokot.
« Je suis à chaque fois dans l’émerveillement que je rencontre des fidèles qui font parfois des centaines de kilomètres pour venir prier avec nous. Désormais, une bonne infrastructure permet de recevoir les pèlerins dans 2 salles d’accueil prévue à cet effet dans le nouveau couvent des Soeurs. »

Cette année est particulière puisqu’on fête le 10ème anniversaire du Sanctuaire. On vous accueille pour 3 jours de prières du vendredi 13 au dimanche 15 août 2021. Ici vous trouverez toutes les infos. En plus, Gérard van Haeperen publiera un article sur l’histoire du Sanctuaire dans notre revue Marie, médiatrice et reine (édition d’octobre).

« Le virus de Lourdes m’a pris »

Tous ceux qui se sont déjà rendus à Lourdes avec les Pèlerinages Montfort ont sans doute déjà rencontré Robrecht De Gersem, notre bénévole sur place. Entretien avec un homme pour qui Lourdes est sa deuxième maison.

« Lorsque j’étais enfant, pendant et après la guerre, ma mère m’a donné de l’huile de foie de morue, une boisson jaune déplaisante. « Ce sont des vitamines pour devenir grand et fort », affirmait-elle. Quand j’ai obtenu mon diplôme d’instituteur, nous sommes allés à Lourdes et là, j’ai eu des vitamines spirituelles plus agréables. J’ai été autorisé à diriger occasionnellement la chorale pendant la célèbre procession aux flambeaux, qui m’a complètement accueillie. J’ai vraiment attrapé le virus de Lourdes et je n’ai pas besoin d’un vaccin contre cela. »

Robrecht De Gersem, notre pilier des Pèlerinages Montfort à Lourdes depuis 1995, prend la parole. La célèbre procession aux flambeaux n’est pas la seule chose qui le touche à la grotte. « Quand je suis allé pour la première fois à Lourdes lorsque j’étais encore jeune homme, la confrontation avec des gens vraiment malades dans des charrettes bleues m’a touché », a-t-il déclaré. « Après ma carrière d’enseignant, j’ai eu l’occasion de me joindre aux Montfortains et d’y faire du travail logistique. Je n’arrive pas à croire quels contacts et rencontres m’ont été révélés ! »

Il y a de l’électricité dans l’air

« Lourdes » évoque des sentiments controversés. Robrecht De Gersem s’en rend également compte: « Certains se détournent et résistent quand ils entendent la chanson « À Lourdes sur la montagne ». D’autres haussent les épaules avec indifférence, mais quand vous venez à Lourdes, vous êtes frappé, que vous le vouliez ou non. C’est inexplicable, mais il faut se démarquer par le service qui prévaut. La façon dont les jeunes entrent en contact avec des personnes malades ou handicapées les transforme et les laisse marqués. »

Et il y a la rencontre avec Bernadette Soubirous, la bergère à qui Marie est apparue à plusieurs reprises en 1858. « Bernadette est la star du message, ni plus, ni moins. Essayez de marcher dans ses sabots, debout, agenouillé. Et s’il est possible de vous rendre à son endroit désigné pour vous agenouiller devant la grotte, il y a de l’électricité dans l’air. Vous devez l’expérimenter par vous-même, il n’y a pas de mots pour cela. Un étudiant hongrois de 18 ans pourrait vous en dire plus à ce sujet et vous impressionner. »

À Lourdes, on m’appelle Robert de Montfort

image: AdobeStock

« Je ne savais vraiment rien du fondateur des Montfortains, Louis-Marie Grignion de Montfort », confesse Robrecht. Mais cela a changé depuis: « J’ai marché en France sur les pas de Montfort, je suis même resté dans sa ville natale et j’ai étudié le cours de sa vie jusqu’à son tombeau à Saint-Laurent. Les impressions que j’ai eues, c’est incroyable, et après tant d’années à Lourdes, c’est un honneur pour moi qu’on m’y nomme « Robert de Montfort ». Combien de pèlerins m’ont découvert à ma Permanence 19, où chaque rencontre est un enrichissement pour moi. »

En raison des restrictions de voyage et d’autres interdictions dues au Covid, Robrecht a été privé de sa deuxième maison pendant longtemps. Comme nous, il attend avec impatience le prochain voyage à Lourdes des Pèlerinages montfortains, qui est prévu à la fin de l’été. « Pendant le « temps covid », Lourdes m’a manqué, mais le brouillard se dissipe et le soleil se lèvera en septembre, quand je pourrai dire à nouveau: « Marie, merci de m’avoir permis de me tenir à nouveau devant ta grotte. » »

Du 13 au 17 septembre 2021, nous nous rendrons à Lourdes, avec le père Daniel-Marie Ramiro-Gonzales (abbaye Notre-Dame de Leffe) comme accompagnateur. Vous trouverez ici plus d’informations sur les prix et le programme du pèlerinage.

La dévotion à Marie est-elle ringarde ?

Chaque mois, nous présentons une question de foi difficile à quelqu’un qui connaît le sujet. Cette fois, nous voulons savoir si le culte de Marie est encore de ce temps. Nous le demandons au père montfortain Nepo James Raj, qui exerce un ministère au sanctuaire de Montaigu.

Prier une dizaine de chapelet, brûler une bougie à l’autel de Notre-Dame ou décorer une chapelle au mois de mai : de telles expressions de dévotion mariale sont souvent déconsidérées. Pour certains, la dévotion à Marie est « quelque chose du passé », à la limite de la superstition. Le père Nepo connaît les préjugés auxquels sont confrontés les visiteurs des sanctuaires mariaux. « Quelqu’un m’a dit que dans des endroits comme Montaigu ou Lourdes, Marie prend la place de Dieu », dit-il. « Je pense que je sais comment un tel malentendu se pose.

Pour les croyants ordinaires, Dieu est inaccessible et distant. Il est ‘le Très-Haut’, comme nous le chantons dans le Sanctus. Beaucoup se sentent gênés de lui confier leurs préoccupations, comme s’ils accostaient le roi dans la rue. Ils ont besoin de Marie pour approcher Dieu. Comme le nom de notre revue le dit : Marie est notre médiatrice, elle intercède pour nous auprès de son Fils. »

Amour de mère

Père Nepo James : « On ne peut pas séparer la mère du Fils. »

Se référant au rôle de Marie en tant que médiatrice entre Dieu et les hommes, le père Nepo nous donne déjà une réponse à la question de savoir si la dévotion mariale a du sens à notre époque. Mais il y a plus : « À Montaigu, je ne vois pas seulement des visages souriants. Quand je fais la permanence à la maison des prêtres, en face de la basilique, je reçois aussi des gens qui sont à bout de souffle. Ils ont de graves problèmes financiers, se sentent impuissants, ont perdu de vue leur famille… Pour eux, Marie n’est pas seulement la mère de Dieu. Ils la voient un peu comme leur propre mère, à qui ils peuvent toujours exprimer leurs préoccupations. »

L’amour maternel est le mot clé, dit le Père Nepo : « Je viens de l’Inde, d’une société fortement patriarcale. Dans notre culture, les hommes ne montrent pas facilement leurs sentiments. Quand j’étais enfant, mon père attachait une grande importance aux règlements ; enfant câlin, pour m’expliquer, je pouvais aller à ma mère. Mes parents m’aiment tous les deux au même degré, mais montrent leur amour d’une manière différente. C’est la même chose avec le culte de Marie. Les gens veulent exprimer leur amour pour Dieu, et cette recherche se fait très souvent par la main tendue de notre mère Marie. »

Plus que de rituels

Nous examinons toutes sortes de phénomènes sociaux à travers des lunettes rationnelles. Selon le père Nepo, cela explique l’attitude suspecte de beaucoup, y compris dans l’Église, envers la croyance populaire et la dévotion à Marie en particulier. « Les gens veulent comprendre tout ce qu’ils voient et vivent. Il n’y a rien de mal à ça. Mais la foi n’est pas tout à fait raisonnable. Vous ne pouvez pas attraper Dieu comme un oiseau et le garder dans une cage. »

« Quiconque rejette le côté extérieur de la dévotion populaire comme des superstitions en ignore le sens profond », dit le père Nepo. « Que vous partiez en pèlerinage à pied ou que vous allumiez une bougie devant une statue de Marie, ces rituels font partie d’un tout plus vaste. Quand une jeune femme vient à Montaigu et allume une bougie pour ses parents malades, elle fait beaucoup plus qu’un petit geste. Elle montre qu’elle a confiance en Dieu, qu’elle l’aime ou qu’elle lui est reconnaissante. Montfort il y a trois siècles disait : pour aller à Jésus, nous devons aller à Marie. La
jeune dame dans la chapelle des cierges s’exprime sans paroles, mais moyennant quelques petits gestes. »

Père Nepo bénit deux cyclistes à Montaigu.

Foi vécue

Dans les années à venir, de nombreuses églises en Belgique seront réaffectées. Le père Nepo dit que les lieux de pèlerinage n’en viendront pas à cela : « Dans les années 1960, certains prêtres, qui n’avaient pas bien compris le Concile, ont fait retirer les statues de Marie de leur église. Les processions mariales ont été abolies. Pourtant, les croyants ont continué en masse à chercher des lieux de pèlerinage. L’amour mutuel entre Marie et le peuple est plus grand que nous ne le
pensons. »

« Si la Vierge Marie mérite une place dans notre société, cela dépend avant tout de la place que nous accordons à Jésus. On ne peut pas séparer la mère du Fils. Personne ne peut nier que de nombreuses paroisses sont en difficulté, pourtant, en Belgique, je vois de jeunes prêtres qui se lèvent et témoignent de Jésus d’une manière vécue. C’est vital, parce que si les gens ont le sentiment que la célébration eucharistique est ‘jouée comme une pièce de théâtre’, ils restent à l’écart. »

Desservant dominical à Hoegaarden, le père Nepo porte régulièrement la communion aux malades de la paroisse. « Bien sûr, je prends le temps pour une conversation, mais je remarque souvent l’inquiétude chez les gens. C’est compréhensible, parce que ce qui est dans le coeur est parfois difficile à exprimer. Il s’agit de choses qui sont souvent si douloureuses qu’ils n’osent pas les confier à qui que ce soit, pas même à un prêtre. Le fait que les gens ouvrent leur coeur à Marie montre à quel point leur foi est forte. Ils montrent aussi que la dévotion à Marie n’est certainement pas ringarde, mais a une grande pertinence. »

Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de juillet-aout 2021. Découvrez notre revue ici.

Mois de mai, mois de Marie

Chaque année, de nombreux chrétiens se tournent vers Marie et la prient durant le beau mois de mai. On a coutume d’appeler ce mois ‘Le mois de Marie’ et de multiplier, en plein coeur du printemps, les actes de dévotion mariale.

Cette tradition plonge ses racines très loin dans l’histoire du peuple chrétien. Au Moyen-Age déjà, des scribes jouent avec le mot latin maia et écrivent madona. Le roi de Castille Alphonse X, au XIIIe siècle, parle de jours consacrés au culte marial en mai. Certains offrent des fleurs à la belle Dame, alors que la flore est en pleine éclosion. Au XVIe siècle, à Rome, saint Philippe Néri se plaît à fleurir la Vierge avec les enfants de l’église de sa congrégation, la Chiesa Nova. Progressivement, la dévotion s’étend. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les jésuites oeuvrent beaucoup à la diffuser dans toute l’Italie.

En 1815, le pape Pie VII l’approuve officiellement. Elle se répand alors partout dans le monde et devient patrimoine commun de l’Eglise universelle. En 1945, Pie XII l’encourage en plaçant le 31 mai, pour clôturer le mois, la fête de Marie Reine, aujourd’hui célébrée le 22 août.

Paul VI, dans son encyclique Mense Maio de 1965, fait de même et appelle les chrétiens à prier Marie pour la paix durant le mois de mai : nous sommes en pleine guerre froide. En 2020, alors que la pandémie de Covid-19 fait rage, le pape François renouvelle l’encouragement pontifical en invitant les fidèles à prier pour les malades.

Un bouquet pour la belle dame

Si les chrétiens ont depuis si longtemps ressenti le désir de prier plus particulièrement Marie durant le beau mois de mai, c’est parce que durant ce mois, la nature revit, fleurit, se pare de magnifiques couleurs. Ils sont heureux de se tourner vers la toute belle quand la création se fait resplendissante de beauté. Les fleurs, tout spécialement, contribuent à cette beauté. Et en offrir à Marie, en mai, quand elles sont si jolies, c’est lui dire qu’elle est belle. C’est lui exprimer notre amour pour elle, comme un enfant qui offre des fleurs à sa maman.

À Beauraing, l’aubépine dans laquelle Marie est apparue fin 1932, début 1933 fleurit en mai. De splendides fleurs roses entourent pendant quelques jours la statue de la Vierge au Coeur d’Or. Les pèlerins sont nombreux à venir déposer un bouquet en ce lieu où la Reine des cieux s’est montrée à cinq enfants, qui n’ont jamais trouvé de mots assez grands pour dire sa beauté. Ils viennent parfois en procession présenter leurs gerbes à la belle Dame, comme l’a appelée Albert Voisin, un des cinq enfants qui ont eu la grâce de la voir.

Aller à Jésus par sa Mère

Ces fleurs, comme toutes les belles choses qu’ils peuvent lui offrir, accompagnent leurs prières. Fleurir Marie, c’est lui dire qu’elle est belle et qu’on l’aime. C’est cela qui lui plaît. Elle est heureuse d’accueillir les fleurs et tous les cadeaux qu’on lui présente quand ils expriment de belles prières qui viennent du coeur. N’a-t-elle pas dit, à Beauraing et en bien d’autres lieux, de prier ? La prière d’un coeur sincère, c’est une fleur magnifique pour elle.

Le chapelet est une prière qu’elle affectionne tout particulièrement, car quand on prie le chapelet, on va à son Fils Jésus en passant par elle. Durant le mois de mai, les chrétiens prient plus régulièrement le chapelet dans les lieux de pèlerinage, dans les paroisses, mais aussi à la maison ou encore dans de petites chapelles ou devant des potales. Dans le village de Baronville où je suis curé, des paroissiens ont jusqu’il y a peu, prié le chapelet devant une statue de la Vierge de Beauraing durant le mois de mai. De mystère en mystère, ils ont médité les grands moments de la vie de Jésus
avec Marie : quelle belle prière !

Pour ceux qui souffrent

Des enfants offrent des dessins, des jeunes déposent des galets blancs sur lesquels ils ont écrit leur prénom, des seniors postent une lettre devant le lieu des apparitions dans laquelle, souvent, ils parlent de leurs enfants et petits-enfants, des dames font don de leurs bijoux… Multiples sont les
dévotions mariales que les fidèles pratiquent durant le joli mois de mai. Toutes touchent le coeur
maternel de Marie, qui aime chacun de nous. Beaucoup intercèdent quand ils se tournent vers elle. Il est bon de la prier pour toutes les personnes qui souffrent, en pensant plus particulièrement aux souffrances les plus aigües de l’heure. On fait alors ce à quoi les papes nous invitent.

Dans les années 1960, en pleine guerre froide, Paul VI a appelé les chrétiens à prier Marie pour la paix durant le mois marial. Aujourd’hui, le pape François nous encourage à confier à la Vierge Immaculée les malades et spécialement ceux qui sont victimes du coronavirus.

En ce beau mois de mai, tournons-nous vers Marie et présentons-lui nos vies, celles de nos proches, les réalités dans lesquelles nous vivons, la vie de notre Église et celle du monde. Prions-la pour les personnes qui souffrent et, en ce moment, pour les victimes de la pandémie. Avec une grande liberté, parlons-lui comme on parle à une mère et ouvrons-lui nos coeurs. Elle prendra toutes nos intentions dans le sien et les déposera dans le coeur de son Fils Jésus. Offrons-lui les fleurs de notre prière cordiale, pleine de confiance et de charité.

Abbé Christophe Rouard
Sanctuaires de Beauraing

Le pape appelle à un marathon de prière en mai

Le pape François appelle les catholiques du monde entier à prier Marie tous les jours pendant le mois de mai. La prière quotidienne du chapelet de millions de croyants doit être plus forte que le coronavirus, qui sévit dans le monde depuis plus d’un an maintenant.

Le marathon de prière commence le 1er mai et se termine le 31 mai, fête de la Visitation de Marie. Le dernier jour de prière, le Pape priera Notre-Dame, depuis le Vatican, pour la fin de la pandémie et la reprise rapide de la vie sociale.

Trente lieux de pèlerinage marial – de l’Argentine à l’Angleterre – ont rejoint l’appel du Vatican, chacun avec une intention spécifique. A Lorette, par exemple, des prières seront organisées pour les personnes âgées et, à Lourdes, pour les médecins et les infirmières. Dans notre pays, le sanctuaire de Banneux Notre-Dame y participe. La Vierge des Pauvres y est apparue en 1933 à la petite Mariette Beco. Des prières spéciales y auront lieu le mardi 11 mai pour les pauvres, les sans-abris ou ceux qui sont en difficulté économique.

Banneux Notre-Dame – Chapelle Saint-Michel

Le Pape demande que, dans le mois de mai à venir, une attention quotidienne soit accordée à la prière du chapelet, afin de confier nos intentions à Marie. Comme clôture du jour, il est bon de prier le ‘Je vous salue Marie’.

Prier sans cesse, comme Jésus nous l’a demandé, est le but de ce marathon de prière. Avec Marie comme médiatrice, notre prière quotidienne, que ce soit en communauté, à la maison ou sur la route, dans la voiture ou dans un lieu de pèlerinage régional, rejoint directement Dieu.

La rédaction