La vision d’une religieuse liégeoise au Moyen-Âge est à l’origine de la Fête-Dieu telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cette fête nous ramène à un fondement de la foi catholique : la présence de Jésus-Christ dans l’Eucharistie.
par Glenn GEERAERTS
traduction du néerlandais : Michel CHARLIER
photos : Sanctuaire de Tancrémont & Centre Marial
Lors de leur parcours de première communion, quelques enfants avaient décidé d’interviewer des fidèles de leur paroisse. L’une des questions qu’ils devaient poser portait sur la signification de la communion. Un des paroissiens leur a simplement dit que les hosties étaient préparées par des sœurs. Pour un autre, la distribution de la communion était le signal « que la messe était presque finie ». Quelques-uns seulement ont pu leur expliquer de quoi il s’agissait réellement. Cela donne matière à réflexion. Et cela prouve l’absolue nécessité de l’existence de la fête du Saint-Sacrement qui pourtant, dans de nombreuses paroisses, passe inaperçue.
Corps et sang
Jetons un coup d’œil rapide dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme la « présence réelle et continue » du Christ dans l’Eucharistie. Il y est substantiellement présent, avec son corps et son sang, avec son âme et son caractère divin. En d’autres termes, sous la forme du pain et du vin, le Christ, le Dieu incarné, est parmi nous chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. N’est-ce pas un privilège incroyable, que nous puissions ainsi communier régulièrement ?

Et c’est précisément ce qui est central dans cette Fête-Dieu, cette « Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ », que nous célébrons le deuxième dimanche après la Pentecôte : la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. La consécration n’est pas un tour de passe-passe ; nous croyons qu’à ce moment-là, l’hostie et le vin se transforment réellement en corps et en sang de notre Seigneur. Avons-nous des preuves scientifiques de cela ? Non, c’est un mystère, par l’intermédiaire de Dieu, et nous y croyons.
Une lune rayonnante
Dans le titre de cet article, nous affirmons que la Fête-Dieu est belge. En effet, cette grande fête a des racines bien ancrées dans nos régions, même si on ne parlait pas encore de Belgique à l’époque.
Remontons le temps et débarquons à Liège au début du 13e siècle. Au couvent du Mont-Cornillon, Julienne, une jeune moniale augustinienne, reçoit de nombreuses visions avec, à chaque fois, la même image : une lune rayonnante échancrée en deux moitiés par une bande noire. Ce n’est que plus tard que Dieu lui révèlera le sens de ses expériences mystiques : la lune représente la vie de l’Église sur Terre et la bande opaque indique une fête liturgique manquante, à créer en l’honneur du Très Saint-Sacrement.
Pendant 20 ans, sœur Julienne garde le silence sur ce que le Seigneur lui a révélé à plusieurs reprises

Sœur Julienne est-elle en proie à la honte ou à un sentiment d’insécurité ? Toujours est-il que, pendant 20 ans, elle garde le silence sur ce que le Seigneur lui a révélé à plusieurs reprises. Mais elle ne peut pas continuer à ignorer sa mission. Après tout, le Seigneur lui a demandé de se consacrer à une fête où les fidèles l’adoreraient dans l’Eucharistie. Elle décide de partager son secret avec deux autres femmes et de se consacrer avec elles à l’adoration eucharistique. Elle demande également de l’aide à un chanoine de la collégiale Saint-Martin.
De Liège à Rome
Les démarches se multiplient et aboutissent. La Fête-Dieu, la fête du Saint-Sacrement, est introduite dans le diocèse de Liège en 1246, du vivant de Julienne. En 1264, le pape Urbain IV rend cette nouvelle fête, désormais appelée ‘Corpus Christi’, obligatoire pour l’ensemble de l’Église catholique. Cette décision s’explique sans doute par les antécédents du pape. Avant d’être autorisé à s’asseoir sur le trône de Pierre à Rome, il a œuvré pendant des années comme archidiacre du diocèse de Liège, où il a contribué à la création de la fête, encore locale à l’époque.

Le miracle eucharistique de Bolsena (à 2 heures de Rome), dont les fidèles ont été témoins un an plus tôt, en 1263, a également joué un rôle. Ce miracle s’est produit pendant la messe. Le prêtre, en proie à des doutes sur sa foi – il doute de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie – prie Dieu pendant la consécration, espérant que ce dernier lui fasse un signe. Juste avant la communion, l’hostie qu’il tenait dans ses mains se met à saigner.
Bien plus qu’un folklore catholique
Chez nous, jusque dans les années 1960, une procession sacramentelle était organisée dans chaque village le deuxième dimanche après la Pentecôte. Cette tradition est tombée en désuétude dans de nombreux endroits. Injustement, car comme nous l’avons vu, elle est bien plus qu’un folklore catholique.
La tradition de la procession du Saint-Sacrement est tombée en désuétude dans de nombreux endroits
Liège reste fidèle à sa réputation de berceau de la Fête-Dieu. Cette année, le jeudi 19 juin, l’eucharistie solennelle dans la basilique Saint-Martin sera présidée par Mgr Delville, suivie d’une procession jusqu’à la cathédrale. Là il y aura adoration tout au long de la nuit et le lendemain. Au sanctuaire du Vieux Bon Dieu à Tancrémont (Pepinster), la messe traditionnelle (forme extraordinaire) sera célébrée le samedi 21, suivie d’une procession.
Printemps eucharistique
Bien sûr, ce n’est pas tout de sortir en procession avec le Saint-Sacrement une fois par an, encore faut-il y prêter attention le reste de l’année. Nous pensons ici au nombre croissant de lieux où les croyants se réunissent régulièrement pour adorer le Très Saint-Sacrement.

Un signe d’espoir, pensait également le pape Benoît XVI : « Je prie afin que ce ‘printemps eucharistique’ se répande toujours davantage dans toutes les paroisses, en particulier en Belgique, la patrie de sainte Julienne » écrivait-il en 2010.
« La fidélité à la rencontre avec le Christ eucharistique dans la Messe dominicale est essentielle pour le chemin de foi, mais essayons aussi d’aller fréquemment rendre visite au Seigneur présent dans le Tabernacle ! En regardant en adoration l’Hostie consacrée, nous rencontrons le don de l’amour de Dieu, nous rencontrons la Passion et la Croix de Jésus, ainsi que sa Résurrection. »
















