L’homme qui a enfoui sa foi dans le sol

Les paraboles du Nouveau Testament nous laissent souvent perplexes. C’est le cas notamment du récit des talents, dans l’Évangile de Matthieu, dans lequel le serviteur qui a enfoui l’argent de son maître est qualifié de paresseux et d’oisif, alors qu’il voulait tout simplement mettre cet argent à l’abri.

Un homme part en voyage et confie son argent – respectivement 5, 2 et 1 talents – à ses trois serviteurs. Lorsqu’il revient chez lui, deux de ses serviteurs ont une bonne nouvelle : ils ont fait fructifier leurs talents, ce qui leur a permis de doubler la valeur de ce qui leur avait été confié. Ces deux serviteurs sont récompensés et sont autorisés à s’asseoir à la table du banquet. Le troisième serviteur avoue qu’il a eu peur et a enterré le talent reçu. Ce talent n’a donc pas fructifié. Le maître est furieux : si le serviteur avait au moins placé ce talent à la banque, il aurait rapporté des intérêts. Mais désormais, il ne vaut presque plus rien. Le serviteur est alors mis dehors sans ménagement.

La parabole des talents, dans l’Évangile de Matthieu (Mt 25, 14-30), soulève plusieurs interrogations. À première vue, elle semble concerner une question financière. À l’époque de Jésus, un talent était une somme valant plus de 30 kilos d’argent. Les ‘bons’ serviteurs parviennent tous deux à doubler la somme qui leur a été confiée, soit 7 talents supplémentaires à eux deux (ce qui équivaut à plus de 200 kilos d’argent). Ce n’est pas rien : ils en sortent gagnants, même s’ils ont dû donner de leur personne et persévérer. Le serviteur ‘paresseux’ est perdant : dans le pire des cas, le talent qu’il a mis à l’abri a perdu de sa valeur.

Une question de confiance

Est-ce que Matthieu, à travers cette parabole, essaie de nous dire que nous devons être de bons investisseurs ? Que ceux qui recherchent un profit financier seront récompensés ? Et que ceux qui prennent soin de ce qui est précieux seront traités comme des moins que rien ? Pourquoi le maître fait-il jeter dans les ténèbres le troisième serviteur ?

Est-ce que Matthieu, à travers cette parabole, essaie de nous dire que nous devons être de bons investisseurs ? Que ceux qui recherchent un profit financier seront récompensés ?

Nous ne devons pas tomber dans le piège qui consiste à prendre cette histoire, tout comme d’autres récits de la Bible, au pied de la lettre. Comme toute parabole, l’histoire des talents a une signification plus profonde. Il ne s’agit pas d’argent et de monnaie sonnante et trébuchante, mais de confiance et de foi. Car cette foi – notre foi – peut prendre des chemins parfois très différents. Nous pouvons mettre nos dons au service de nos semblables, afin qu’à leur tour ils portent des fruits. Les deux serviteurs fidèles n’ont pas voulu trahir la confiance que leur maître avait mise en eux. Ils ont fait fructifier leurs talents. Ils ont pris des risques pour leur maître, et avec succès : les talents ont doublé de valeur. Leur foi a fructifié, s’est épanouie.

Poussé par la peur

Le troisième serviteur, quant à lui, est traité de ‘mauvais’, de ‘paresseux’ et de ‘bon à rien’. Lui aussi s’est vu confier une partie des trésors de son maître, mais il l’a enfouie dans le sol. Il n’a voulu prendre aucun risque. « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton talent dans la terre », avoue-t-il à son maître. Ce n’est pas la foi, mais la peur qui l’a animé. Cela nous donne matière à réflexion : comment gérons-nous les talents que le Seigneur nous a confiés ? Les partageons-nous avec nos amis, nos connaissances ? Notre foi nous incite-t-elle à rendre service à nos parents, nos enfants, nos petits-enfants ? Un petit mot gentil, un encouragement muet, un ‘merci’ sincère… : même le geste le plus anodin est une étincelle de foi.

En enterrant l’argent qui lui avait été confié, le serviteur n’a plus à s’en soucier. De ce fait, il laisse s’estomper toute trace de son maître. « Le voici, voilà ce qui t’appartient » dit-il lorsque son maître lui réclame son argent. Le message est clair : le talent est à toi, je ne l’ai pas utilisé et ce ne sont plus mes affaires.

À cause de son attitude, dictée par la peur et l’attentisme, ce serviteur paresseux n’a pas utilisé ses talents. Il a pris un mauvais chemin.

À cause de son attitude, dictée par la peur et l’attentisme, ce serviteur paresseux n’a pas utilisé ses talents. Il a pris un mauvais chemin. Le maître de maison lui prédit un avenir maussade : il finira ‘dans les ténèbres extérieures’, là où il n’y a que ‘des pleurs et des grincements de dents’. Cela ressemble à une description de l’enfer. Aujourd’hui, nous pourrions formuler cela différemment : le serviteur tourne le dos à son maître et choisit la solitude. Mis dehors, dans les ténèbres, il restera privé de la lumière et de la chaleur de la maison du Seigneur.

Glenn Geeraerts
Inspiré par Régis Burnet,
‘24 heures de la vie de Jésus’ (PUF, 2022)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.