+ Cardinal Jozef De Kesel
« Personne n’a jamais vu Dieu » (Jn 1,18), voilà ce qui est affirmé au début de l’Évangile de Jean. Et dans la première lettre de saint Paul à Timothée, nous lisons : « Il habite la lumière inaccessible » (6,16). Pourtant, Dieu n’est pas resté un Dieu lointain et étranger. Il est venu à nous. L’Écriture en témoigne. Il a cherché le contact. Il n’est pas l’Être suprême qui se suffit à lui-même. Il veut donner et partager. Il recherche l’amitié et le lien. C’est pourquoi il a appelé Abraham. C’est pourquoi il rassemble son peuple. C’est pourquoi il nous a envoyé son fils. Et tout au long de cette longue histoire, il s’agit toujours de ce même message, de ce même évangile, de cette même bonne nouvelle : Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur. Qu’il ne nous a pas créés en vain. Qu’il nous connaît, nous aime et nous accepte, radicalement. Sa parole est toujours une parole d’amour, ainsi qu’un appel à transmettre cet amour les uns aux autres.
Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur
Le feu de l’Esprit
Que Dieu parle, qu’il nous donne sa parole, voilà le miracle, le mystère dont témoigne toute l’Écriture. Mais le miracle, c’est aussi que les hommes le comprennent et soient réceptifs à cet amour. Que Dieu nous cherche et veuille se lier à nous n’est pas évident. Mais que l’homme lui-même donne sa parole à Dieu, lui réponde et veuille partager sa vie avec lui, l’est encore moins.

L’homme ne peut pas réaliser cela de lui-même. C’est Dieu qui touche et ouvre les cœurs. C’est pourquoi, dans l’histoire de la Pentecôte, il est question de feu, d’un feu qui vient d’en haut, d’un feu qui fait brûler nos cœurs, le feu de l’Esprit. Le livre de l’Exode raconte que « la montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu ». Ce même feu est également évoqué lors des débuts de l’Église, lorsque les disciples quittent le cénacle et proclament avec audace l’Évangile, la Parole de Dieu.
Reconnaître Jésus
Pour nous, chrétiens, la Parole de Dieu n’est autre que le Christ lui-même. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). En lui, Dieu a engagé tout son amour envers chacun de nous. En lui, Dieu a conclu une alliance nouvelle et éternelle. Il est allé jusqu’au bout, jusqu’à la croix.
Lorsqu’il est mort, il a été abandonné par tout le monde, y compris par la quasi-totalité de ses disciples. Et même le jour de Pâques, ceux-ci ont été effrayés et ont fermé leurs portes. Jusqu’à ce que le feu et le vent apparaissent soudain, comme au Sinaï dans les temps anciens. Comme cela est arrivé aux disciples sur la route d’Emmaüs, alors qu’ils avaient perdu tout courage. Mais lorsque lui, l’étranger, leur eut parlé, qu’il eut rompu le pain devant eux et qu’ils l’eurent reconnu, ils se sont dit l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). C’est ainsi que l’Esprit agit : nous reconnaissons Jésus comme notre Seigneur et notre Sauveur, et nous comprenons sa parole.
« Heureuse celle qui a cru »
Pentecôte vient du mot grec Pentêkostè, qui signifie « cinquantième ». La communauté religieuse juive fête toujours la Pentecôte 50 jours après Pâques. Ce jour-là, ils célèbrent le souvenir de ce qui s’est passé au Sinaï : comment Dieu a donné sa Parole, sa Loi et ses commandements à son peuple. Nous, chrétiens, commémorons également à ce moment que Dieu nous a donné son Fils, sa Parole, et que, par le feu de l’Esprit, il a ouvert nos cœurs à cette Parole.

Dans les Actes des Apôtres, il est écrit que Marie, la mère de Jésus, était avec les disciples lorsque ceux-ci attendaient dans la chambre haute la venue de l’Esprit (Actes 1, 14). Marie est intimement liée à la Pentecôte. Il faut dire qu’elle a porté la Parole de Dieu dans son ventre. Mais pas seulement dans son ventre. Dans son cœur aussi. Saint Augustin le dit si bien : « Avant même de l’avoir reçu dans son ventre, elle l’a reçu dans son cœur. »
Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple
« Heureuse celle qui a cru », dit l’ange lors de l’annonciation (Lc 1, 45). Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple. Le Seigneur le confirme : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). C’est ce que Marie a fait et c’est en cela qu’elle est notre exemple. Tout comme Marie a été prise, par l’Esprit, ‘sous son ombre’, c’est ce même Esprit qui nous fait écouter la parole de Dieu et nous rassemble dans le peuple de Dieu et l’Église de Dieu.

Le grand don de Dieu
À la Pentecôte, nous – et l’ensemble de l’Église – rendons grâce à Dieu pour le don de sa Parole, pour Jésus, son plus grand don à notre monde. Certes, notre société actuelle est confrontée à de grands défis. Nous ne vivons pas seulement une époque de changement, mais dans une époque qui a déjà fortement changé. Il y a tant de pauvreté et d’injustice dans le monde. Il y a tant de haine, de guerre et de violence. L’Église traverse elle aussi des temps difficiles et sa crédibilité en est fortement affectée.
Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus !
Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus ! « Viens, Esprit Saint ! » Que l’Esprit ouvre nos cœurs, que nous soyons touchés par lui. Que nous puissions recevoir la Parole de Dieu comme une parole de vie pour tous ceux qui cherchent la paix et la justice en ces temps, pour tout ce qui peut donner un sens à notre vie, la rendre bonne et digne d’être vécue. Et comme Marie, gardons cette Parole dans nos cœurs afin qu’elle puisse porter des fruits abondants.
