Des arbres et des hommes

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER
image : Arnaud MESUREUR

Dans son livre La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, écrivain et forestier dans la région de l’Eifel (Allemagne), compare les arbres à des êtres sociaux. Lors de l’une de ses rondes de surveillance en forêt, il découvre qu’une pierre moussue, devant laquelle il est passé tant de fois, est en réalité la souche noueuse d’un hêtre centenaire. Une misérable souche sans feuilles, qui semble avoir peu de chances de survie. En y regardant de plus près, Peter comprend que ce qui subsiste de ce hêtre robuste, abattu il y a quatre ou cinq cents ans, a été maintenu en vie par tous les arbres qui l’entourent, grâce à leurs racines. 

Le fait que les arbres se soutiennent, s’entraident les uns les autres n’est pas unique, explique Wohlleben. Même les spécimens les plus maigrichons sont souvent maintenus en vie par les arbres voisins. Un impressionnant réseau souterrain de fils fongiques et de racines assure l’échange de nutriments. Ici, les hêtres voisins pompent depuis des siècles une solution sucrée et l’envoient vers la souche, l’empêchant ainsi de mourir.  

Le hasard ?

N’en est-il pas de même pour notre foi ? Nous aimons nous dire que nous pouvons pratiquer notre foi chrétienne seuls et en toute sérénité. Mais si nous ne recevons pas régulièrement le soutien et l’encouragement d’autres croyants, notre foi, notre vie risquent de se dégrader. Si nous ne saisissons pas l’occasion de partager la joie de l’Évangile, nous risquons de voir nos racines s’étioler et notre foi s’enliser. 

Si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts

J’entends déjà les critiques : « C’est bien beau, cette histoire de forêt communiante et communicante. Mais les racines des arbres ne poussent-elles pas de manière sauvage et aléatoire ? N’est-ce pas dû au hasard si les racines d’un hêtre rencontrent celles d’un autre et fusionnent spontanément ? » 

Ces questions, Peter Wohlleben les a entendues à de nombreuses reprises. En réponse, il cite une étude de l’université de Turin. Les scientifiques ont découvert que les plantes peuvent faire la distinction entre leurs propres racines et celles de leurs pairs. Et ce n’est pas tout : si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts. Si les hêtres du début de cet article se comportaient comme des concurrents et s’étouffaient les uns les autres, c’est toute la forêt qui serait vulnérable. 

Écosystème  

À plusieurs, les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, emmagasine de grandes quantités d’eau et augmente l’humidité atmosphérique, écrit Peter Wohlleben. Dans un tel écosystème, les arbres peuvent devenir centenaires. Mais, s’ils ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol, créant ainsi de grandes béances dans la canopée. Les chaleurs estivales et les tempêtes peuvent alors s’y immiscer, de sorte qu’à long terme, aucun arbre n’est à l’abri. 

Si les arbres ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol

Lorsque les chrétiens vivent leur foi ensemble, cela ne profite pas seulement à chacun d’entre eux : cela permet à l’ensemble de la communauté – l’« écosystème » – de rester viable. Il est bon d’y réfléchir à la lumière du déclin de la vie paroissiale dans nos régions. 

La vie secrète des arbres est paru aux éditions Les Arènes, 2017 (titre original : Das geheime Leben der Bäume