« Je me sens portée par le Christ » 

Quand nous parlons de « vocations », nous pensons immédiatement aux prêtres, aux diacres et aux religieuses et religieux. Un chemin de foi beaucoup moins connu est celui des vierges consacrées. Ces ‘épouses du Christ’ se mettent au service de l’Église tout en se laissant inspirer par leur propre charisme. Elles ne vivent pas dans un couvent mais sont enseignantes, infirmières ou… pharmaciennes, comme Katherine Stubbe, de Courtrai.  

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduction : Michel CHARLIER

*texte* 

Avant que nous démarrions notre entretien, Katherine va refermer la porte de la grotte de Lourdes voisine, comme chaque soir. Cette coutume montre immédiatement que le service – l’un des piliers des vierges consacrées – ne doit pas nécessairement s’accompagner de grands gestes.

« Le service à la communauté peut prendre différentes formes, y compris dans votre travail », explique Katherine. « Dans ma paroisse, j’ai été responsable de l’acolytat pendant de nombreuses années et j’ai aidé à préparer à la confirmation. En tant que pharmacienne, je veux aussi être là pour les gens. Un client qui demande que l’on prie pour lui, une personne qui a besoin d’une oreille attentive : ce n’est pas exactement ce qu’on attend d’une pharmacienne, mais pour moi, cela fait partie de mon métier. » 

Comme un mariage

La vie quotidienne d’une vierge consacrée présuppose une attention au sacrement de la réconciliation, c’est-à-dire une confession régulière, et une vie de prière bien développée. Katherine manque rarement l’eucharistie quotidienne – « une journée sans elle me paraît étrange », reconnaît-elle – et prie les prières du matin et du soir de l’Église. Le week-end, elle se rend souvent à l’abbaye de Westvleteren.

Être à l’écoute d’un client, prier pour quelqu’un : pour Katherine Stubbe, pharmacienne à Ingelmunster cela fait partie de son métier (cliché G.G.)

« On me demande parfois si je suis obligée d’aller à la messe tous les jours. Je ne considère pas du tout cela comme une obligation. Je compare la vie consacrée à un mariage : si vous aimez quelqu’un à en mourir, vous voulez être avec lui autant que possible… Il en va de même pour moi. » 

Appelée ? Pas moi !

Petit flashback : Katherine Stubbe grandit dans une famille catholique à Ingelmunster, en Flandre occidentale. « Le dimanche, je me rendais à l’église avec mes parents, et j’ai continué pendant mon adolescence. Lorsque j’ai déménagé à Bruxelles, j’ai trouvé une chapelle à proximité où je pouvais me détendre ou allumer un cierge pendant les examens. Pour mon 2e cycle d’études, j’ai hésité à choisir la VUB, qui était une université ‘libre’. Cela aurait-il un impact sur ma foi ? En effet… mais pas comme je le craignais. Cela m’a appris à mettre des mots sur ma foi, ce qui lui a permis de s’approfondir et de se renforcer. » 

Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente

Katherine a trouvé sa vocation près de chez elle : « En tant qu’étudiante, j’ai fait partie du Sint-Michielsbeweging, une association de jeunes catho à Courtrai, où j’assistais à l’eucharistie le samedi soir. Ce qui m’a plu là-bas ? Je pouvais y rencontrer des catholiques de mon âge. Nous pouvions tout simplement être jeunes et aborder la foi de manière naturelle. Nous n’étions pas considérés comme ‘anormaux’. » 

« À la fin de l’eucharistie, une prière pour les vocations était invariablement lue. Une phrase en particulier me frappait : ‘Appelle des jeunes à ton service pour qu’ils marchent à ta suite sur le chemin de l’amour.’ J’ai pensé : appelez-en beaucoup, mais pas moi. Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente. » 

En tant que vierge consacrée, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, entre autres par sa prière personnelle (cliche Unsplash/Aaron Burden)

Une soirée perdue 

L’appel se fait alors de plus en plus fort. « J’étais en dernière année à l’université », explique Katherine. « J’allais à la messe tous les jours, j’ai acheté un missel et j’ai trouvé un couvent où je pouvais assister à la prière du matin et à l’eucharistie. Le soir, je rejoignais le Sint-Michielsbeweging. Mais je sentais que Dieu me demandait plus. Que faire après mes études ? Mon chemin de vie semblait pourtant évident : me marier et reprendre la pharmacie de mon papa. » 

Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents 

C’était sans compter sur Lui, qui a poussé Katherine à assister à une soirée sur les vocations. Au départ, elle a eu l’impression qu’il s’agissait d’une soirée perdue : « La prière était désordonnée, je pensais au stage que je devais terminer… Le lendemain matin, j’ai fait l’expérience de la vocation. J’ai senti qu’Il me demandait : ‘Katherine, pourquoi Me fuis-tu ?’. Là, à ce moment-là, j’ai dit ‘oui’. Mais je ne savais pas exactement quel chemin choisir. Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents : ils m’avaient donné la chance d’étudier pendant 10 ans et, soudain, je leur annoncerais que j’allais entrer au couvent ? » 

Dans le monde 

Katherine cherchait un moyen de donner forme à sa vocation sans avoir pour autant à se retirer du monde. Quelqu’un lui a parlé de l’existence des vierges consacrées : « Célibat, prière et eucharistie, service à la communauté : je me rendais compte que je menais déjà une telle vie. Ce fut un choix difficile à accepter pour mes parents, même si je n’entrais pas au couvent. » 

Je suis convaincue qu’Il m’aime

10 ans après ce matin où elle a ressenti cet appel, elle a commencé la formation qui mène à l’ordination des vierges consacrées. Celle-ci s’est déroulée le dimanche 4 septembre 2016. Ce n’était pas le fruit du hasard, Katherine s’en est rendu compte par la suite : « Il m’est venu à l’esprit que c’était la date de l’anniversaire de mariage de mes parents, aujourd’hui décédés. Ils s’étaient dit ‘oui’ devant Dieu ce jour-là ; j’étais maintenant autorisée à Lui rendre cet amour. Et le Sint-Michielsbeweging, grâce auquel j’avais découvert ma vocation, avait été créé un 4 septembre. » 

Des clins d’œil de Jésus

Près d’une décennie plus tard, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, à la pharmacie, mais aussi à la maison (sa prière personnelle), à la paroisse et au sein de la communauté chrétienne de Westvleteren. De temps en temps, les vierges consacrées – elles sont 11 dans le diocèse de Bruges – se rencontrent. « Je me sens portée par le Christ », affirme Katherine. « Parfois, Il me fait des clins d’œil, comme s’Il voulait me dire : ‘Je suis toujours en route avec toi.’ Je suis convaincue qu’Il m’aime, qu’Il nous aime à en mourir. »