« Assis au chevet d’un malade, je me sens porté par Dieu »

Dans de nombreuses paroisses, le diacre est un visage familier. Pourtant, ses fonctions au sein et autour de l’église restent méconnues du grand public. Les diacres sont-ils des « demi-curés », comme l’a bien formulé ma voisine âgée ? Ont-ils une vocation, semblable à celle des prêtres ? Il est temps de discuter avec Johan Van der Vloet (65). Depuis presque 30 ans, ce papa de 4 enfants et papy de 7 petits-enfants travaille comme diacre permanent dans la « Druivenstreek », la région viticole dans le Brabant flamand.

« Dès les débuts de l’Église il y avait des diacres », commence Johan. « Dans son livre des Actes des Apôtres, Luc parle de leurs tâches. Ils s’occupaient des pauvres et des veuves, proclamaient la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et assistaient les évêques – les chefs des premières communautés ecclésiales – notamment pour les baptêmes et les confirmations. La gestion des biens de l’Église leur était également confiée. Ainsi, saint Laurent, en tant que diacre, reçut la mission de prendre soin des trésors de l’Église. Il vendit tout et donna l’argent aux pauvres, qui, selon lui, étaient les véritables trésors de l’Église. »

« À mesure que la figure du prêtre devenait plus importante à partir du quatrième siècle, au début du Moyen-Âge, le diacre est passé au second plan », explique Johan. « Le diaconat n’était plus qu’une étape vers le sacerdoce. Ce n’est qu’avec le Concile Vatican II que cela a changé. Dans les années 1960, il y avait l’appel à donner plus de responsabilités aux laïcs dans l’Église. Le Concile s’est tourné vers le christianisme primitif et a instauré l’office du diacre permanent. Beaucoup d’hommes mariés ont accueilli cela avec enthousiasme, y compris dans notre pays. »

« Comment décrire ma vocation ? Le sentiment que quelqu’un vous demande de faire quelque chose », dit Johan Van der Vloet, diacre dans le Brabant flamand

Laver les pieds

Quelles sont précisément les tâches d’un diacre permanent ? Une question qui divise les esprits encore aujourd’hui. Certains les voient assumer de plus en plus les tâches des prêtres, tandis que d’autres préfèreraient qu’ils se consacrent à la tradition ancienne de l’aide aux pauvres. « Pour moi, les mot-clés sont la servitude et le dévouement », dit Johan. « Quelqu’un a utilisé l’image de Jésus lavant les pieds des apôtres le Jeudi Saint. Le rôle servante l’Église. » Une vocation propre, donc, pas un « demi-prêtre » ou « prêtre raté » comme le pensait ma voisine.

Dans la Druivenstreek – comprenant les communes de Huldenberg, Overijse et Hoeilaart, soit 13 églises et chapelles – Johan est actif dans de nombreux domaines. Il conduit des célébrations en l’absence de prêtre, célèbre des funérailles, préside des baptêmes et des mariages, aide à la catéchèse de la confirmation et porte la communion aux malades. Dans la zone pastorale, Johan contribue au projet « Église aux bras ouverts », une initiative ecclésiale innovante. « En raison du nombre décroissant de vocations sacerdotales, les paroisses comptent souvent sur les diacres, dit-il, bien qu’ils ne puissent pas remplacer le curé. Seul ce dernier peut présider l’Eucharistie, donner l’onction des malades ou entendre les confessions. »

Une vocation tardive ?

Johan, qui a étudié la théologie et la psychologie, avait 37 ans lorsqu’il a été ordonné diacre. Avait-il alors une « vocation tardive », comme on dit ? Pas vraiment : « Je voulais faire quelque chose dans l’Église, rendre service aux hommes. Qu’on soit marié ou non, si on souhaite devenir diacre permanent, on doit avoir au moins 35 ans. En tant que psychologue, on accompagne les gens dans la joie et la tristesse, mais la perspective est différente de celle d’un diacre. C’est ce que j’ai découvert au fil du temps. »

« Comment décrire ma vocation ? Le sentiment que quelqu’un vous demande de faire quelque chose », dit Johan. « Je garde de très bons souvenirs du moment où j’ai été ordonné diacre par le cardinal Danneels, entouré par ma petite famille. Un moment particulier, j’avais vraiment l’impression d’être soutenu, d’être porté. »

Expérience de Dieu

« Je n’utilise pas souvent le mot ‘expérience de Dieu’, dit Johan, mais dans mon travail de diacre, il m’arrive parfois de me sentir inspiré. Parfois, après un sermon, je reçois des compliments des fidèles. Mais je relativise cela, car je ne suis que l’exécutant. L’inspiration vient de l’extérieur. L’idée que Jésus est tout proche, je l’ai ressentie le plus fortement pendant mon stage, il y a 30 ans. Visiter les malades, accompagner les mourants : honnêtement, je n’en avais pas envie. J’avais peur de ne pas y arriver. Quand vous entrez dans une chambre d’hôpital ou que vous vous asseyez au chevet de quelqu’un, vous vous sentez vraiment soutenu par Lui. Vous n’êtes plus la personne effrayée que vous étiez. »

Propos recueillis par
Glenn Geeraerts

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