Dans l’un des numéros précédents de notre revue, Christophe Monsieur écrivait que prier avec les psaumes peut susciter des résistances de la part de ceux qui ne les connaissent pas. C’est peut-être encore plus vrai pour une méthode de prière tout aussi ancienne : le rosaire. Pourtant, cette prière ‘testée et éprouvée’ va bien au-delà de la récitation d’une série de ‘Je vous salue Marie’.
par Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier
Je dois vous avouer quelque chose. Pendant des années, je me suis tenu très éloigné du rosaire. Je le trouvais ringard, répétitif et franchement ennuyeux. De mon enfance, je me souviens vaguement d’une veillée de prière, à la veille d’un enterrement. Une voisine venait de mourir et je devais ‘participer au rosaire’, je n’avais pas le choix. Une poignée de personnes âgées, certaines avec un chapelet en main, étaient présentes et marmonnaient des prières, de manière monotone, comme une sorte de mantra. Le rituel m’a semblé durer une éternité, et en plus, il faisait un froid de canard dans l’église !
La pause, tout aussi important

On le sait, être spectateur de la prière n’est pas la bonne manière pour en récolter les fruits. Pour expérimenter la puissance d’une méthode de prière, il faut y participer. C’est ce que j’ai fait bien des années plus tard – à contrecœur – avec le rosaire. C’est arrivé presque par hasard : après une longue balade, je m’étais autorisé une pause dans la chapelle Notre-Dame Auxiliatrice à Moresnet. J’ai été entouré par un groupe de dames qui se sont mises à prier le rosaire. Elles le faisaient apparemment chaque semaine, à heure fixe. L’une d’entre elles a bien voulu me prêter son chapelet.
Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme
Paul VI
J’ai trouvé cette ‘première fois’ assez inconfortable. J’ai eu du mal avec cette longue série de Je vous salue Marie, que les dames priaient ensuite en allemand… Mais peu à peu, j’ai découvert que la pause après chaque mystère, rythmant la prière, était tout aussi important. Dans ces moments, il semblait que Marie nous offrait, silencieusement, une scène-clé de la vie de son Fils à contempler, une scène différente à chaque fois. Sans cet aspect contemplatif, le rosaire n’est rien d’autre que la récitation telle que je me la rappelais de mon enfance. « Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme », disait le pape Paul VI. Le risque est alors que la prière se résume à la répétition de formules.

Prendre le temps
Lorsque vous priez un rosaire complet, l’essentiel de la Bonne Nouvelle se déploie sous vos yeux. Les principaux versets de l’Évangile et des Actes des Apôtres prennent tout leur sens. Vu sous cet angle, le rosaire est un excellent outil de méditation. Mais il ne faut pas non plus prendre cette méthode de prière comme une course contre la montre. Pour laisser venir à soi les 15 (ou 20) mystères, il faut prendre le temps.
Notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens
Il y a 300 ans de cela, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort – que ses contemporains surnommaient « l’Apôtre du Rosaire » – l’avait bien compris. « C’est une pitié de voir comment la plupart disent leur chapelet ou leur rosaire. Ils le disent avec une précipitation étonnante et ils mangent même une partie des paroles », écrivait-il dans son Secret admirable du très saint Rosaire. « On ne voudrait pas faire un compliment de cette manière ridicule au dernier des hommes, et on croit que Jésus et Marie en seront honorés !… Après cela, faut-il s’étonner si les plus saintes prières de la religion chrétienne restent quasi sans aucun fruit, et si, après mille et dix mille rosaires récités, on n’en est pas plus saint ? »
De mauvaises habitudes
Dans son Traité de la vraie dévotion, Montfort met en avant un autre élément problématique. Il décrit des personnes qui, tout en égrenant rosaire sur rosaire, n’en font rien de précis. Ils prétendent être de grands dévots à Marie, mais « dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger ». Ce que le missionnaire breton veut peut-être dire, c’est que notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens. À quoi sert-il de se consacrer à la prière chaque jour ou chaque semaine si, après le signe de croix, on se remet en mode ‘off’ ?
