Une année d’espérance 

L’ouverture de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre à Rome marquera bientôt le début du Jubilé, le soir de Noël. « Le Jubilé sera une année sainte caractérisée par l’espérance qui ne passe pas », a écrit le pape François dans la bulle Spes non confundit, (L’espérance ne déçoit pas), dans laquelle il a officiellement proclamé l’année jubilaire. Nous avons lu ce document pour vous et vous proposons un résumé. 

par P. Nepo James Raj, montfortain

Nous sommes tous des pèlerins, en route pour rencontrer le Seigneur. Mais notre désir et notre espoir de Le rencontrer dans sa gloire sont contrariés par le sentiment d’insécurité qui domine nos cœurs à l’ère d’internet et du progrès numérique. Le pape le dit clairement : « Dans un monde où la précipitation est devenue une constante, nous nous sommes habitués à vouloir tout et tout de suite. On n’a plus le temps de se rencontrer et souvent, même dans les familles, il devient difficile de se retrouver et de se parler calmement. » 

Le pape espère que l’année jubilaire, qui commence à Noël, donnera aux gens l’occasion de renouveler leur espérance en Dieu. Pour encourager les gens à grandir dans cette espérance, il recommande aux croyants de réfléchir à l’amour de Dieu afin de pouvoir cultiver la vertu de la patience. Cette dernière n’est-elle pas l’un des fruits de l’Esprit Saint ? « Apprenons donc à souvent demander la grâce de la patience qui est fille de l’espérance et en même temps la soutient », explique le pape. 

Le pape François rencontre des jeunes lors du « Hope Happening » à Bruxelles,
le 28 septembre dernier.
Photo : J. Bihin / National Committee Papal Visit 2024.

Pèlerinage et confession

Pendant le Jubilé, le Pape conseille aux croyants de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu en se rendant en pèlerinage dans les lieux saints. Ils « seront des oasis de spiritualité où l’on pourra se rafraîchir sur le chemin de la foi et s’abreuver aux sources de l’espérance », écrit François. Aux croyants qui ont perdu l’espoir à cause de terribles événements qui les touchent, François demande de s’inspirer de Marie, qui a continué à espérer en Dieu alors que les choses prenaient une mauvaise tournure. Elle est la « Mère de l’espérance » ; il encourage donc les croyants à se rendre en pèlerinage dans les sanctuaires mariaux. 

Le Pape exhorte également les prêtres et les fidèles à bien se préparer à la célébration du sacrement de confession afin que cette année sainte devienne un moment de grâce et de réconciliation. Selon le Saint-Père, la confession est le « point de départ irremplaçable d’un véritable chemin de conversion ». En travaillant à notre propre conversion, à notre réconciliation et à notre pardon, nous deviendrons des artisans de paix et des signes tangibles d’espoir pour tous ceux qui connaissent des difficultés de toute nature : désespoir, peur, solitude, désarroi, incertitude et désespoir en ces temps difficiles. Comme l’a dit le pape : « Ne renonçons donc pas à la confession, mais redécouvrons la beauté du sacrement de la guérison et de la joie, la beauté du pardon des péchés ! » 

Signes d’espérance 

La paix dans le monde comme premier signe d’espérance : telle est la volonté explicite du pape François. Pour proclamer la paix, il invite les fidèles à reconnaître l’immense bien dont nous sommes dotés, plutôt que le mal et la violence qui nous effraient. Le monde d’aujourd’hui, déchiré par des guerres sanglantes, a besoin d’artisans de paix. D’ailleurs, à la fin de la messe dominicale lors de sa visite en Belgique, le pape a mentionné plusieurs sources de violence, d’Israël à l’Ukraine. 

Dans la bulle proclamant le Jubilé, François mentionne d’autres signes possibles d’espérance. Il espère par exemple que les jeunes couples, qui hésitent souvent à devenir parents, seront prêts à accueillir une nouvelle vie. Il souhaite qu’au cours de l’année sainte, les prisonniers qui ont perdu l’espoir et la foi à cause de leur condamnation puissent trouver réconfort et espoir grâce à des programmes de réhabilitation et de réinsertion. Il suggère d’ouvrir une Porte Sainte dans une prison, « comme un signe invitant les prisonniers à affronter l’avenir avec espoir et un sentiment renouvelé de confiance ». 

Le pape salue la foule lors de la messe au stade Roi Baudouin à Bruxelles, le 29 septembre dernier. Plus de 35.000 personnes étaient rassemblées pour célébrer l’eucharistie et assister à la béatification de la religieuse Anne de Jésus.
Photo : J. Bihin / National Committee Papal Visit 2024.

François invite également à prêter attention à d’autres groupes et à prendre soin d’eux : les malades et les professionnels de la santé ; les jeunes, parce qu’ils incarnent l’espérance et la joie de l’Église et du monde ; les migrants, pour qu’ils se sentent accueillis ; les personnes âgées et les grands-parents, qui ne méritent pas d’être abandonnés. À propos des milliards de gens vivant sous le seuil de pauvreté, qui manquent du nécessaire, il écrit : « La faim est une plaie scandaleuse dans le corps de notre humanité et elle invite chacun à un sursaut de conscience. » Enfin, le pape exprime son souhait que tous les chrétiens, dans un esprit d’œcuménisme, puissent, ensemble, célébrer Pâques en 2025. 

Comme le recommande le pape François, partons en pèlerinage pour renouveler notre foi en Dieu, pour reconnaître la présence de Dieu dans nos compagnons de pèlerinage et pour rencontrer le Dieu miséricordieux qui nous aime et veut partager sa vie divine avec nous, afin que l’année sainte devienne un moment de grâce et d’espoir renouvelé pour chacun d’entre nous. 

Pourquoi prier le rosaire ?

Dans l’un des numéros précédents de notre revue, Christophe Monsieur écrivait que prier avec les psaumes peut susciter des résistances de la part de ceux qui ne les connaissent pas. C’est peut-être encore plus vrai pour une méthode de prière tout aussi ancienne : le rosaire. Pourtant, cette prière ‘testée et éprouvée’ va bien au-delà de la récitation d’une série de ‘Je vous salue Marie’.

par Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier

Je dois vous avouer quelque chose. Pendant des années, je me suis tenu très éloigné du rosaire. Je le trouvais ringard, répétitif et franchement ennuyeux. De mon enfance, je me souviens vaguement d’une veillée de prière, à la veille d’un enterrement. Une voisine venait de mourir et je devais ‘participer au rosaire’, je n’avais pas le choix. Une poignée de personnes âgées, certaines avec un chapelet en main, étaient présentes et marmonnaient des prières, de manière monotone, comme une sorte de mantra. Le rituel m’a semblé durer une éternité, et en plus, il faisait un froid de canard dans l’église !

La pause, tout aussi important

On le sait, être spectateur de la prière n’est pas la bonne manière pour en récolter les fruits. Pour expérimenter la puissance d’une méthode de prière, il faut y participer. C’est ce que j’ai fait bien des années plus tard – à contrecœur – avec le rosaire. C’est arrivé presque par hasard : après une longue balade, je m’étais autorisé une pause dans la chapelle Notre-Dame Auxiliatrice à Moresnet. J’ai été entouré par un groupe de dames qui se sont mises à prier le rosaire. Elles le faisaient apparemment chaque semaine, à heure fixe. L’une d’entre elles a bien voulu me prêter son chapelet.

Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme 
Paul VI

J’ai trouvé cette ‘première fois’ assez inconfortable. J’ai eu du mal avec cette longue série de Je vous salue Marie, que les dames priaient ensuite en allemand… Mais peu à peu, j’ai découvert que la pause après chaque mystère, rythmant la prière, était tout aussi important. Dans ces moments, il semblait que Marie nous offrait, silencieusement, une scène-clé de la vie de son Fils à contempler, une scène différente à chaque fois. Sans cet aspect contemplatif, le rosaire n’est rien d’autre que la récitation telle que je me la rappelais de mon enfance. « Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme », disait le pape Paul VI. Le risque est alors que la prière se résume à la répétition de formules.

Prendre le temps

Lorsque vous priez un rosaire complet, l’essentiel de la Bonne Nouvelle se déploie sous vos yeux. Les principaux versets de l’Évangile et des Actes des Apôtres prennent tout leur sens. Vu sous cet angle, le rosaire est un excellent outil de méditation. Mais il ne faut pas non plus prendre cette méthode de prière comme une course contre la montre. Pour laisser venir à soi les 15 (ou 20) mystères, il faut prendre le temps.

Notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens

Il y a 300 ans de cela, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort – que ses contemporains surnommaient « l’Apôtre du Rosaire » – l’avait bien compris. « C’est une pitié de voir comment la plupart disent leur chapelet ou leur rosaire. Ils le disent avec une précipitation étonnante et ils mangent même une partie des paroles », écrivait-il dans son Secret admirable du très saint Rosaire. « On ne voudrait pas faire un compliment de cette manière ridicule au dernier des hommes, et on croit que Jésus et Marie en seront honorés !… Après cela, faut-il s’étonner si les plus saintes prières de la religion chrétienne restent quasi sans aucun fruit, et si, après mille et dix mille rosaires récités, on n’en est pas plus saint ? »

De mauvaises habitudes

Dans son Traité de la vraie dévotion, Montfort met en avant un autre élément problématique. Il décrit des personnes qui, tout en égrenant rosaire sur rosaire, n’en font rien de précis. Ils prétendent être de grands dévots à Marie, mais « dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger ». Ce que le missionnaire breton veut peut-être dire, c’est que notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens. À quoi sert-il de se consacrer à la prière chaque jour ou chaque semaine si, après le signe de croix, on se remet en mode ‘off’ ?

La dévotion à Marie est-elle ringarde ?

Chaque mois, nous présentons une question de foi difficile à quelqu’un qui connaît le sujet. Cette fois, nous voulons savoir si le culte de Marie est encore de ce temps. Nous le demandons au père montfortain Nepo James Raj, qui exerce un ministère au sanctuaire de Montaigu.

Prier une dizaine de chapelet, brûler une bougie à l’autel de Notre-Dame ou décorer une chapelle au mois de mai : de telles expressions de dévotion mariale sont souvent déconsidérées. Pour certains, la dévotion à Marie est « quelque chose du passé », à la limite de la superstition. Le père Nepo connaît les préjugés auxquels sont confrontés les visiteurs des sanctuaires mariaux. « Quelqu’un m’a dit que dans des endroits comme Montaigu ou Lourdes, Marie prend la place de Dieu », dit-il. « Je pense que je sais comment un tel malentendu se pose.

Pour les croyants ordinaires, Dieu est inaccessible et distant. Il est ‘le Très-Haut’, comme nous le chantons dans le Sanctus. Beaucoup se sentent gênés de lui confier leurs préoccupations, comme s’ils accostaient le roi dans la rue. Ils ont besoin de Marie pour approcher Dieu. Comme le nom de notre revue le dit : Marie est notre médiatrice, elle intercède pour nous auprès de son Fils. »

Amour de mère

Père Nepo James : « On ne peut pas séparer la mère du Fils. »

Se référant au rôle de Marie en tant que médiatrice entre Dieu et les hommes, le père Nepo nous donne déjà une réponse à la question de savoir si la dévotion mariale a du sens à notre époque. Mais il y a plus : « À Montaigu, je ne vois pas seulement des visages souriants. Quand je fais la permanence à la maison des prêtres, en face de la basilique, je reçois aussi des gens qui sont à bout de souffle. Ils ont de graves problèmes financiers, se sentent impuissants, ont perdu de vue leur famille… Pour eux, Marie n’est pas seulement la mère de Dieu. Ils la voient un peu comme leur propre mère, à qui ils peuvent toujours exprimer leurs préoccupations. »

L’amour maternel est le mot clé, dit le Père Nepo : « Je viens de l’Inde, d’une société fortement patriarcale. Dans notre culture, les hommes ne montrent pas facilement leurs sentiments. Quand j’étais enfant, mon père attachait une grande importance aux règlements ; enfant câlin, pour m’expliquer, je pouvais aller à ma mère. Mes parents m’aiment tous les deux au même degré, mais montrent leur amour d’une manière différente. C’est la même chose avec le culte de Marie. Les gens veulent exprimer leur amour pour Dieu, et cette recherche se fait très souvent par la main tendue de notre mère Marie. »

Plus que de rituels

Nous examinons toutes sortes de phénomènes sociaux à travers des lunettes rationnelles. Selon le père Nepo, cela explique l’attitude suspecte de beaucoup, y compris dans l’Église, envers la croyance populaire et la dévotion à Marie en particulier. « Les gens veulent comprendre tout ce qu’ils voient et vivent. Il n’y a rien de mal à ça. Mais la foi n’est pas tout à fait raisonnable. Vous ne pouvez pas attraper Dieu comme un oiseau et le garder dans une cage. »

« Quiconque rejette le côté extérieur de la dévotion populaire comme des superstitions en ignore le sens profond », dit le père Nepo. « Que vous partiez en pèlerinage à pied ou que vous allumiez une bougie devant une statue de Marie, ces rituels font partie d’un tout plus vaste. Quand une jeune femme vient à Montaigu et allume une bougie pour ses parents malades, elle fait beaucoup plus qu’un petit geste. Elle montre qu’elle a confiance en Dieu, qu’elle l’aime ou qu’elle lui est reconnaissante. Montfort il y a trois siècles disait : pour aller à Jésus, nous devons aller à Marie. La
jeune dame dans la chapelle des cierges s’exprime sans paroles, mais moyennant quelques petits gestes. »

Père Nepo bénit deux cyclistes à Montaigu.

Foi vécue

Dans les années à venir, de nombreuses églises en Belgique seront réaffectées. Le père Nepo dit que les lieux de pèlerinage n’en viendront pas à cela : « Dans les années 1960, certains prêtres, qui n’avaient pas bien compris le Concile, ont fait retirer les statues de Marie de leur église. Les processions mariales ont été abolies. Pourtant, les croyants ont continué en masse à chercher des lieux de pèlerinage. L’amour mutuel entre Marie et le peuple est plus grand que nous ne le
pensons. »

« Si la Vierge Marie mérite une place dans notre société, cela dépend avant tout de la place que nous accordons à Jésus. On ne peut pas séparer la mère du Fils. Personne ne peut nier que de nombreuses paroisses sont en difficulté, pourtant, en Belgique, je vois de jeunes prêtres qui se lèvent et témoignent de Jésus d’une manière vécue. C’est vital, parce que si les gens ont le sentiment que la célébration eucharistique est ‘jouée comme une pièce de théâtre’, ils restent à l’écart. »

Desservant dominical à Hoegaarden, le père Nepo porte régulièrement la communion aux malades de la paroisse. « Bien sûr, je prends le temps pour une conversation, mais je remarque souvent l’inquiétude chez les gens. C’est compréhensible, parce que ce qui est dans le coeur est parfois difficile à exprimer. Il s’agit de choses qui sont souvent si douloureuses qu’ils n’osent pas les confier à qui que ce soit, pas même à un prêtre. Le fait que les gens ouvrent leur coeur à Marie montre à quel point leur foi est forte. Ils montrent aussi que la dévotion à Marie n’est certainement pas ringarde, mais a une grande pertinence. »

Louis Defives

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine de juillet-aout 2021. Découvrez notre revue ici.

Un siècle de Montfortains en Belgique

Il y a exactement 100 ans, le cardinal Mercier demandait aux Montfortains de venir en Belgique pour faire connaître la dévotion mariale du père de Montfort. Il en avait personnellement découvert le bienfait et il tenait à ce que cette dévotion soit davantage connue.

En août 1920 les premiers pères sont arrivés depuis la Hollande, et ils se sont mis au travail à un double niveau. Avec des professeurs d’université et des séminaires ils offrirent aux prêtres et aux intellectuels chrétiens une brochure mariale ; puis, répondant généreusement aux multiples invitations des couvents et paroisses, ils présentèrent dans un langage simple le père de Montfort et sa dévotion mariale. Ils ont fait l’expérience d’un accueil inattendu répondant aux demandes de retraites et récollections partout dans le pays. On leur a aussi demandé d’organiser à leur façon des pèlerinages à Lourdes et à Fatima.

Plus tard, ils ont lancé la revue mariale populaire qui existe toujours, et porte aujourd’hui le titre de Marie, médiatrice et reine. Depuis le secrétariat à Louvain, des bénévoles enthousiastes ont appuyé un mouvement qui était en train de naître partout dans le pays. La deuxième guerre mondiale n’a guère pu freiner l’élan, au contraire, les gens avaient besoin d’un soutien spirituel.

UNE INITIATIVE OSÉE

Après la guerre, la canonisation du grand animateur du mouvement, Louis-Marie Grignion de Montfort, provoqua la percée définitive de l’Apostolat Marial des Montfortains et il est toujours vivant. Or, sur les entrefaites la société a changé profondément. Pour pas mal de gens, Dieu et la religiosité sont devenus de moindre importance. Puis, plusieurs pères animateurs du mouvement ont pris de l’âge, ainsi que pas mal de bons collaborateurs et collaboratrices. Les vocations religieuses et laïques sont devenues rares, l’Église est en train de perdre son élan. Or, malgré les temps difficiles, la revue et les pèlerinages sont toujours vivants et ils sont appréciés. C’est pour nous le moment de poser la question de l’importance de l’Apostolat Marial et de sa mission dans l’Église. D’où une initiative osée.

Aidés par une section théologique de l’université de Louvain, nous nous sommes adressés à des experts en la matière, demandant leur avis. Qu’en est-il de la dévotion mariale ? En ces temps que nous vivons, est-ce que le père de Montfort et sa doctrine peuvent réanimer la foi des chrétiens ? A cause du coronavirus, le colloque prévu au mois de septembre à l’université, ne peut pas avoir lieu, mais les experts ont terminé leur travail. Nous avons réuni leurs recherches dans un livre qui a été présenté à Montaigu au mois de septembre. Il est écrit en néerlandais, mais rassurez-vous, Marie, médiatrice et reine en donnera des échos, car le résultat des recherches des experts nous concerne tous.

LE MOT DU CARDINAL

Le dernier chapitre du livre présente l’étude du cardinal De Kesel. Se référant aux textes du concile et de documents qui l’ont accompagné, il nous rappelle d’abord l’approche nouvelle de la Vierge Marie et de la dévotion mariale en général. En référence à l’ardeur chrétienne qui a baissé, le cardinal attire l’attention sur une autre conviction du même concile en vue d’un renouveau de la foi. Il s’agit d’un appel, récemment renouvelé par le pape François et adressé aux ordres et congrégations, leur demandant de se rappeler les intuitions initiales de leurs fondateurs et leur charisme. En fait, ils ont souvent donné un souffle nouveau au christianisme. Puis, à partir du charisme du père de Montfort, le cardinal évalue les activités des Montfortains dans le pays.

Évoquant l’histoire de l’Apostolat Marial, il remercie les Montfortains pour leurs initiatives et leurs services à l’Église. Il ne cherche pas à nous flatter en déguisant la vérité, au contraire, il lance des défis. Se référant à l’audace du père de Montfort et à son inspiration mariale, Monseigneur De Kesel encourage les jeunes confrères venus en Belgique en tant que vrais missionnaires. L’un d’entre eux vient d’être ordonné prêtre. Il les encourage à oser rêver d’initiatives nouvelles pour rendre service à l’Église.

Père Frans Fabry, directeur

Cet article a été publié dans notre revue Marie, médiatrice et reine d’octobre 2020.

Désespoir et rêves

Le père José Mizzotti, missionnaire montfortain italien au Pérou, après son expérience d’être trouvé positif au Covid-19, partage quelques réflexions de cette expérience de crise… Il le fait simplement, dans la conviction que la vie parfois contient plus de contradictions et de faiblesse de mots.


Une petite bestiole, petite et invisible à l’oeil humain, un minuscule virus de rien… a réussi à arrêter ce monde lancé dans sa folle course d’autodestruction sans que personne ne trouve la touche ‘arrêt d’urgence’… Quelle ironie ! Et cela nous oblige à ne pas bouger et à ne rien faire.

Que se passera-t-il ensuite ? Quand le monde reprendra-t-il sa marche ? Alors, quand le mauvais virus a-t-il été vaincu ? À quoi ressemblera notre vie après ?

Après ? En nous souvenant de ce que nous avons vécu au cours de cette longue détention, nous déciderons d’arrêter de travailler un jour par semaine, car nous aurons découvert à quel point il est agréable d’arrêter. Une longue journée pour savourer le temps qui passe et ceux qui nous entourent. Et nous l’appellerons Dimanche.

Après ? Ceux d’entre nous qui vivent sous un même toit passeront au moins trois soirs par semaine à jouer, à parler, à prendre soin les uns des autres et aussi à appeler des grands-parents de l’autre côté de la ville ou des cousins éloignés. Et nous l’appellerons Famille.

SAGESSE ET GRATITUDE

Après ? Nous écrirons dans la Constitution que nous ne pouvons pas tout acheter, que nous devons faire la différence entre le besoin et le caprice, entre le désir et la cupidité. Qu’un arbre a besoin de temps pour grandir et que ce temps est une bonne chose. Cet homme n’a jamais été et ne sera jamais omnipotent et cette limite, cette fragilité inscrite au plus profond de son être est une bénédiction car elle est la condition de la possibilité de tout amour. Et nous l’appellerons Sagesse.

Après ? Nous applaudirons chaque jour, non seulement le personnel médical à 12 heures, mais aussi les ramasseurs d’ordures à 6 heures, les facteurs à 7 heures, les boulangers à 8 heures, les chauffeurs de bus à 9 heures, les femmes de ménage à 10 heures et ainsi de suite. Oui, j’ai écrit aux dirigeants, car dans ce long voyage à travers le désert, nous aurons retrouvé le sens du service public, du dévouement et du bien commun. Nous apprécierons tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service de leur prochain. Et nous l’appellerons Gratitude.

LE TEMPS EST UN CADEAU

Après ? Nous allons décider de ne pas devenir nerveux dans les files d’attente devant les magasins et profiter de ce moment pour parler à des gens qui, comme nous, attendent leur tour. Parce que nous aurons redécouvert que le temps ne nous appartient pas. Que celui qui nous l’a donné ne nous a pas fait payer et que, définitivement, non, le temps n’est pas de l’argent. Le temps est un cadeau à recevoir et chaque minute un cadeau à déguster. Et nous l’appellerons Patience.

Après ? Nous pouvons décider de transformer tous les groupes de WhatsApp créés entre voisins lors de ce long test, en véritables groupes, de repas partagés, d’échanges d’actualités, d’entraide pour faire du shopping ou emmener les enfants à l’école. Et nous l’appellerons Fraternité.

Après ? Nous rirons quand nous repenserons à l’époque où nous étions tombés dans l’esclavage d’une machine financière que nous avions créée nous-mêmes, cette force despotique qui a écrasé la vie humaine et pillé la planète. Nous mettrons donc l’homme au centre de tout, car aucune vie ne mérite d’être sacrifiée au nom d’un système, quel qu’il soit. Et nous l’appellerons Justice.

UN LIEN QUI SURMONTE LA MORT

Après ? Nous nous souviendrons que ce virus a été transmis entre nous sans distinction de couleur de peau, de culture, de niveau économique ou de religion. Nous appartenons tous simplement à l’espèce humaine. Tout simplement parce que nous sommes humains. De cela, nous aurons appris que si nous pouvons transmettre le pire, nous pouvons également transmettre le meilleur. Tout simplement parce que nous sommes humains. Et nous l’appellerons l’Humanité.

Après ? Dans nos maisons, dans nos familles, il y aura beaucoup de chaises vides et nous pleurerons pour ceux qui ne verront pas cet avenir. Mais ce que nous avons vécu aura été si douloureux et intense à la fois que nous aurons découvert ce lien entre nous, cette communion plus forte que la distance géographique. Et nous saurons que ce lien qui prend le jeu de l’espace nécessite aussi le jeu du temps. Que ce lien surmonte la mort. Et ce lien entre nous qui unit ce côté et l’autre de la route, ce côté et l’autre de la mort, ce côté et l’autre de la vie, nous l’appellerons DIEU.

Après ? Ce sera différent d’avant, mais pour en faire l’expérience, nous devons parcourir le présent. Nous devons accepter cette autre mort qui nous est enlevée, cette mort plus épuisante que la mort physique. Car il n’y a pas de résurrection sans passion, ni de vie sans passer par la mort, ni de vraie paix sans avoir surmonté sa haine, ni de joie sans avoir traversé la tristesse. Et dire que, pour dire cette lente transformation de nous qui arrive au coeur de l’épreuve, cette gestation de nous-mêmes, dire ça, il n’y a pas de mot.

Père José Mizzotti, s.m.m.

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