Il y a quelque temps, un article de presse annonçait la fermeture d’une abbaye trappiste aux Pays-Bas. Dans le communiqué diffusé par la communauté, il était question d’un choix pour « l’achèvement ». Ça a l’air positif. Mais cela ne change rien à la situation : encore un monastère de nos régions qui ferme ses portes.
Cette nouvelle m’est revenue à l’esprit lorsque je me suis retrouvé dans une discussion sur le sens et le non-sens du phénomène du « monastère de clôture ». Quelqu’un affirmait que ce n’est plus de notre époque : des moines et des moniales qui, jusqu’à huit fois par jour, se rendent à la chapelle du couvent pour y prier. Non pas que la prière soit un problème en soi, mais il faut aussi travailler, disait-on. Car chacun doit apporter sa contribution à l’économie, et ce n’est pas possible quand on passe ses journées à prier.

C’est une critique ancienne : l’idée que les monastères de clôture (et leurs habitants) sont en porte-à-faux avec notre société, où la contribution à la collectivité est principalement mesurée à l’aune de critères économiques. La prière est-elle « inutile » ?
Et si la foi aidait des personnes en détresse à reprendre prise sur leur situation, à voir un point de lumière à l’horizon sombre ?
À mon avis, ce point de vue ne tient pas la route, même dans une logique de prospérité. Qu’en est-il alors des personnes gravement malades qui, malgré leurs souffrances physiques ou psychiques, puisent réconfort et force dans la prière ? Et si la foi aidait des personnes en détresse à reprendre prise sur leur situation, à voir un point de lumière à l’horizon sombre ? Est-ce inutile de savoir qu’il existe des hommes et des femmes qui, jour après jour, prient en communauté pour vous et pour moi ?
Dom Bernardus Peeters, abbé général et donc responsable mondial des trappistes et trappistines, rapporte une anecdote qui illustre de belle manière « l’utilité » de la prière — et de la vie monastique. Un jour, alors qu’il était encore jeune moine, il rencontra un homme qui habitait près de son abbaye. « Il s’est approché de moi et m’a remercié pour ma prière et pour le fait que, chaque matin à cinq heures, lorsqu’il partait travailler en voiture, il voyait la lumière allumée dans l’église abbatiale. Il y voyait un signe que des personnes priaient pour lui. »
Jean Delheid
