Dans un monde marqué par l’inquiétude et les crises, la figure de Noé, fidèle et juste, résonne comme un appel à la confiance et à la responsabilité. À travers le regard du pape François et le récit biblique, ce texte nous invite à redécouvrir un message ancien mais toujours actuel. Entre mythe et foi, il nous conduit sur les traces d’une espérance capable de sauver et de renouveler la vie.
par Florence PAUL
« En prenant soin de la vie, sous toutes ses formes, Noé accomplit le commandement de Dieu et répète le geste tendre et généreux de la création, disait le pape François lors d’une catéchèse. Le récit biblique nous rapporte l’amertume du Seigneur devant la méchanceté de l’homme et la solution radicale qu’il avait choisie. Mais pour sauver la vie de la terre de la corruption et du déluge, Dieu confie la tâche au plus ancien de tous, le fidèle et juste Noé. »
Rappelant l’interprétation par Jésus de ce passage biblique, François soulignait : « Jésus, lorsqu’Il parle des jours de Noé souligne l’insouciance de l’être humain qui se limite à jouir de la vie, en perdant le sens et la dignité, en vivant même dans la corruption comme si cela faisait partie de la normalité. »
Une réponse à l’inquiétude
Tous les jours, la presse nous présente des bilans qui ne sont pas très joyeux. Elle relaie des désastres écologiques et humains, tels les déluges d’eau ou de feu, des exemples innombrables de corruption, et tant d’autres malheurs.
Par ailleurs, parmi ces tristes nouvelles, quelques-unes apportent tout de même de l’espoir. Dans les ténèbres, on peut apercevoir de la lumière avec la solidarité et la générosité dont peuvent faire preuve les êtres humains de bonne volonté. Noé, personnage biblique, en est un exemple.
En hébreu, Noé signifie ‘repos’, ‘tranquillité’, ‘consolation’. À lui tout seul, Noé est donc un message, une réponse à l’inquiétude. Des craintes, bien sûr qu’il y en avait à son époque.
L’histoire de Noé est un mythe fondateur, une histoire racontée que l’on retrouve dans beaucoup de civilisations. Un mythe, ce n’est pourtant pas comme on pourrait le penser, une histoire banale. C’est un récit qui trouve ses racines dans une réalité, mais qui a été enrichie au fil du temps, afin de concerner les gens d’époques différentes. Au fil du temps, des ajouts et des arrangements vont être réalisés pour accentuer certains aspects correspondants à des coutumes, des traditions ou des attentes, afin de faire parler un message en différents lieux et différents moments.

Sur les traces de l’arche
Une anthropologue écrivait que les mythes se rapportent toujours à des événements passés il y a longtemps, mais acquérant de la valeur lorsque le mythe forme une structure temporelle.
Il y a donc deux grands aspects : l’aspect rationnel avec une réalité objective et un second aspect s’adressant à l’imaginaire. Le mythe se construit dès lors au fil du temps pour faire une histoire et porter un message significatif. Il n’y aurait rien de choquant que le récit de Noé, ou celui de Noël par exemple, soit empreint d’une part de mythe, car il porte un message intemporel et universel. Le mythe contient du réel, du sensationnel et de l’émotionnel. C’est une histoire qui peut réconforter et encourager. Restons donc sur les traces de l’arche de Noé.
Noé préfigure la personne de Jésus-Christ. Il nous le fait découvrir par avance.
Relevons trois points essentiels du message de ce passage. Il fut le sauveur de son époque. Tout a été détruit, êtres humains et animaux. Seuls Noé et les occupants de l’arche ont été sauvés. Il représente donc le sauveur de l’humanité de son époque, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Grâce à lui, une semence de l’humanité a été préservée et sauvée malgré le grand déluge.
Prédicateur de justice
Le Christ, lui aussi, sauve celles et ceux venant à Lui par la foi. Dans sa première lettre aux chrétiens d’Asie Mineure, l’apôtre Pierre présente Noé comme un prédicateur de justice appelant à la foi et au repentir :
« Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, huit personnes furent sauvées à travers l’eau » (1 P 3, 18-20).
Et bien qu’ils aient entendu Noé parler de changer de comportement, les gens choisirent de ne pas le croire et n’entrèrent pas dans l’Arche. Ils ont fait de même au temps de Jésus car sa prédication n’a pas été écoutée. Comme Noé, il avait été un prédicateur de justice et de droiture pour réaliser le plan de sauver l’humanité. Si Noé a construit une arche gigantesque, Christ a bâti une Église, son Église ici-bas. Et comme pour l’Arche, il n’y avait qu’une seule porte : Lui-même : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9). Si tous ceux qui pénétrèrent dans l’Arche furent sauvés, tous ceux qui croient en Jésus sont aussi sauvés.
Sauver la vie du naufrage
C’est un récit apaisant. L’Arche fut ballottée par les flots tumultueux mais elle fut sauvée. L’Église est, elle aussi, secouée dans un monde de tempête mais elle résiste.
Le récit de Noé s’ouvre encore sur une autre dimension : en hébreux, le mot arche signifie ‘coffre’, ‘boite’. C’est le même terme qui est utilisé pour évoquer un berceau, comme celui de Moïse sauvé sur le Nil.

Le mot arche signifie également ‘parole’. La paix se cherche, se trouve et s’élabore donc avec la parole. Pour entrer en contact avec les autres, faire baisser le niveau de tension comme celui des eaux, la parole est une clé. Ce récit est donc riche de diverses images et clés pour sauver la vie de la violence et du naufrage.
Dans ce récit, il y a aussi la notion de paix : la colombe revenant à l’Arche est symbole de paix. Un tout petit brin d’olivier suffit à ressusciter l’espoir d’une vie possible. Il suffit de si peu pour voir se lever l’horizon de paix…
Cet article est paru dans le numéro de juillet-aout de la revue Marie, médiatrice et reine. Voulez-vous lire plus ? N’hésitez pas à demander un abonnement d’essai !
