« Je me sens portée par le Christ » 

Quand nous parlons de « vocations », nous pensons immédiatement aux prêtres, aux diacres et aux religieuses et religieux. Un chemin de foi beaucoup moins connu est celui des vierges consacrées. Ces ‘épouses du Christ’ se mettent au service de l’Église tout en se laissant inspirer par leur propre charisme. Elles ne vivent pas dans un couvent mais sont enseignantes, infirmières ou… pharmaciennes, comme Katherine Stubbe, de Courtrai.  

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduction : Michel CHARLIER

*texte* 

Avant que nous démarrions notre entretien, Katherine va refermer la porte de la grotte de Lourdes voisine, comme chaque soir. Cette coutume montre immédiatement que le service – l’un des piliers des vierges consacrées – ne doit pas nécessairement s’accompagner de grands gestes.

« Le service à la communauté peut prendre différentes formes, y compris dans votre travail », explique Katherine. « Dans ma paroisse, j’ai été responsable de l’acolytat pendant de nombreuses années et j’ai aidé à préparer à la confirmation. En tant que pharmacienne, je veux aussi être là pour les gens. Un client qui demande que l’on prie pour lui, une personne qui a besoin d’une oreille attentive : ce n’est pas exactement ce qu’on attend d’une pharmacienne, mais pour moi, cela fait partie de mon métier. » 

Comme un mariage

La vie quotidienne d’une vierge consacrée présuppose une attention au sacrement de la réconciliation, c’est-à-dire une confession régulière, et une vie de prière bien développée. Katherine manque rarement l’eucharistie quotidienne – « une journée sans elle me paraît étrange », reconnaît-elle – et prie les prières du matin et du soir de l’Église. Le week-end, elle se rend souvent à l’abbaye de Westvleteren.

Être à l’écoute d’un client, prier pour quelqu’un : pour Katherine Stubbe, pharmacienne à Ingelmunster cela fait partie de son métier (cliché G.G.)

« On me demande parfois si je suis obligée d’aller à la messe tous les jours. Je ne considère pas du tout cela comme une obligation. Je compare la vie consacrée à un mariage : si vous aimez quelqu’un à en mourir, vous voulez être avec lui autant que possible… Il en va de même pour moi. » 

Appelée ? Pas moi !

Petit flashback : Katherine Stubbe grandit dans une famille catholique à Ingelmunster, en Flandre occidentale. « Le dimanche, je me rendais à l’église avec mes parents, et j’ai continué pendant mon adolescence. Lorsque j’ai déménagé à Bruxelles, j’ai trouvé une chapelle à proximité où je pouvais me détendre ou allumer un cierge pendant les examens. Pour mon 2e cycle d’études, j’ai hésité à choisir la VUB, qui était une université ‘libre’. Cela aurait-il un impact sur ma foi ? En effet… mais pas comme je le craignais. Cela m’a appris à mettre des mots sur ma foi, ce qui lui a permis de s’approfondir et de se renforcer. » 

Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente

Katherine a trouvé sa vocation près de chez elle : « En tant qu’étudiante, j’ai fait partie du Sint-Michielsbeweging, une association de jeunes catho à Courtrai, où j’assistais à l’eucharistie le samedi soir. Ce qui m’a plu là-bas ? Je pouvais y rencontrer des catholiques de mon âge. Nous pouvions tout simplement être jeunes et aborder la foi de manière naturelle. Nous n’étions pas considérés comme ‘anormaux’. » 

« À la fin de l’eucharistie, une prière pour les vocations était invariablement lue. Une phrase en particulier me frappait : ‘Appelle des jeunes à ton service pour qu’ils marchent à ta suite sur le chemin de l’amour.’ J’ai pensé : appelez-en beaucoup, mais pas moi. Apparemment, j’étais déjà appelée, mais je n’en étais pas consciente. » 

En tant que vierge consacrée, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, entre autres par sa prière personnelle (cliche Unsplash/Aaron Burden)

Une soirée perdue 

L’appel se fait alors de plus en plus fort. « J’étais en dernière année à l’université », explique Katherine. « J’allais à la messe tous les jours, j’ai acheté un missel et j’ai trouvé un couvent où je pouvais assister à la prière du matin et à l’eucharistie. Le soir, je rejoignais le Sint-Michielsbeweging. Mais je sentais que Dieu me demandait plus. Que faire après mes études ? Mon chemin de vie semblait pourtant évident : me marier et reprendre la pharmacie de mon papa. » 

Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents 

C’était sans compter sur Lui, qui a poussé Katherine à assister à une soirée sur les vocations. Au départ, elle a eu l’impression qu’il s’agissait d’une soirée perdue : « La prière était désordonnée, je pensais au stage que je devais terminer… Le lendemain matin, j’ai fait l’expérience de la vocation. J’ai senti qu’Il me demandait : ‘Katherine, pourquoi Me fuis-tu ?’. Là, à ce moment-là, j’ai dit ‘oui’. Mais je ne savais pas exactement quel chemin choisir. Une vie religieuse ? Je trouvais cela injuste pour mes parents : ils m’avaient donné la chance d’étudier pendant 10 ans et, soudain, je leur annoncerais que j’allais entrer au couvent ? » 

Dans le monde 

Katherine cherchait un moyen de donner forme à sa vocation sans avoir pour autant à se retirer du monde. Quelqu’un lui a parlé de l’existence des vierges consacrées : « Célibat, prière et eucharistie, service à la communauté : je me rendais compte que je menais déjà une telle vie. Ce fut un choix difficile à accepter pour mes parents, même si je n’entrais pas au couvent. » 

Je suis convaincue qu’Il m’aime

10 ans après ce matin où elle a ressenti cet appel, elle a commencé la formation qui mène à l’ordination des vierges consacrées. Celle-ci s’est déroulée le dimanche 4 septembre 2016. Ce n’était pas le fruit du hasard, Katherine s’en est rendu compte par la suite : « Il m’est venu à l’esprit que c’était la date de l’anniversaire de mariage de mes parents, aujourd’hui décédés. Ils s’étaient dit ‘oui’ devant Dieu ce jour-là ; j’étais maintenant autorisée à Lui rendre cet amour. Et le Sint-Michielsbeweging, grâce auquel j’avais découvert ma vocation, avait été créé un 4 septembre. » 

Des clins d’œil de Jésus

Près d’une décennie plus tard, Katherine continue d’approfondir sa vocation au quotidien, à la pharmacie, mais aussi à la maison (sa prière personnelle), à la paroisse et au sein de la communauté chrétienne de Westvleteren. De temps en temps, les vierges consacrées – elles sont 11 dans le diocèse de Bruges – se rencontrent. « Je me sens portée par le Christ », affirme Katherine. « Parfois, Il me fait des clins d’œil, comme s’Il voulait me dire : ‘Je suis toujours en route avec toi.’ Je suis convaincue qu’Il m’aime, qu’Il nous aime à en mourir. » 

« Nous ne voulons pas jouer aux moines » 

Un domaine monastique séculaire, un paradis pour les randonneurs et une brasserie renommée : voici Val-Dieu. Mais il se vit bien d’autres choses encore dans ce petit coin du Pays de Herve. Après le départ des derniers moines cisterciens en 2001, quelques croyants se sont engagés à redonner vie à l’abbaye. Parmi eux, le diacre Michel Gilsoul. Un quart de siècle plus tard, accompagné de 11 autres ‘apôtres’, il entretient le feu. 

propos recueillis par Glenn GEERAERTS
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER

Quand le soleil est présent, il est parfois difficile de se frayer un chemin à Val-Dieu, l’une des attractions touristiques de la province de Liège. Certains entrent dans la basilique pour allumer un cierge, d’autres se dégourdissent les jambes dans l’ancien jardin du monastère, d’autres encore dégustent un verre (ou deux) de bière locale. On en oublierait que Val-Dieu est un lieu de silence et de prière depuis des siècles.  

Les moines cisterciens s’installent à Val-Dieu au XIIIe siècle, dans un lieu appelé… ‘Vallée du Diable’, bien vite rebaptisé. L’abbaye alterne ensuite années de gloire et périodes de déclin, et joue même un rôle dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais la belle aventure finit par s’essouffler. Début 2001, à la mort du père supérieur, seuls 3 moines sont encore présents. Au bout de quasi 800 ans, la vie religieuse dans la vallée de la Berwinne semble devoir s’arrêter définitivement. 

Un proche des lieux

Michel Gilsoul dans le cloître de l’abbaye de Val-Dieu :
« La parole du Dieu vivant est le fil conducteur de notre vie »

Michel Gilsoul se souvient très bien de ce moment. « Certains croyants liégeois ont trouvé dommage que la vie communautaire à Val-Dieu disparaisse. Ils rêvaient d’un avenir pour l’abbaye. L’idée était que des laïcs – hommes et femmes – viennent vivre dans les bâtiments du monastère pour prier et travailler ensemble. J’ai accepté, plein d’enthousiasme. Notre aventure a donc démarré rapidement, avec la bénédiction de l’évêque de Liège de l’époque et de l’ordre cistercien, qui est encore aujourd’hui propriétaire des lieux. » 

Michel connaissait bien les moines et l’abbaye. « J’ai grandi dans un village voisin, mais mes parents n’avaient aucun lien avec Val-Dieu. Ce n’est qu’après mon mariage que j’ai assisté quelques fois aux vêpres dans l’église abbatiale. J’ai suivi une formation de diacre permanent et j’ai appris à mieux connaître la communauté monastique, déjà petite et fragile à l’époque. En 1996, après mon ordination diaconale, on m’a demandé de venir prêcher une fois par mois. Je me suis également engagé à l’adoration dominicale ainsi que pour la bénédiction des… voitures, une vieille tradition de Val-Dieu. » 

Par cœur  

La communauté de Val-Dieu entretient des liens étroits avec l’abbaye cistercienne de Lérins, sur la Côte d’Azur, « notre abbaye mère », comme l’appelle Michel. Dès le début, la règle de saint Benoît a été le principe directeur de la vie monastique chez les cisterciens, et donc également de la communauté laïque dont Michel fait partie depuis un quart de siècle. « Petit à petit, nous avons découvert ce que cette ancienne règle monastique signifiait réellement », explique-t-il. « C’est un mode de vie. La cohabitation fraternelle est essentielle. Les moines sont sur un pied d’égalité, même s’ils ont prêté serment d’obéissance. La simplicité et la régularité sont également importantes : comme les cisterciens, nous nous réunissons à heures fixes pour prier les psaumes. » 

La règle de saint Benoît, c’est une mode de vie

« La parole du Dieu vivant est le fil conducteur de notre vie », reprend Michel. « Quelqu’un m’a demandé un jour si je connaissais les psaumes par cœur. Cette expression est parfaitement adaptée : le cœur est la partie du corps où l’on peut être touché par la parole de Dieu. La lectio divina, c’est-à-dire la méditation et la contemplation de la Bible, traditionnellement pratiquée par les moines, est donc une pratique incontournable à Val-Dieu. »  

Prière et travail 

Aujourd’hui, la communauté laïque de Val-Dieu – officiellement une ‘association privée de croyants chrétiens’ – compte 12 membres, dont 4 vivent en permanence à l’abbaye. « Nous comptons dans nos rangs des célibataires, mais aussi des couples », précise Michel. Il insiste sur le fait que les membres de la communauté ne sont pas des religieux : « Nous ne voulons surtout pas jouer aux moines. En revanche, nous appliquons des traditions monastiques ancestrales, comme la récitation des psaumes et le goût du silence. Chacun a son propre appartement et nous nous rencontrons dans les parties communes – le réfectoire, la salle capitulaire. Mais, dès que nous passons dans les couloirs, nous restons silencieux. » 

Différentes générations cohabitent, comme dans un monastère

« On peut aussi se soutenir mutuellement dans la vie de foi. »

Le plus âgé du groupe a 83 ans, le plus jeune 32. Une richesse, pour Michel : « Différentes générations cohabitent, comme dans un monastère. Bien sûr, c’est un défi. Mais on peut aussi se soutenir mutuellement dans la vie de foi. »  

Contrairement à ce qui se passe dans un ‘vrai’ monastère, la plupart des membres de la communauté ont également une vie en dehors de Val-Dieu, ce qui demande une certaine flexibilité. S’occuper des enfants ou des petits-enfants prévaut souvent. Néanmoins, les frères et sœurs s’efforcent de se retrouver régulièrement dans la foi : « Ceux qui le peuvent viennent à l’église le matin pour les laudes. Le dimanche, après la messe, c’est le moment de se retrouver autour d’un repas. Chaque année, nous partons en retraite à Lérins ou dans une autre abbaye cistercienne. Parmi nos traditions, il y a aussi la journée de prière et de travail, généralement le samedi. La matinée est consacrée à la prière et à la catéchèse, tandis qu’après le pique-nique, nous retroussons nos manches pour travailler dans le domaine. Le parc, que nous avons ouvert aux touristes, nécessite par exemple beaucoup d’entretien. Heureusement, nous pouvons compter sur des bénévoles. » 

Boire et manger

Val-Dieu : la porte ouverte (photo : Jean-Pol Grandmont par Wikimedia Commons)

Dans une interview accordée à KTO, Michel a parlé de la « pastorale de la fourchette ». Il aurait pu y ajouter le couteau et même les casseroles et les pintes, des objets en lien direct avec le rôle touristique joué par l’abbaye de Val-Dieu. Le Pays de Herve, les Fourons, le Limbourg néerlandais : le tourisme dans la région s’est fortement développé au cours des dernières décennies. On vient donc à l’abbaye non seulement pour des raisons religieuses, mais surtout en tant que touriste. Le fait que l’on puisse y déguster une bière brassée dans l’enceinte de l’abbaye séduit. La beauté de l’environnement attire également beaucoup de monde.  

« Nous accueillons tous ces gens à bras ouverts. Même s’ils ne viennent ‘que’ pour manger et boire. Le tourisme est un excellent moyen de faire découvrir aux visiteurs, de manière accessible et sans rien leur imposer, ce qu’est pour nous ‘boire et manger’ : la Parole de Dieu, dont nous nous nourrissons tous les jours », explique Michel. 

Vous avez lu un extrait d’un article paru dans le numéro d’octobre de notre revue Marie, médiatrice et reine. Cliquez ici pour découvrir l’abonnement.

Le meilleur des cadeaux

Lorsqu’on vous demande votre date de naissance, vous n’avez pas besoin de réfléchir longtemps. Mais vous souvenez-vous de la date de votre baptême ? Notre regretté pape François nous a exhortés à ne pas oublier cet anniversaire non plus. Il qualifie même son baptême de plus beau cadeau qu’il ait eu le privilège de recevoir. 

Abbé Leo PALM, recteur du Sanctuaire de Banneux

Quand, le 18 janvier 1933, la Vierge des Pauvres conduit Mariette Beco pour la première fois à la source, elle l’invite à pousser ses mains dans l’eau. L’enfant obéit sans comprendre le sens de ce geste. Le 11 février, elle trempe encore ses mains dans l’eau et se signe au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Visiblement, l’enfant comprend maintenant ce qu’elle fait. Elle fait mémoire de son baptême, comme nous le faisons en entrant dans une église ou une chapelle. Nous nous signons avec l’eau bénite en souvenir de ce grand jour de notre vie où nous sommes devenus enfants de Dieu. 

Avant les apparitions, Mariette avait mis sa vie chrétienne en veilleuse. Elle n’allait plus à l’église et au catéchisme et avait même décidé de ne pas faire sa première communion. La visite de la Belle Dame a rallumé le feu dans son cœur : elle prie, elle participe à la catéchèse, elle anticipera même sa première communion. Le dimanche 12 février, elle se confesse et reçoit Jésus dans l’hostie.  

Une promesse formidable 

Le temps de Noël se termine par la fête du baptême du Seigneur. À cette occasion, le pape François nous posait la question du plus beau cadeau que nous avons reçu dans notre vie. Pour lui personnellement, la réponse était facile : un cadeau surpasse de loin tous les autres, et c’est le cadeau du baptême ! Il est tellement précieux qu’il en fêtait l’anniversaire. Ce jour-là, il est devenu enfant de Dieu et Jésus est devenu son compagnon de route. Il nous a fait cette promesse formidable : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »  

Le Christ peut faire cette promesse parce qu’il est le Ressuscité. Lors de la célébration du baptême, le Ressuscité est symbolisé par le cierge pascal. C’est à sa flamme que le cierge baptismal est allumé. Les paroles qui accompagnent ce rite m’ont toujours touché : « Recevez la lumière du Christ. C’est à vous, parents, parrain et marraine, que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir : que cet enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et demeure fidèle à la foi de son baptême. Ainsi, quand le Seigneur viendra, il pourra aller à sa rencontre dans son Royaume, avec tous les saints du ciel. » 

Un beau geste qui rappelle aux proches leur responsabilité et leur engagement envers le nouveau baptisé. Bien sûr, le moment viendra où ce baptisé reprendra le flambeau et sera lui-même responsable de sa vie de foi.  

Le bénitier 

L’Église nous offre des moyens très simples pour nous aider à ne pas perdre de vue la grâce du baptême. Elle nous propose des petits gestes que les parents peuvent poser et que les enfants peuvent reprendre à leur compte. 

J’ai grandi dans une famille de cinq enfants. Avec nous vivaient aussi ma grand-mère et une tante. La vie quotidienne se passait au rez-de-chaussée, et nos chambres à coucher étaient au premier étage. Au pied de l’escalier maman avait placé un bénitier et elle veillait scrupuleusement qu’il contienne toujours de l’eau bénite. (Lors de la vigile pascale, le curé bénissait une grande quantité d’eau et les acolytes du village allaient de porte en porte pour la proposer. Quand elle était épuisée, on pouvait s’en procurer à l’église où il y a toujours une réserve dans une belle cruche avec un petit robinet !) 

Maman nous a appris à nous arrêter devant le bénitier et à nous signer avec cette eau, le matin, quand nous descendions, et le soir, avant d’aller dormir. Nous faisions le même geste en entrant et en sortant de l’église paroissiale. Bien sûr, ce geste peut facilement devenir un automatisme, l’esquisse d’un signe de croix que nous faisons sans réfléchir. Cela est également vrai de beaucoup d’autres gestes quotidiens. Pour combattre une telle routine, il est bon de s’arrêter brièvement et d’adresser une brève prière au Seigneur : « Père, je suis ton enfant. Merci ! Je te confie cette journée. Aide-moi à vivre en enfant de lumière. »  

Chrétiens dans la vie

Il ne suffit pas que nous soyons chrétiens sur le papier, que notre nom soit inscrit au registre paroissial. Il faut être chrétien dans la vie, pas seulement le dimanche mais à tout moment, pas seulement à l’église, mais partout où nous sommes. Jésus lui-même l’a dit à ses apôtres lors de leur envoi en mission : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur à garder tout ce que vous ai enseigné » (Mt 28, 19s). Nous oublions souvent la deuxième partie : apprendre à vivre les deux grands commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Il s’agit d’un apprentissage qui dure toute la vie.  

Par la grâce du baptême, je suis membre de la grande famille qui a Dieu pour Père. Grâce au baptême, j’ai trouvé en Jésus un grand frère qui veille sur moi. Grâce au baptême, j’ai part à l’Esprit de famille, à l’Esprit d’amour. Nous avons besoin de notre famille chrétienne pour que la grâce du baptême puisse s’épanouir : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). Le biotope de la vie chrétienne est la communauté ! 

Des arbres et des hommes

par Glenn GEERAERTS, rédacteur en chef
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER
image : Arnaud MESUREUR

Dans son livre La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, écrivain et forestier dans la région de l’Eifel (Allemagne), compare les arbres à des êtres sociaux. Lors de l’une de ses rondes de surveillance en forêt, il découvre qu’une pierre moussue, devant laquelle il est passé tant de fois, est en réalité la souche noueuse d’un hêtre centenaire. Une misérable souche sans feuilles, qui semble avoir peu de chances de survie. En y regardant de plus près, Peter comprend que ce qui subsiste de ce hêtre robuste, abattu il y a quatre ou cinq cents ans, a été maintenu en vie par tous les arbres qui l’entourent, grâce à leurs racines. 

Le fait que les arbres se soutiennent, s’entraident les uns les autres n’est pas unique, explique Wohlleben. Même les spécimens les plus maigrichons sont souvent maintenus en vie par les arbres voisins. Un impressionnant réseau souterrain de fils fongiques et de racines assure l’échange de nutriments. Ici, les hêtres voisins pompent depuis des siècles une solution sucrée et l’envoient vers la souche, l’empêchant ainsi de mourir.  

Le hasard ?

N’en est-il pas de même pour notre foi ? Nous aimons nous dire que nous pouvons pratiquer notre foi chrétienne seuls et en toute sérénité. Mais si nous ne recevons pas régulièrement le soutien et l’encouragement d’autres croyants, notre foi, notre vie risquent de se dégrader. Si nous ne saisissons pas l’occasion de partager la joie de l’Évangile, nous risquons de voir nos racines s’étioler et notre foi s’enliser. 

Si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts

J’entends déjà les critiques : « C’est bien beau, cette histoire de forêt communiante et communicante. Mais les racines des arbres ne poussent-elles pas de manière sauvage et aléatoire ? N’est-ce pas dû au hasard si les racines d’un hêtre rencontrent celles d’un autre et fusionnent spontanément ? » 

Ces questions, Peter Wohlleben les a entendues à de nombreuses reprises. En réponse, il cite une étude de l’université de Turin. Les scientifiques ont découvert que les plantes peuvent faire la distinction entre leurs propres racines et celles de leurs pairs. Et ce n’est pas tout : si les arbres sont des êtres sociaux, c’est parce que, ensemble, ils se sentent plus forts. Si les hêtres du début de cet article se comportaient comme des concurrents et s’étouffaient les uns les autres, c’est toute la forêt qui serait vulnérable. 

Écosystème  

À plusieurs, les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, emmagasine de grandes quantités d’eau et augmente l’humidité atmosphérique, écrit Peter Wohlleben. Dans un tel écosystème, les arbres peuvent devenir centenaires. Mais, s’ils ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol, créant ainsi de grandes béances dans la canopée. Les chaleurs estivales et les tempêtes peuvent alors s’y immiscer, de sorte qu’à long terme, aucun arbre n’est à l’abri. 

Si les arbres ne se soignent pas les uns les autres, ils tomberont les uns après les autres au sol

Lorsque les chrétiens vivent leur foi ensemble, cela ne profite pas seulement à chacun d’entre eux : cela permet à l’ensemble de la communauté – l’« écosystème » – de rester viable. Il est bon d’y réfléchir à la lumière du déclin de la vie paroissiale dans nos régions. 

La vie secrète des arbres est paru aux éditions Les Arènes, 2017 (titre original : Das geheime Leben der Bäume

« Notre cœur n’était-il pas brûlant ? »

+ Cardinal Jozef De Kesel

« Personne n’a jamais vu Dieu » (Jn 1,18), voilà ce qui est affirmé au début de l’Évangile de Jean. Et dans la première lettre de saint Paul à Timothée, nous lisons : « Il habite la lumière inaccessible » (6,16). Pourtant, Dieu n’est pas resté un Dieu lointain et étranger. Il est venu à nous. L’Écriture en témoigne. Il a cherché le contact. Il n’est pas l’Être suprême qui se suffit à lui-même. Il veut donner et partager. Il recherche l’amitié et le lien. C’est pourquoi il a appelé Abraham. C’est pourquoi il rassemble son peuple. C’est pourquoi il nous a envoyé son fils. Et tout au long de cette longue histoire, il s’agit toujours de ce même message, de ce même évangile, de cette même bonne nouvelle : Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur. Qu’il ne nous a pas créés en vain. Qu’il nous connaît, nous aime et nous accepte, radicalement. Sa parole est toujours une parole d’amour, ainsi qu’un appel à transmettre cet amour les uns aux autres.

Dieu nous cherche, il veut nous parler et nous dire combien nous, les humains, et ce monde, sa création, sommes chers à son cœur

Le feu de l’Esprit

Que Dieu parle, qu’il nous donne sa parole, voilà le miracle, le mystère dont témoigne toute l’Écriture. Mais le miracle, c’est aussi que les hommes le comprennent et soient réceptifs à cet amour. Que Dieu nous cherche et veuille se lier à nous n’est pas évident. Mais que l’homme lui-même donne sa parole à Dieu, lui réponde et veuille partager sa vie avec lui, l’est encore moins.

L’homme ne peut pas réaliser cela de lui-même. C’est Dieu qui touche et ouvre les cœurs. C’est pourquoi, dans l’histoire de la Pentecôte, il est question de feu, d’un feu qui vient d’en haut, d’un feu qui fait brûler nos cœurs, le feu de l’Esprit. Le livre de l’Exode raconte que « la montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu ». Ce même feu est également évoqué lors des débuts de l’Église, lorsque les disciples quittent le cénacle et proclament avec audace l’Évangile, la Parole de Dieu.

Reconnaître Jésus

Pour nous, chrétiens, la Parole de Dieu n’est autre que le Christ lui-même. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). En lui, Dieu a engagé tout son amour envers chacun de nous. En lui, Dieu a conclu une alliance nouvelle et éternelle. Il est allé jusqu’au bout, jusqu’à la croix.

Lorsqu’il est mort, il a été abandonné par tout le monde, y compris par la quasi-totalité de ses disciples. Et même le jour de Pâques, ceux-ci ont été effrayés et ont fermé leurs portes. Jusqu’à ce que le feu et le vent apparaissent soudain, comme au Sinaï dans les temps anciens. Comme cela est arrivé aux disciples sur la route d’Emmaüs, alors qu’ils avaient perdu tout courage. Mais lorsque lui, l’étranger, leur eut parlé, qu’il eut rompu le pain devant eux et qu’ils l’eurent reconnu, ils se sont dit l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). C’est ainsi que l’Esprit agit : nous reconnaissons Jésus comme notre Seigneur et notre Sauveur, et nous comprenons sa parole.

« Heureuse celle qui a cru »

Pentecôte vient du mot grec Pentêkostè, qui signifie « cinquantième ». La communauté religieuse juive fête toujours la Pentecôte 50 jours après Pâques. Ce jour-là, ils célèbrent le souvenir de ce qui s’est passé au Sinaï : comment Dieu a donné sa Parole, sa Loi et ses commandements à son peuple. Nous, chrétiens, commémorons également à ce moment que Dieu nous a donné son Fils, sa Parole, et que, par le feu de l’Esprit, il a ouvert nos cœurs à cette Parole.

Dans les Actes des Apôtres, il est écrit que Marie, la mère de Jésus, était avec les disciples lorsque ceux-ci attendaient dans la chambre haute la venue de l’Esprit (Actes 1, 14). Marie est intimement liée à la Pentecôte. Il faut dire qu’elle a porté la Parole de Dieu dans son ventre. Mais pas seulement dans son ventre. Dans son cœur aussi. Saint Augustin le dit si bien : « Avant même de l’avoir reçu dans son ventre, elle l’a reçu dans son cœur. »

Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple

« Heureuse celle qui a cru », dit l’ange lors de l’annonciation (Lc 1, 45). Marie n’a pas seulement mis Jésus au monde. Elle est aussi devenue sa disciple. Le Seigneur le confirme : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). C’est ce que Marie a fait et c’est en cela qu’elle est notre exemple. Tout comme Marie a été prise, par l’Esprit, ‘sous son ombre’, c’est ce même Esprit qui nous fait écouter la parole de Dieu et nous rassemble dans le peuple de Dieu et l’Église de Dieu.

Le grand don de Dieu

À la Pentecôte, nous – et l’ensemble de l’Église – rendons grâce à Dieu pour le don de sa Parole, pour Jésus, son plus grand don à notre monde. Certes, notre société actuelle est confrontée à de grands défis. Nous ne vivons pas seulement une époque de changement, mais dans une époque qui a déjà fortement changé. Il y a tant de pauvreté et d’injustice dans le monde. Il y a tant de haine, de guerre et de violence. L’Église traverse elle aussi des temps difficiles et sa crédibilité en est fortement affectée.

Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus !

Que cette prière soit constamment sur nos lèvres : Veni sancte Spiritus ! « Viens, Esprit Saint ! » Que l’Esprit ouvre nos cœurs, que nous soyons touchés par lui. Que nous puissions recevoir la Parole de Dieu comme une parole de vie pour tous ceux qui cherchent la paix et la justice en ces temps, pour tout ce qui peut donner un sens à notre vie, la rendre bonne et digne d’être vécue. Et comme Marie, gardons cette Parole dans nos cœurs afin qu’elle puisse porter des fruits abondants.

La Fête-Dieu, une solennité belge

La vision d’une religieuse liégeoise au Moyen-Âge est à l’origine de la Fête-Dieu telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cette fête nous ramène à un fondement de la foi catholique : la présence de Jésus-Christ dans l’Eucharistie.

par Glenn GEERAERTS
traduction du néerlandais : Michel CHARLIER
photos : Sanctuaire de Tancrémont & Centre Marial

Lors de leur parcours de première communion, quelques enfants avaient décidé d’interviewer des fidèles de leur paroisse. L’une des questions qu’ils devaient poser portait sur la signification de la communion. Un des paroissiens leur a simplement dit que les hosties étaient préparées par des sœurs. Pour un autre, la distribution de la communion était le signal « que la messe était presque finie ». Quelques-uns seulement ont pu leur expliquer de quoi il s’agissait réellement. Cela donne matière à réflexion. Et cela prouve l’absolue nécessité de l’existence de la fête du Saint-Sacrement qui pourtant, dans de nombreuses paroisses, passe inaperçue.

Corps et sang

Jetons un coup d’œil rapide dans le Catéchisme de l’Église catholique, qui affirme la « présence réelle et continue » du Christ dans l’Eucharistie. Il y est substantiellement présent, avec son corps et son sang, avec son âme et son caractère divin. En d’autres termes, sous la forme du pain et du vin, le Christ, le Dieu incarné, est parmi nous chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. N’est-ce pas un privilège incroyable, que nous puissions ainsi communier régulièrement ?

Et c’est précisément ce qui est central dans cette Fête-Dieu, cette « Fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ », que nous célébrons le deuxième dimanche après la Pentecôte : la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. La consécration n’est pas un tour de passe-passe ; nous croyons qu’à ce moment-là, l’hostie et le vin se transforment réellement en corps et en sang de notre Seigneur. Avons-nous des preuves scientifiques de cela ? Non, c’est un mystère, par l’intermédiaire de Dieu, et nous y croyons.

Une lune rayonnante

Dans le titre de cet article, nous affirmons que la Fête-Dieu est belge. En effet, cette grande fête a des racines bien ancrées dans nos régions, même si on ne parlait pas encore de Belgique à l’époque.

Remontons le temps et débarquons à Liège au début du 13e siècle. Au couvent du Mont-Cornillon, Julienne, une jeune moniale augustinienne, reçoit de nombreuses visions avec, à chaque fois, la même image : une lune rayonnante échancrée en deux moitiés par une bande noire. Ce n’est que plus tard que Dieu lui révèlera le sens de ses expériences mystiques : la lune représente la vie de l’Église sur Terre et la bande opaque indique une fête liturgique manquante, à créer en l’honneur du Très Saint-Sacrement.

Pendant 20 ans, sœur Julienne garde le silence sur ce que le Seigneur lui a révélé à plusieurs reprises

Sœur Julienne est-elle en proie à la honte ou à un sentiment d’insécurité ? Toujours est-il que, pendant 20 ans, elle garde le silence sur ce que le Seigneur lui a révélé à plusieurs reprises. Mais elle ne peut pas continuer à ignorer sa mission. Après tout, le Seigneur lui a demandé de se consacrer à une fête où les fidèles l’adoreraient dans l’Eucharistie. Elle décide de partager son secret avec deux autres femmes et de se consacrer avec elles à l’adoration eucharistique. Elle demande également de l’aide à un chanoine de la collégiale Saint-Martin.

De Liège à Rome

Les démarches se multiplient et aboutissent. La Fête-Dieu, la fête du Saint-Sacrement, est introduite dans le diocèse de Liège en 1246, du vivant de Julienne. En 1264, le pape Urbain IV rend cette nouvelle fête, désormais appelée ‘Corpus Christi’, obligatoire pour l’ensemble de l’Église catholique. Cette décision s’explique sans doute par les antécédents du pape. Avant d’être autorisé à s’asseoir sur le trône de Pierre à Rome, il a œuvré pendant des années comme archidiacre du diocèse de Liège, où il a contribué à la création de la fête, encore locale à l’époque.

Le miracle eucharistique de Bolsena (à 2 heures de Rome), dont les fidèles ont été témoins un an plus tôt, en 1263, a également joué un rôle. Ce miracle s’est produit pendant la messe. Le prêtre, en proie à des doutes sur sa foi – il doute de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie – prie Dieu pendant la consécration, espérant que ce dernier lui fasse un signe. Juste avant la communion, l’hostie qu’il tenait dans ses mains se met à saigner.

Bien plus qu’un folklore catholique

Chez nous, jusque dans les années 1960, une procession sacramentelle était organisée dans chaque village le deuxième dimanche après la Pentecôte. Cette tradition est tombée en désuétude dans de nombreux endroits. Injustement, car comme nous l’avons vu, elle est bien plus qu’un folklore catholique.

La tradition de la procession du Saint-Sacrement est tombée en désuétude dans de nombreux endroits

Liège reste fidèle à sa réputation de berceau de la Fête-Dieu. Cette année, le jeudi 19 juin, l’eucharistie solennelle dans la basilique Saint-Martin sera présidée par Mgr Delville, suivie d’une procession jusqu’à la cathédrale. Là il y aura adoration tout au long de la nuit et le lendemain. Au sanctuaire du Vieux Bon Dieu à Tancrémont (Pepinster), la messe traditionnelle (forme extraordinaire) sera célébrée le samedi 21, suivie d’une procession.

Printemps eucharistique

Bien sûr, ce n’est pas tout de sortir en procession avec le Saint-Sacrement une fois par an, encore faut-il y prêter attention le reste de l’année. Nous pensons ici au nombre croissant de lieux où les croyants se réunissent régulièrement pour adorer le Très Saint-Sacrement.

Un signe d’espoir, pensait également le pape Benoît XVI : « Je prie afin que ce ‘printemps eucharistique’ se répande toujours davantage dans toutes les paroisses, en particulier en Belgique, la patrie de sainte Julienne » écrivait-il en 2010.

« La fidélité à la rencontre avec le Christ eucharistique dans la Messe dominicale est essentielle pour le chemin de foi, mais essayons aussi d’aller fréquemment rendre visite au Seigneur présent dans le Tabernacle ! En regardant en adoration l’Hostie consacrée, nous rencontrons le don de l’amour de Dieu, nous rencontrons la Passion et la Croix de Jésus, ainsi que sa Résurrection. »

Grimper vers la Vierge Noire

Lieu de pèlerinage marial, cité médiévale, décor de nombreuses légendes et de récits de miracles : voilà Rocamadour, petite ville du sud de la France. Nous avons enfilé nos chaussures de randonnée car, pour voir et rencontrer la Vierge noire, il faut marcher et grimper. Mais nous avons tout d’abord mis le cap sur Conques, étape traditionnelle sur le chemin de Compostelle.

Texte : Glenn Geeraerts
Traduction du néerlandais : Michel Charlier

Pour beaucoup de Belges, les départements du Lot et de la Dordogne sont avant tout une destination de vacances. Cela n’a rien d’étonnant, car cette région est particulièrement belle. Derrière chaque virage – et les routes sont très sinueuses – se cache un village authentique ou une petite ville fortifiée. Il y est aussi très difficile de résister à la tentation de goûter aux spécialités locales, parmi lesquelles le vin de noix et le foie gras.

Plus j’approchais du village de Conques, plus je dépassais et croisais de randonneurs sur la route

Mais l’homme ne vit pas seulement de pain, il lui faut aussi satisfaire sa faim spirituelle. C’est peut-être ce qui explique l’afflux de pèlerins à Conques-en-Rouergue. Ce lieu isolé, dans le département de l’Aveyron, est caché au milieu de la verdure. « Le bout du monde », me suis-je dit en m’y rendant l’été dernier. Et pourtant, plus j’approchais du village, plus je dépassais et croisais de randonneurs sur la route. Tous, sans exception, portaient un sac à dos d’où pendait une grosse coquille Saint-Jacques. Et ils se souciaient peu de la bruine matinale.

Conques : vue de l’abbatiale Sainte Foy (Wikimedia Commons/Espirat)

L’Enfer et le paradis

Ruelles pavées, murets de pierre, maisons à colombages : Conques la pittoresque a clairement sa place dans le club des plus beaux villages de France. Mais c’est bel et bien l’abbatiale qui est le summum de ce lieu. Sa longue histoire commence au milieu du XIe siècle, lorsque les bénédictins remplacent leur ancienne chapelle par une nouvelle église de style roman. Le lieu de culte est dédié à sainte Foy, une martyre du christianisme primitif qui, selon la légende, aurait été décapitée sur ordre de l’empereur romain Dioclétien. Aujourd’hui, le reliquaire contenant le sommet du crâne de la sainte est l’une des pièces maîtresses du trésor de l’église.

Tout qui arrive à Conques pour la première fois ne peut que s’émerveiller devant la façade de l’église. Un artiste du XIIe siècle a sculpté un incroyable Jugement dernier au-dessus du portail. Les nombreux pèlerins sont impressionnés par la représentation de l’enfer et du paradis et par la figure centrale de Jésus, sur son trône céleste.

Tympan du Jugement dernier à Conques (Wikimedia Commons/J.F. Desvignes)

Pèlerins pénitents

Dès le XIe siècle, Conques devint une étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Tandis que le bruit des bâtons de marche sur les pavés lisses s’amplifie, je me demande combien de ‘chercheurs de Dieu’ ont franchi le seuil de l’église. Ce qui est certain, c’est que, de tout temps, les pèlerins ont eu diverses bonnes raisons d’entreprendre cette marche vers le tombeau de l’apôtre Jacques en Galice. Il est fréquent que cela réponde à une « nécessité » : les criminels se voyaient imposer un voyage de pénitence en guise de punition, dans l’espoir que ce périple les amènerait à se repentir. Aujourd’hui, ce pèlerinage est pour beaucoup l’occasion de mettre de l’ordre d’un point de vue personnel : comment est-ce que je veux mener ma vie ? Qu’est-ce qui me motive vraiment ?

Aujourd’hui, ce pèlerinage est pour beaucoup l’occasion de mettre de l’ordre d’un point de vue personnel : comment est-ce que je veux mener ma vie ? Qu’est-ce qui me motive vraiment ?

Les temps changent et les bénédictins ont depuis longtemps quitté Conques. Mais les pèlerins fatigués ne sont pas pour autant abandonnés à leur sort. Une petite communauté dynamique de 7 religieux est installée ici depuis 1992. Dans leur hôtellerie, les prémontrés de l’abbaye de Mondaye (Calvados) proposent des chambres simples aux pèlerins, seuls ou en petits groupes.

Une « ville lasagne »

De Conques à Rocamadour, il y a un peu moins de 2 heures de route. A un jet de pierre donc, pour les Français. Rocamadour, dans le département du Lot, a reçu 3 étoiles au Guide vert Michelin, la plus haute distinction pour une destination touristique. En arrivant sur place à pied – le centre-ville est interdit aux voitures – on comprend tout de suite pourquoi. La vue est tout simplement spectaculaire.

Rocamadour est comme une lasagne, avec la cité médiévale comme couche inférieure

Rocamadour est construite contre une falaise abrupte. De loin, on distingue les différentes parties de la ville. De manière un peu irrévérencieuse, on pourrait évoquer une lasagne, avec la cité médiévale comme couche inférieure. Les boutiques de souvenirs et les restaurants se succèdent et, à partir de midi, l’affluence est importante. Une masse de touristes parcourt l’étroite rue principale, notamment pour y acheter le célèbre fromage de chèvre local.

Les pèlerins grimpent – certains le font même à genoux ! – le Grand Escalier, qui les mène à la deuxième ‘couche’ : la cité religieuse. Ceux qui préfèrent ne pas grimper peuvent emprunter un ascenseur. La troisième couche est formée par le chemin de croix, qui monte en pente raide puis, plus haut encore, on découvre les vestiges d’un ancien château. C’est là que l’on est vraiment récompensé par des vues splendides sur la ville et la vallée.

Rocamadour, une ‘ville lasagne’ (Wikimedia Commons/Krzysztof Golik)

Zachée ou ermite ?

Une fois le grand escalier franchi, une porte mène au sanctuaire intramuros. Il serait d’ailleurs plus logique de parler ici de sanctuaires au pluriel, car il n’y a pas moins de sept églises et chapelles autour du modeste parvis. Le plus grand édifice est la basilique Saint-Sauveur, véritablement accrochée à la falaise. Elle était déjà mentionnée au début du XIIe siècle et jouit du statut de basilique depuis 1913. Ce titre honorifique ne s’obtient pas à la légère. Rocamadour est depuis longtemps un lieu de pèlerinage. Au Moyen Âge, les pèlerins étaient attirés par les récits de miracles concernant Amadour, le saint dont le corps intact avait été déterré en 1166.

Zachée se serait retiré dans la région de Limoges avec son épouse, sainte Véronique

Une aura de mystère entoure aujourd’hui encore cet Amadour. Selon certains, il s’agissait de Zachée. Le collecteur d’impôts de l’Évangile de Luc se serait retiré dans la région de Limoges avec son épouse, sainte Véronique. D’autres prétendent qu’Amadour était un ermite, un personnage excentrique qui aurait mené une vie de prière et de mortification sur le rocher inhospitalier qui porte encore aujourd’hui son nom : Roc-Amadour. Toujours selon la légende, l’ermite Amadour aurait construit une petite chapelle en l’honneur de Notre-Dame. Aujourd’hui, il serait difficile de mener une vie recluse dans ces lieux, car les pèlerins des quatre coins du monde y affluent.

Une mère sévère

Quelques années après la découverte d’Amadour, la cité se remplit de nobles, de pèlerins, d’amateurs de sensations fortes et de scientifiques. Mais, au XVIe siècle, les huguenots envahissent Rocamadour et mettent le feu au cadavre d’Amadour. On raconte que ses os n’ont pas brûlé et que les pillards ont dû utiliser leurs hallebardes pour écraser sa dépouille.

Telle une reine sur son trône, l’enfant Jésus sur ses genoux

La statue de Marie, en revanche, a été préservée. Par une porte latérale de la basilique, j’entre dans la chapelle Notre-Dame, destination finale de mon pèlerinage dans le sud de la France. Elle est assise là, lumière brillante dans l’obscurité : la Vierge de Rocamadour. Telle une reine sur son trône, l’enfant Jésus sur ses genoux.

Rocamadour, Chapelle Notre-Dame (Wikimedia Commons/Benjamin Smith

Les experts en art qualifient de « hiératique » l’expression du visage de cette Vierge. Ils veulent dire par là que la Vierge de Rocamadour a l’air plutôt sévère. De manière involontaire, cette image prend le contrepied des nombreuses et habituelles représentations de Marie, où elle n’est que sourire et bonté.

Noire de suie ?

La Vierge de Rocamadour est une « Vierge noire ». On pensait que cette couleur était due à la suie des dizaines de milliers de bougies ayant brûlé près d’elle au fil des siècles. Cependant, une étude réalisée en 2017 a montré que la couleur beige d’origine de son visage a été recouverte d’une peinture sombre, presque noire, au XVIIe siècle. La même étude a également révélé que la statue date de +/- 1200.

À l’issue de l’eucharistie quotidienne dans la basilique, les pèlerins reçoivent la bénédiction

De saint Bernard à Philippe le Bel : au fil des siècles, de grands personnages se sont rendus sur le « rocher sacré » pour implorer l’aide de Marie. Des copies de la statue ont été vénérées en Espagne et au Portugal. Et la dévotion à la Vierge est loin de se tarir à Rocamadour. Comme à Conques, et surtout en haute saison, bon nombre de voyageurs de Compostelle s’y rendent. À l’issue de l’eucharistie quotidienne dans la basilique, les pèlerins reçoivent la bénédiction.

Dans les pas des pèlerins

Pendant des siècles, le hameau de l’Hospitalet a été la dernière étape sur le chemin vers le sanctuaire. Les pèlerins pouvaient y reprendre des forces en dégustant de copieux repas ou en faisant soigner leurs pieds endoloris. Aujourd’hui, tous ceux qui viennent à Rocamadour pour une journée sont invités à laisser leur voiture à l’Hospitalet. J’ai moi aussi suivi ce conseil l’été dernier.

À chaque pas sur la Voie Sainte – l’ancien chemin de pèlerinage, où l’on marche rarement seul –, la cité médiévale adossée à la falaise se rapproche. En chemin, un paysage splendide s’offre à vous. Et lorsque vous franchissez la porte de la ville, vous réalisez que la rencontre avec le Seigneur et sa mère n’est plus très loin. Plus encore : ils marchaient à vos côtés depuis le début.

Dieu et les pommes de terre

Manque de temps, pas envie, pas d’inspiration : il y a toujours une excuse pour ne pas prier. Faut-il vraiment être à moitié moine pour accorder quotidiennement du temps à la prière ? 

Glenn GEERAERTS, rédacteur

Dans l’une de ses lettres, l’apôtre Paul exhorte les chrétiens de Thessalonique à prier sans cesse (1 Thess 5, 17). À première vue, cela semble être une tâche impossible. Comment les Thessaloniciens ont-ils réagi en lisant le message de Paul ? Nous savons que les premiers chrétiens de Thessalonique ont traversé des épreuves difficiles. Les Juifs, très nombreux dans cette ville, les considéraient comme une menace. Les tensions étaient tellement grandes que Paul, venu prêcher pour la jeune communauté chrétienne, dut fuir. 

Admettons que notre situation aujourd’hui soit bien plus confortable que celle des premiers chrétiens dans l’Empire romain il y a deux mille ans. Ils étaient regardés avec hostilité par d’autres communautés religieuses et menacés de persécution. Même prier ensemble pouvait être perçu comme un acte de rébellion. Que dire alors de l’appel de Paul à prier sans cesse ? 

Une vie de moine ? 

La plupart des lecteurs diront que « prier toujours » est irréaliste. Surtout si l’on appartient à la « population active » – avoir un emploi, élever des enfants, veiller à ce que la maison tourne rond. Mais même ceux qui ne travaillent plus ou sont à la retraite ont souvent un agenda chargé ! Le lundi, réunion du club des 2 x 30, le mercredi, les petits-enfants qui viennent, le vendredi, c’est la sortie hebdomadaire en vélo, et en plus, comme bénévole ils donnent un coup de main dans une maison de retraite et dans la paroisse. 

La prière ininterrompue est-elle réservée aux moines ?

La prière ininterrompue est-elle donc réservée aux moines que l’on peut trouver même en pleine nuit dans la chapelle de leur couvent, louant et remerciant Dieu ? De plus, les religieux ne sont pas des « machines à prière » : eux aussi prennent du temps pour manger ensemble ou pour lire un bon livre. Ils retroussent leurs manches dans le jardin potager, contrôlent la qualité de la bière trappiste (ce qui me semble un travail agréable !) ou aident à la fromagerie. Et quelqu’un parmi les frères doit bien éplucher les pommes de terre, n’est-ce pas ? 

Un moment sacré 

Si vous pensez que vous ne pouvez pas en même temps prier et travailler, vous faites fausse route, nous dit le théologien américain Peter Kreeft. Dans son livre Prayer for Beginners (« Prier pour débutants ») – quel éditeur voudra bien le traduire en français ? – il propose un exercice intéressant : et si nous considérions toutes nos activités comme des prières ? Il suffit, écrit-il, de changer la motivation de notre travail – pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Et cette question nous ramène au frère mentionné plus haut, qui épluche des pommes de terre dans la cuisine du monastère. Kreeft l’exprime ainsi : « Nous ne pelons plus les pommes de terre parce que nous voulons les manger, mais parce que nous aimons Dieu, ce Dieu qui veut que nous soyons en train d’éplucher des pommes de terre en ce moment. » 

Et si nous considérions toutes nos activités comme des prières ?

Les chrétiens considèrent la prière – à juste titre – comme un moment sacré. Une prière est quelque chose à laquelle on souhaite consacrer quelques minutes, un quart d’heure ou une demi-heure avec toute notre concentration. Pour beaucoup, prier est associé à de petits rituels : éteindre la télévision et autres sources de distraction, allumer une bougie près d’une statue de la Vierge, mettre de côté le travail. Mais souvent, nous ne trouvons pas le temps pour prier. Il y a toujours quelque chose d’urgent qui demande notre attention. Peut-être sommes-nous même un peu jaloux de ceux qui ont le « luxe » de prendre du temps pour Dieu chaque jour, et qui savent trouver les mots justes pour prier. 

Tout vient de Lui 

Peter Kreeft rappelle que notre Créateur ne nous a pas placés dans le monde sans raison. Nous ne sommes pas des anges, mais des êtres humains. Nous mangeons et buvons, nous prenons soin des autres et de nous-mêmes, nous travaillons et nous nous reposons. Ce ne sont pas des choses grandioses. Mais notre chemin vers la sainteté passe justement par le fait d’accomplir des petites choses, écrit Kreeft : « Comme ranger une chambre, emmener les enfants au football, tenir à jour les comptes, ou éplucher des pommes de terre. Ces moments aussi sont sacrés, car c’est Lui qui les nous impose. » 

En ce sens, Dieu n’est pas notre contremaître ou chef de bureau qui ne se soucie que de ce que nous faisons pendant les heures de travail. Ce que nous faisons avant et après, cela ne l’intéresse pas. Dieu, en revanche, veut tout notre temps. Non pour nous contrôler, mais parce qu’Il nous aime, depuis notre premier souffle. Il ne veut pas nous laisser… même s’il y a sur le plan de travail un bassin rempli de pommes de terre non épluchées. 

Un béguinage pour notre époque

L’ambiance des béguinages d’antan, une bonne dose d’engagement chrétien et une pincée de spiritualité jésuite : voilà les ingrédients du Béguinage du Viaduc, un habitat groupé hors du commun au cœur de Bruxelles. Notre rédacteur est allé à la rencontre d’Amelken De Brant, mère de quatre enfants, catholique convaincue et l’une des habitantes de ce béguinage du 20e siècle.

de notre rédacteur Glenn GEERAERTS
traduit du néerlandais par Michel CHARLIER

Quelqu’un a dit que l’avenir du christianisme en Occident se trouverait peut-être dans les grandes villes, avec leurs populations multilingues et multiculturelles. En ce qui concerne Bruxelles, cette affirmation semble se vérifier. Dans le quartier européen, que l’on n’associe pas spontanément à des projets chrétiens, les jésuites proposent depuis des années la ‘communion de la Viale Europe’ : quelques religieux partagent leur maison avec une trentaine de jeunes, qui se retrouvent au moment de la prière et des repas.

Dans le Béguinage du Viaduc, des ponts sont également construits entre ses résidents

À deux pas de là se cache également un habitat groupé très particulier. Des personnes de nationalités et d’âges différents tentent d’y mettre en pratique l’Évangile au quotidien. Le lieu a été baptisé ‘Béguinage du Viaduc’ et, lorsqu’on s’en approche, on comprend tout de suite pourquoi. Les modestes maisons, construites pour l’occasion, sont regroupées autour d’une cour verdoyante. Le lien avec les béguinages historiques, où les femmes vivaient séparément mais se réunissaient pour prier, est vite fait. L’accès se fait par la rue du Viaduc et, dans ce ‘béguinage du 20e siècle’, des ponts sont également construits entre ses résidents.

Un village dans la ville

Amelken De Brant (34 ans) vit ici depuis 6 ans. Son mari Célin travaille comme éducateur ; elle s’occupe des enfants, dont le plus jeune a neuf mois. La musique est leur passion commune. « Notre petit appartement d’Etterbeek était devenu trop petit et c’est à ce moment qu’un de nos amis nous a parlé du projet d’un nouveau béguinage à Ixelles, à côté de l’église du Saint-Sacrement. Le père Guy Martinot, un jésuite, cherchait de jeunes familles pour faire revivre la paroisse et construire une communauté. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, mais nous nous sommes lancés. L’ambiance de ce village dans la ville nous a immédiatement séduits. »

L’ambiance de ce village dans la ville nous a immédiatement séduits

Les origines des habitants du béguinage sont très diverses : « Nous comptons une dizaine de jeunes familles, quelques étudiants en kot, un petit groupe de religieuses et deux célibataires âgés. Mon mari est français, nos voisins parlent allemand, espagnol ou hongrois. Cela n’a rien d’étonnant, nous sommes en plein quartier européen ! Et, avec quelques logements sociaux, le béguinage est également devenu un foyer pour une famille de migrants syriens. »

Un ciment solide

« C’est un ensemble très hétéroclite, mais avec un ciment solide : nous sommes tous catholiques », précise Amelken. Et, lorsqu’on lui demande ce que cela signifie, elle ne doit réfléchir qu’un millième de secondes : « Nous aimons Jésus. »

La population de ce béguinage est un ensemble très hétéroclite, mais avec un ciment solide : nous sommes tous catholiques

Un certain niveau d’engagement chrétien est exigé des futurs habitants. Amelken et sa famille vont à la messe le dimanche et, chaque mois, il y a une réunion spirituelle pour les résidents : « Lorsque la guerre a éclaté en Ukraine, nous avons organisé une veillée de prière. Nous échangeons en groupes sur des thèmes liés à la foi ou bien nous regardons un film d’inspiration chrétienne. » Une autre activité mensuelle est de nature plus prosaïque : il s’agit des tâches ménagères et de l’entretien du jardin intérieur. « Ce samedi-là, nous commençons par une louange dans la cour et, une fois le travail terminé, nous allons à la messe, puis nous prenons le repas ensemble. »

La prière transcende les différences

Ce qui tient peut-être le plus à cœur à Amelken, ce sont les initiatives spontanées qui naissent au sein de cet habitat groupé. « Vu que nous vivons très près les uns des autres, les choses se passent tout naturellement. Les mamans du béguinage prient ensemble, par exemple. Il y a aussi la prière du chapelet dans la cour intérieure en mai et pendant le carême. Au centre de tout cela, se trouve notre ‘Vierge pèlerine’, une statue de Marie qui séjourne chaque semaine dans un foyer différent, faisant ainsi le tour du béguinage. »

En priant, les différences d’opinion, qu’elles soient petites ou plus importantes, sont transcendées

Question délicate : la cohabitation se déroule-t-elle sans souci au Béguinage du Viaduc ? N’y a-t-il pas des conflits de temps à autre ? « Nous partageons beaucoup de choses, et la cour est commune, alors il y a parfois des moments où les choses deviennent plus compliquées », reconnaît Amelken. « Nous avons mis en place un conseil – composé d’un prêtre, d’une religieuse et de deux résidents laïcs élus – qui permet à la vie communautaire de se dérouler sans anicroche. »

« Il y a parfois, néanmoins, une mésentente entre certaines personnes – même si nous sommes tous chrétiens, nous ne fonctionnons pas tous de la même manière – et c’est justement dans ces moments-là que je constate que la prière et la foi en Dieu nous unissent. Notamment lorsque nous prions le Rosaire. En priant, les différences d’opinion, qu’elles soient petites ou plus importantes, sont transcendées. Tout le monde est le bienvenu chez Marie. »

Dans la joie comme dans la peine

La charité chrétienne (caritas en latin) est le fil conducteur de la vie (communautaire) au béguinage. Dans la droite ligne de la spiritualité ignatienne – saint Ignace est le fondateur des Jésuites – cette attention aux autres s’exprime aussi dans les petites choses. ‘En todo amar y servir’ – ‘en toutes choses, aimer et servir’, écrivait Ignace dans ses Exercices spirituels.

« C’est l’une des choses que j’apprécie ici pleinement chaque jour », explique Amelken. « Nous sommes là les uns pour les autres, dans la joie comme dans la peine. Un jour, un bébé naît, le lendemain, un voisin dit adieu à un membre de sa famille… Offrir une oreille attentive autour d’une tasse de café peut faire des miracles. De nombreuses choses sont partagées et c’est ce qui maintient la cohésion de la communauté. Où d’autre qu’ici peut-on demander tout à coup à ses voisins de garder les enfants lorsqu’un journaliste de Marie, Médiatrice et Reine frappe à la porte ? » (rires)

Une année d’espérance 

L’ouverture de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre à Rome marquera bientôt le début du Jubilé, le soir de Noël. « Le Jubilé sera une année sainte caractérisée par l’espérance qui ne passe pas », a écrit le pape François dans la bulle Spes non confundit, (L’espérance ne déçoit pas), dans laquelle il a officiellement proclamé l’année jubilaire. Nous avons lu ce document pour vous et vous proposons un résumé. 

par P. Nepo James Raj, montfortain

Nous sommes tous des pèlerins, en route pour rencontrer le Seigneur. Mais notre désir et notre espoir de Le rencontrer dans sa gloire sont contrariés par le sentiment d’insécurité qui domine nos cœurs à l’ère d’internet et du progrès numérique. Le pape le dit clairement : « Dans un monde où la précipitation est devenue une constante, nous nous sommes habitués à vouloir tout et tout de suite. On n’a plus le temps de se rencontrer et souvent, même dans les familles, il devient difficile de se retrouver et de se parler calmement. » 

Le pape espère que l’année jubilaire, qui commence à Noël, donnera aux gens l’occasion de renouveler leur espérance en Dieu. Pour encourager les gens à grandir dans cette espérance, il recommande aux croyants de réfléchir à l’amour de Dieu afin de pouvoir cultiver la vertu de la patience. Cette dernière n’est-elle pas l’un des fruits de l’Esprit Saint ? « Apprenons donc à souvent demander la grâce de la patience qui est fille de l’espérance et en même temps la soutient », explique le pape. 

Le pape François rencontre des jeunes lors du « Hope Happening » à Bruxelles,
le 28 septembre dernier.
Photo : J. Bihin / National Committee Papal Visit 2024.

Pèlerinage et confession

Pendant le Jubilé, le Pape conseille aux croyants de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu en se rendant en pèlerinage dans les lieux saints. Ils « seront des oasis de spiritualité où l’on pourra se rafraîchir sur le chemin de la foi et s’abreuver aux sources de l’espérance », écrit François. Aux croyants qui ont perdu l’espoir à cause de terribles événements qui les touchent, François demande de s’inspirer de Marie, qui a continué à espérer en Dieu alors que les choses prenaient une mauvaise tournure. Elle est la « Mère de l’espérance » ; il encourage donc les croyants à se rendre en pèlerinage dans les sanctuaires mariaux. 

Le Pape exhorte également les prêtres et les fidèles à bien se préparer à la célébration du sacrement de confession afin que cette année sainte devienne un moment de grâce et de réconciliation. Selon le Saint-Père, la confession est le « point de départ irremplaçable d’un véritable chemin de conversion ». En travaillant à notre propre conversion, à notre réconciliation et à notre pardon, nous deviendrons des artisans de paix et des signes tangibles d’espoir pour tous ceux qui connaissent des difficultés de toute nature : désespoir, peur, solitude, désarroi, incertitude et désespoir en ces temps difficiles. Comme l’a dit le pape : « Ne renonçons donc pas à la confession, mais redécouvrons la beauté du sacrement de la guérison et de la joie, la beauté du pardon des péchés ! » 

Signes d’espérance 

La paix dans le monde comme premier signe d’espérance : telle est la volonté explicite du pape François. Pour proclamer la paix, il invite les fidèles à reconnaître l’immense bien dont nous sommes dotés, plutôt que le mal et la violence qui nous effraient. Le monde d’aujourd’hui, déchiré par des guerres sanglantes, a besoin d’artisans de paix. D’ailleurs, à la fin de la messe dominicale lors de sa visite en Belgique, le pape a mentionné plusieurs sources de violence, d’Israël à l’Ukraine. 

Dans la bulle proclamant le Jubilé, François mentionne d’autres signes possibles d’espérance. Il espère par exemple que les jeunes couples, qui hésitent souvent à devenir parents, seront prêts à accueillir une nouvelle vie. Il souhaite qu’au cours de l’année sainte, les prisonniers qui ont perdu l’espoir et la foi à cause de leur condamnation puissent trouver réconfort et espoir grâce à des programmes de réhabilitation et de réinsertion. Il suggère d’ouvrir une Porte Sainte dans une prison, « comme un signe invitant les prisonniers à affronter l’avenir avec espoir et un sentiment renouvelé de confiance ». 

Le pape salue la foule lors de la messe au stade Roi Baudouin à Bruxelles, le 29 septembre dernier. Plus de 35.000 personnes étaient rassemblées pour célébrer l’eucharistie et assister à la béatification de la religieuse Anne de Jésus.
Photo : J. Bihin / National Committee Papal Visit 2024.

François invite également à prêter attention à d’autres groupes et à prendre soin d’eux : les malades et les professionnels de la santé ; les jeunes, parce qu’ils incarnent l’espérance et la joie de l’Église et du monde ; les migrants, pour qu’ils se sentent accueillis ; les personnes âgées et les grands-parents, qui ne méritent pas d’être abandonnés. À propos des milliards de gens vivant sous le seuil de pauvreté, qui manquent du nécessaire, il écrit : « La faim est une plaie scandaleuse dans le corps de notre humanité et elle invite chacun à un sursaut de conscience. » Enfin, le pape exprime son souhait que tous les chrétiens, dans un esprit d’œcuménisme, puissent, ensemble, célébrer Pâques en 2025. 

Comme le recommande le pape François, partons en pèlerinage pour renouveler notre foi en Dieu, pour reconnaître la présence de Dieu dans nos compagnons de pèlerinage et pour rencontrer le Dieu miséricordieux qui nous aime et veut partager sa vie divine avec nous, afin que l’année sainte devienne un moment de grâce et d’espoir renouvelé pour chacun d’entre nous.