Pourquoi prier le rosaire ?

Dans l’un des numéros précédents de notre revue, Christophe Monsieur écrivait que prier avec les psaumes peut susciter des résistances de la part de ceux qui ne les connaissent pas. C’est peut-être encore plus vrai pour une méthode de prière tout aussi ancienne : le rosaire. Pourtant, cette prière ‘testée et éprouvée’ va bien au-delà de la récitation d’une série de ‘Je vous salue Marie’.

par Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier

Je dois vous avouer quelque chose. Pendant des années, je me suis tenu très éloigné du rosaire. Je le trouvais ringard, répétitif et franchement ennuyeux. De mon enfance, je me souviens vaguement d’une veillée de prière, à la veille d’un enterrement. Une voisine venait de mourir et je devais ‘participer au rosaire’, je n’avais pas le choix. Une poignée de personnes âgées, certaines avec un chapelet en main, étaient présentes et marmonnaient des prières, de manière monotone, comme une sorte de mantra. Le rituel m’a semblé durer une éternité, et en plus, il faisait un froid de canard dans l’église !

La pause, tout aussi important

On le sait, être spectateur de la prière n’est pas la bonne manière pour en récolter les fruits. Pour expérimenter la puissance d’une méthode de prière, il faut y participer. C’est ce que j’ai fait bien des années plus tard – à contrecœur – avec le rosaire. C’est arrivé presque par hasard : après une longue balade, je m’étais autorisé une pause dans la chapelle Notre-Dame Auxiliatrice à Moresnet. J’ai été entouré par un groupe de dames qui se sont mises à prier le rosaire. Elles le faisaient apparemment chaque semaine, à heure fixe. L’une d’entre elles a bien voulu me prêter son chapelet.

Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme 
Paul VI

J’ai trouvé cette ‘première fois’ assez inconfortable. J’ai eu du mal avec cette longue série de Je vous salue Marie, que les dames priaient ensuite en allemand… Mais peu à peu, j’ai découvert que la pause après chaque mystère, rythmant la prière, était tout aussi important. Dans ces moments, il semblait que Marie nous offrait, silencieusement, une scène-clé de la vie de son Fils à contempler, une scène différente à chaque fois. Sans cet aspect contemplatif, le rosaire n’est rien d’autre que la récitation telle que je me la rappelais de mon enfance. « Si la contemplation fait défaut, le rosaire ressemble à un corps sans âme », disait le pape Paul VI. Le risque est alors que la prière se résume à la répétition de formules.

Prendre le temps

Lorsque vous priez un rosaire complet, l’essentiel de la Bonne Nouvelle se déploie sous vos yeux. Les principaux versets de l’Évangile et des Actes des Apôtres prennent tout leur sens. Vu sous cet angle, le rosaire est un excellent outil de méditation. Mais il ne faut pas non plus prendre cette méthode de prière comme une course contre la montre. Pour laisser venir à soi les 15 (ou 20) mystères, il faut prendre le temps.

Notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens

Il y a 300 ans de cela, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort – que ses contemporains surnommaient « l’Apôtre du Rosaire » – l’avait bien compris. « C’est une pitié de voir comment la plupart disent leur chapelet ou leur rosaire. Ils le disent avec une précipitation étonnante et ils mangent même une partie des paroles », écrivait-il dans son Secret admirable du très saint Rosaire. « On ne voudrait pas faire un compliment de cette manière ridicule au dernier des hommes, et on croit que Jésus et Marie en seront honorés !… Après cela, faut-il s’étonner si les plus saintes prières de la religion chrétienne restent quasi sans aucun fruit, et si, après mille et dix mille rosaires récités, on n’en est pas plus saint ? »

De mauvaises habitudes

Dans son Traité de la vraie dévotion, Montfort met en avant un autre élément problématique. Il décrit des personnes qui, tout en égrenant rosaire sur rosaire, n’en font rien de précis. Ils prétendent être de grands dévots à Marie, mais « dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se faire beaucoup de violence pour se corriger ». Ce que le missionnaire breton veut peut-être dire, c’est que notre prière, pour être efficace, n’est pas séparée de notre vie quotidienne en tant que chrétiens. À quoi sert-il de se consacrer à la prière chaque jour ou chaque semaine si, après le signe de croix, on se remet en mode ‘off’ ?

« Assis au chevet d’un malade, je me sens porté par Dieu »

Dans de nombreuses paroisses, le diacre est un visage familier. Pourtant, ses fonctions au sein et autour de l’église restent méconnues du grand public. Les diacres sont-ils des « demi-curés », comme l’a bien formulé ma voisine âgée ? Ont-ils une vocation, semblable à celle des prêtres ? Il est temps de discuter avec Johan Van der Vloet (65). Depuis presque 30 ans, ce papa de 4 enfants et papy de 7 petits-enfants travaille comme diacre permanent dans la « Druivenstreek », la région viticole dans le Brabant flamand.

« Dès les débuts de l’Église il y avait des diacres », commence Johan. « Dans son livre des Actes des Apôtres, Luc parle de leurs tâches. Ils s’occupaient des pauvres et des veuves, proclamaient la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et assistaient les évêques – les chefs des premières communautés ecclésiales – notamment pour les baptêmes et les confirmations. La gestion des biens de l’Église leur était également confiée. Ainsi, saint Laurent, en tant que diacre, reçut la mission de prendre soin des trésors de l’Église. Il vendit tout et donna l’argent aux pauvres, qui, selon lui, étaient les véritables trésors de l’Église. »

« À mesure que la figure du prêtre devenait plus importante à partir du quatrième siècle, au début du Moyen-Âge, le diacre est passé au second plan », explique Johan. « Le diaconat n’était plus qu’une étape vers le sacerdoce. Ce n’est qu’avec le Concile Vatican II que cela a changé. Dans les années 1960, il y avait l’appel à donner plus de responsabilités aux laïcs dans l’Église. Le Concile s’est tourné vers le christianisme primitif et a instauré l’office du diacre permanent. Beaucoup d’hommes mariés ont accueilli cela avec enthousiasme, y compris dans notre pays. »

« Comment décrire ma vocation ? Le sentiment que quelqu’un vous demande de faire quelque chose », dit Johan Van der Vloet, diacre dans le Brabant flamand

Laver les pieds

Quelles sont précisément les tâches d’un diacre permanent ? Une question qui divise les esprits encore aujourd’hui. Certains les voient assumer de plus en plus les tâches des prêtres, tandis que d’autres préfèreraient qu’ils se consacrent à la tradition ancienne de l’aide aux pauvres. « Pour moi, les mot-clés sont la servitude et le dévouement », dit Johan. « Quelqu’un a utilisé l’image de Jésus lavant les pieds des apôtres le Jeudi Saint. Le rôle servante l’Église. » Une vocation propre, donc, pas un « demi-prêtre » ou « prêtre raté » comme le pensait ma voisine.

Dans la Druivenstreek – comprenant les communes de Huldenberg, Overijse et Hoeilaart, soit 13 églises et chapelles – Johan est actif dans de nombreux domaines. Il conduit des célébrations en l’absence de prêtre, célèbre des funérailles, préside des baptêmes et des mariages, aide à la catéchèse de la confirmation et porte la communion aux malades. Dans la zone pastorale, Johan contribue au projet « Église aux bras ouverts », une initiative ecclésiale innovante. « En raison du nombre décroissant de vocations sacerdotales, les paroisses comptent souvent sur les diacres, dit-il, bien qu’ils ne puissent pas remplacer le curé. Seul ce dernier peut présider l’Eucharistie, donner l’onction des malades ou entendre les confessions. »

Une vocation tardive ?

Johan, qui a étudié la théologie et la psychologie, avait 37 ans lorsqu’il a été ordonné diacre. Avait-il alors une « vocation tardive », comme on dit ? Pas vraiment : « Je voulais faire quelque chose dans l’Église, rendre service aux hommes. Qu’on soit marié ou non, si on souhaite devenir diacre permanent, on doit avoir au moins 35 ans. En tant que psychologue, on accompagne les gens dans la joie et la tristesse, mais la perspective est différente de celle d’un diacre. C’est ce que j’ai découvert au fil du temps. »

« Comment décrire ma vocation ? Le sentiment que quelqu’un vous demande de faire quelque chose », dit Johan. « Je garde de très bons souvenirs du moment où j’ai été ordonné diacre par le cardinal Danneels, entouré par ma petite famille. Un moment particulier, j’avais vraiment l’impression d’être soutenu, d’être porté. »

Expérience de Dieu

« Je n’utilise pas souvent le mot ‘expérience de Dieu’, dit Johan, mais dans mon travail de diacre, il m’arrive parfois de me sentir inspiré. Parfois, après un sermon, je reçois des compliments des fidèles. Mais je relativise cela, car je ne suis que l’exécutant. L’inspiration vient de l’extérieur. L’idée que Jésus est tout proche, je l’ai ressentie le plus fortement pendant mon stage, il y a 30 ans. Visiter les malades, accompagner les mourants : honnêtement, je n’en avais pas envie. J’avais peur de ne pas y arriver. Quand vous entrez dans une chambre d’hôpital ou que vous vous asseyez au chevet de quelqu’un, vous vous sentez vraiment soutenu par Lui. Vous n’êtes plus la personne effrayée que vous étiez. »

Propos recueillis par
Glenn Geeraerts

L’hostie n’est pas un paquet de beurre 

Lorsque nous communions, nous le faisons souvent machinalement, sans réfléchir. C’est étonnant, car l’Eucharistie est incontestablement le moment où nous rencontrons le Seigneur ressuscité, comme lorsque nous prions.

La communion va tellement de soi pour de nombreux fidèles qu’ils ne pensent plus réellement à ce qu’ils font. Ils arrivent devant le prêtre, reçoivent l’hostie, marmonnent un rapide ‘amen’ et s’en retournent avant même d’avoir porté l’hostie à leur bouche. Un moment important et sacré se dilue bien souvent dans un acte banal et machinal. Une sorte d’automatisme, comme lorsque nous déposons un paquet de beurre ou une botte de carottes sur le tapis roulant du supermarché et que nous avons déjà préparé notre carte bancaire. 

Si prier signifie louer le Seigneur, le remercier et demander son aide, l’Eucharistie n’est-elle pas une méthode de prière expérimentée ?

Quel est le rapport avec la prière, se demanderont certains. Eh bien, ce rapport existe et il est même essentiel ! Si prier signifie louer le Seigneur, le remercier et demander son aide, l’Eucharistie n’est-elle pas une méthode de prière expérimentée ? Si le sacrement de l’Eucharistie consiste à nous permettre de rencontrer le Christ ressuscité dans la communion, y a-t-il une autre attitude possible que de se rendre à l’autel de manière démuni et en priant ? 

cliché Laurens Vangeel

Un cœur réconcilié

Les sacrements ne sont pas séparés de la vie. Il en va de même pour l’Eucharistie. En tant que chrétiens, nous avons besoin d’une conversion constante, non seulement à la messe dominicale, mais à toute heure de la journée. Il ne sert pas à grand-chose de participer à la communion si, peu de temps auparavant, vous avez propagé des ragots à propos de telle ou telle personne sur le parvis de l’église.

Si vous êtes en conflit avec quelqu’un depuis des semaines, pourquoi ne pas vous réconcilier d’abord avec cette personne, même si c’est à contrecœur ? Jésus le disait déjà à ses disciples : « Quand tu vas présenter ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère puis reviens présenter ton offrande » (Mt 5, 23).  

Pour recevoir l’hostie, il est d’abord nécessaire de se réconcilier entre nous mais aussi avec Dieu.

Le verbe ‘se réconcilier’ utilisé ici est très significatif. Pour recevoir l’hostie, il est d’abord nécessaire de se réconcilier entre nous mais aussi avec Dieu. « Un cœur réconcilié avec Dieu est capable de participer de manière authentique à l’Eucharistie », écrivait Benoît XVI, qui donnait également quelques conseils pour mieux se préparer à communier : « N’entrez pas dans l’église à la dernière minute, mais soyez bien à temps, afin de pouvoir vous repentir en silence avant le début de la liturgie. Prenez le temps de faire votre examen de conscience. Essayez de jeûner au préalable, ne serait-ce qu’une heure. Si vous avez péché gravement, confessez-vous. » 

Prenez et mangez

Devrions-nous donc être des saints, même à moitié, lorsque nous recevons la communion ? Pas du tout. Mais nous devons être prêts à devenir saints, c’est-à-dire à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour proclamer, en paroles et en actes, le message d’amour du Christ.  

« L’Eucharistie n’est pas le salaire des saints, mais le pain des pécheurs » nous dit le pape François (cliché Unsplash)

« Jésus nous connaît, il sait que nous sommes pécheurs et que nous commettons tellement d’erreurs », déclare le pape François. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir unir sa vie à la nôtre : « Il sait que nous en avons besoin, car l’Eucharistie n’est pas le salaire des saints, mais le pain des pécheurs. C’est pourquoi il nous exhorte : ‘Prenez et mangez’. » 

Le pape souligne encore le pouvoir de guérison de l’hostie. Seul, on n’arrive pas toujours à se sortir des problèmes, à trouver la paix avec soi-même, à se relever et à aller de l’avant. On n’y parvient qu’avec l’aide du Christ, que nous pouvons rencontrer dans ce petit morceau de pain. N’ayons pas peur de dire avec conviction : «Dis seulement une parole, et je serai guéri. » 

Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier 

L’homme juste qui communie  
devient un autre Jésus-Christ,  
Est rempli de son esprit  
et de sa vie.  

Mangeons ce pain vivant,
buvons ce vin des anges, 
mais fréquemment,  
mais saintement.  

Mangeons, buvons  
et nous engraissons,  
mangeons, buvons  
et nous enivrons, 
et rendons à Dieu nos louanges. 

(Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, cantique 158, 9) 

L’homme qui a enfoui sa foi dans le sol

Les paraboles du Nouveau Testament nous laissent souvent perplexes. C’est le cas notamment du récit des talents, dans l’Évangile de Matthieu, dans lequel le serviteur qui a enfoui l’argent de son maître est qualifié de paresseux et d’oisif, alors qu’il voulait tout simplement mettre cet argent à l’abri.

Un homme part en voyage et confie son argent – respectivement 5, 2 et 1 talents – à ses trois serviteurs. Lorsqu’il revient chez lui, deux de ses serviteurs ont une bonne nouvelle : ils ont fait fructifier leurs talents, ce qui leur a permis de doubler la valeur de ce qui leur avait été confié. Ces deux serviteurs sont récompensés et sont autorisés à s’asseoir à la table du banquet. Le troisième serviteur avoue qu’il a eu peur et a enterré le talent reçu. Ce talent n’a donc pas fructifié. Le maître est furieux : si le serviteur avait au moins placé ce talent à la banque, il aurait rapporté des intérêts. Mais désormais, il ne vaut presque plus rien. Le serviteur est alors mis dehors sans ménagement.

La parabole des talents, dans l’Évangile de Matthieu (Mt 25, 14-30), soulève plusieurs interrogations. À première vue, elle semble concerner une question financière. À l’époque de Jésus, un talent était une somme valant plus de 30 kilos d’argent. Les ‘bons’ serviteurs parviennent tous deux à doubler la somme qui leur a été confiée, soit 7 talents supplémentaires à eux deux (ce qui équivaut à plus de 200 kilos d’argent). Ce n’est pas rien : ils en sortent gagnants, même s’ils ont dû donner de leur personne et persévérer. Le serviteur ‘paresseux’ est perdant : dans le pire des cas, le talent qu’il a mis à l’abri a perdu de sa valeur.

Une question de confiance

Est-ce que Matthieu, à travers cette parabole, essaie de nous dire que nous devons être de bons investisseurs ? Que ceux qui recherchent un profit financier seront récompensés ? Et que ceux qui prennent soin de ce qui est précieux seront traités comme des moins que rien ? Pourquoi le maître fait-il jeter dans les ténèbres le troisième serviteur ?

Est-ce que Matthieu, à travers cette parabole, essaie de nous dire que nous devons être de bons investisseurs ? Que ceux qui recherchent un profit financier seront récompensés ?

Nous ne devons pas tomber dans le piège qui consiste à prendre cette histoire, tout comme d’autres récits de la Bible, au pied de la lettre. Comme toute parabole, l’histoire des talents a une signification plus profonde. Il ne s’agit pas d’argent et de monnaie sonnante et trébuchante, mais de confiance et de foi. Car cette foi – notre foi – peut prendre des chemins parfois très différents. Nous pouvons mettre nos dons au service de nos semblables, afin qu’à leur tour ils portent des fruits. Les deux serviteurs fidèles n’ont pas voulu trahir la confiance que leur maître avait mise en eux. Ils ont fait fructifier leurs talents. Ils ont pris des risques pour leur maître, et avec succès : les talents ont doublé de valeur. Leur foi a fructifié, s’est épanouie.

Poussé par la peur

Le troisième serviteur, quant à lui, est traité de ‘mauvais’, de ‘paresseux’ et de ‘bon à rien’. Lui aussi s’est vu confier une partie des trésors de son maître, mais il l’a enfouie dans le sol. Il n’a voulu prendre aucun risque. « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton talent dans la terre », avoue-t-il à son maître. Ce n’est pas la foi, mais la peur qui l’a animé. Cela nous donne matière à réflexion : comment gérons-nous les talents que le Seigneur nous a confiés ? Les partageons-nous avec nos amis, nos connaissances ? Notre foi nous incite-t-elle à rendre service à nos parents, nos enfants, nos petits-enfants ? Un petit mot gentil, un encouragement muet, un ‘merci’ sincère… : même le geste le plus anodin est une étincelle de foi.

En enterrant l’argent qui lui avait été confié, le serviteur n’a plus à s’en soucier. De ce fait, il laisse s’estomper toute trace de son maître. « Le voici, voilà ce qui t’appartient » dit-il lorsque son maître lui réclame son argent. Le message est clair : le talent est à toi, je ne l’ai pas utilisé et ce ne sont plus mes affaires.

À cause de son attitude, dictée par la peur et l’attentisme, ce serviteur paresseux n’a pas utilisé ses talents. Il a pris un mauvais chemin.

À cause de son attitude, dictée par la peur et l’attentisme, ce serviteur paresseux n’a pas utilisé ses talents. Il a pris un mauvais chemin. Le maître de maison lui prédit un avenir maussade : il finira ‘dans les ténèbres extérieures’, là où il n’y a que ‘des pleurs et des grincements de dents’. Cela ressemble à une description de l’enfer. Aujourd’hui, nous pourrions formuler cela différemment : le serviteur tourne le dos à son maître et choisit la solitude. Mis dehors, dans les ténèbres, il restera privé de la lumière et de la chaleur de la maison du Seigneur.

Glenn Geeraerts
Inspiré par Régis Burnet,
‘24 heures de la vie de Jésus’ (PUF, 2022)

Prier pour nos ennemis ?

Nous avons l’habitude de prier pour nos proches : nos amis, notre famille, les gens que nous aimons. Qu’en est-il des autres ? De nos ennemis, par exemple ? Sommes-nous prêts à prier le Seigneur pour eux
aussi ?

Lorsque j’entreprends un pèlerinage à pied, mes amis et connaissances savent qu’ils vont avoir de mes nouvelles. Ils me confient leurs intentions de prière et je m’engage à prier pour eux tout au long du chemin. Une situation de ce genre ne vous est pas inconnue : nous avons l’habitude de prier pour les personnes que nous aimons ou pour lesquelles nous avons de la sympathie.

Mais pourquoi ne pas prier pour ceux que nous n’aimons pas ou avec lesquels nous n’avons jamais réussi à sympathiser et que nous préférons éviter ? Un voisin avec lequel vous êtes en conflit depuis plusieurs années pour Dieu sait quelle raison… Votre soeur cadette qui a coupé tous les ponts pour une question d’héritage… Quelqu’un à qui vous vous êtes livré en toute confiance et qui ne s’est pas privé de raconter votre secret dans le village…

Un exercice inconfortable

Prier pour ses ennemis ? Plus facile à dire qu’à faire ! Un jour, on m’a demandé d’écrire le nom de 5 personnes pour lesquelles je pourrais prier quotidiennement. Ça a été un jeu d’enfant ! La question suivante était : écrivez le nom de 5 personnes pour lesquelles vous ne prieriez jamais. Le simple fait d’y réfléchir a suscité une certaine résistance. J’ai eu du mal à coucher ces noms sur le papier. Puis est arrivée la dernière tâche : essayez de prier pour chacune des personnes de la deuxième liste…

Un ennemi qui vous veut du mal, il faut l’aimer du fond du coeur

Cet exercice inconfortable m’a rappelé les paroles de Louis-Marie Grignion de Montfort. « Aimer ses amis est facile », écrivait-il dans l’un de ses cantiques. « Aimer ses ennemis, cela devient héroïque. Mais si vous ne le faites pas, vous serez perdus à jamais. » Et d’ajouter : « Un ennemi qui vous veut du mal, il faut l’aimer du fond du coeur. »

Saint Louis-Marie connaissait parfaitement l’Évangile. Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus appelle en effet ses disciples à aimer leurs ennemis et à prier pour ceux qui les persécutent « afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 44-45).

La voie de la perfection

Dieu pourrait se faciliter la tâche en ne se préoccupant que du sort des bons de ce monde et en ignorant les pécheurs – les ‘méchants’ et les ‘injustes’ de l’Évangile de Matthieu. Mais ce n’est pas le cas. Dieu pardonne, permet à l’amour de triompher et attend de nous que nous fassions de même. Selon les mots de Jésus : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (5, 48).

Jésus s’est rendu compte que les hommes et les femmes avaient encore un long chemin à parcourir à cet égard. Et ce qui était vrai à son époque l’est toujours aujourd’hui. Déclarer trois fois de suite à ceux qui vous interrogent que vous ne connaissez pas Jésus, parce que vous voulez avant tout sauver votre peau, n’est pas vraiment une preuve de perfection. Pareil lorsque nous répandons des ragots pour dénigrer quelqu’un (à qui cela n’est-il jamais arrivé ?)…

Jésus n’appelle pas à la vengeance, il va jusqu’à pardonner aux hommes qui lui ont ôté la vie !

Jésus, lui, a réagi différemment, même après qu’on l’ait condamné à mort et cloué sur une croix ! À sa place, je me serai insurgé à la fois contre mes bourreaux et contre les spectateurs avides de sensations fortes. Chez Jésus, rien de tout cela. « Père, pardonne- leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34) : ses premières paroles sur la croix, telles qu’elles ont été rapportées par trois des évangélistes, ne sont-elles pas stupéfiantes ? Jésus n’appelle pas à la vengeance, il va jusqu’à pardonner aux hommes qui lui ont ôté la vie !

La prière ou la haine

On peut reformuler cette attitude autrement. Repensez un instant à votre voisin. Les querelles de voisinage peuvent avoir des causes très diverses : une branche qui dépasse, une musique trop forte, un chien qui aboie, une foreuse dans le mur mitoyen… Ce qui n’est au départ qu’un léger désagrément peut prendre des proportions importantes. On commence à râler sur son voisin, puis on en arrive à le détester. Dans certains cas, la dispute est même portée devant le juge de paix, qui s’aperçoit très souvent que les personnes en cause ne se sont en réalité jamais parlées…

Celui qui pardonne le mal, devient plus humain et s’élève au-dessus de lui-même

Une discussion franche aurait sans doute permis de résoudre les choses. Mais voilà, peut-être que votre voisin n’est pas ouvert à la discussion ou est de mauvaise volonté ? Dans ce cas – et surtout dans ce cas – vous feriez bien de prier pour lui. Ne serait-ce que pour faire ressortir ce qu’il y a de bon en lui. « Celui qui pardonne le mal, écrivait saint Louis-Marie, devient plus humain et s’élève au-dessus de lui-même. Par contre, nourrir la haine du prochain ne fait qu’accroître le mal. Et il ne nous rapproche pas de la perfection que Jésus attend de nous. »

Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier

Samedi, jour de Marie

Traditionnellement, le samedi est consacré à la Vierge Marie. Une dévotion que nous avons perdue de vue et qui mérite d’être restaurée. 

Le samedi est-il vraiment consacré à Notre-Dame ? N’avons-nous donc pas le droit de la prier les autres jours ? La réponse à la première question est : oui. La coutume de consacrer le samedi à la Vierge Marie est vieille de plusieurs siècles. Il s’agit d’une tradition monastique datant de l’époque de Charlemagne qui s’est répandue dans toute l’Europe. Dans les abbayes carolingiennes, les moines avaient pris l’habitude de commémorer chaque jour de la semaine un événement particulier de l’histoire de la Passion. Le mercredi, par exemple, ils commémoraient la trahison de Jésus par Judas Iscariote, et le vendredi, ils commémoraient sa mort sur la croix. Le mercredi et le vendredi n’étaient pas par hasard des jours de jeûne au monastère. 

Marie est restée fidèle

Mais pourquoi le samedi est-il associé à Marie ? Certains disent qu’il s’agit d’une référence au Samedi saint. Alors que les disciples de Jésus ont disparu de la scène après sa mort sur la croix, Marie est restée fidèle. Elle n’a pas abandonné son Fils, mais a prié pour lui. Sa foi et son espérance en la résurrection ont été plus fortes que son chagrin, qui devait pourtant être incommensurable. Comment pourrait-il en être autrement quand on voit son enfant mourir ? Marie, attendant la résurrection, a inspiré l’artiste hongroise Maria de Faykod pour la quinzième station du chemin de croix des malades à Lourdes. 

Alors que les disciples de Jésus ont disparu de la scène après sa mort sur la croix, Marie est restée fidèle.

D’autres cherchent une explication dans le fait que le samedi… précède le dimanche. Chaque dimanche, semaine après semaine, nous célébrons la résurrection du Christ. Nous pouvons donc considérer le samedi comme un ‘jour de Préparation’, pour reprendre un terme biblique : la veille du sabbat, les Juifs se préparaient au jour du Seigneur (Lc 23, 54). Avec Marie, nous nous préparons à la fête de la vie que nous célébrons à l’église le dimanche. 

Tous les jours

À la deuxième question que nous avons posée ci-dessus – pouvons-nous prier Marie uniquement le samedi ? – il est facile derépondre. En termes liturgiques, la mémoire de Marie le samedi est une ‘mémoire facultative’ pour le temps ordinaire. Lorsqu’il n’y a pas d’autre fête ou solennité au calendrier ce jour-là, les prêtres peuvent célébrer la messe en l’honneur de Marie. Ceux qui prient les heures peuvent alors utiliser des prières et des lectures spéciales.  

Grâce à sa foi inébranlable, Marie est aujourd’hui encore un exemple pour des millions de chrétiens.

Bien entendu, il n’y a pas de mal à prier Marie (et à prier avec elle) tous les jours de la semaine, bien au contraire ! Nous savons que de nombreuses personnes ne se rendent plus à l’église le dimanche. Leur santé ne le leur permet pas, ou au pire la paroisse a été supprimée. Mais ils s’obstinent à prier chaque matin et chaque soir trois ‘Je vous salue Marie’ et beaucoup suivent le chapelet à Lourdes sur KTO. Grâce à sa foi inébranlable, Marie est aujourd’hui encore un exemple pour des millions de chrétiens. Nous lui confions tous nos soucis et nous pouvons compter sur elle pour intercéder auprès de son Fils, Jésus. 

Remy De Geest 

Le chemin de croix : pas besoin de spectateurs

Dans de nombreuses églises, le chemin de croix n’est plus vraiment mis en avant pendant l’année liturgique. Pourtant, il y a de bonnes raisons de ne pas ignorer la souffrance de Jésus. La Semaine sainte nous rappellera bientôt ses dernières heures sur Terre. 

Lorsque Jésus sent que ses ennemis l’ont pris pour cible et ne vont plus le lâcher, il prévient ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Les paroles de Jésus s’adressent aussi à chacune et chacun d’entre nous, en particulier à l’approche de Pâques. Quant à savoir si nous y répondrons, si nous nous laisserons interpeller, c’est une autre histoire ! Et même dans les paroisses qui organisent le chemin de croix lors du Vendredi saint, très peu de fidèles sont présents. Notamment parce qu’ils devraient prendre congé pour l’occasion et que très peu d’employeurs permettent à leur personnel de faire relâche le Vendredi saint. 

Prier et contempler

Pourtant, participer au chemin de croix peut représenter une forme de prière profitable. Par la pensée, nous sommes proches de Jésus lors de son dernier voyage dans les rues de Jérusalem. Selon la tradition, le chemin de croix comporte 14 arrêts, nommés ‘stations’. Nous suivons Jésus depuis sa condamnation à mort dans le palais de Pilate jusqu’à son dépôt par deux hommes dans un tombeau taillé dans la roche. À chaque station, nous prenons le temps de parcourir un texte, extrait d’Évangile ou légende transmise, comme le tableau dans lequel Véronique tend son voile à Jésus afin qu’il puisse s’éponger le front.

Vue du calvaire à Moresnet-Chapelle, lieu de pèlerinage
dans le diocèse de Liège (image : G. Geeraerts)

À Banneux ou à d’autres lieux de pèlerinage, on croise souvent des groupes de pèlerins parcourant le chemin de croix en priant. Un bon accompagnateur de pèlerinage propose des incitations à la méditation – bien utiles si l’on est en panne d’inspiration – mais veille également à ce que le silence puisse se faire à chaque station. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de participer à un chemin de croix accompagné à Moresnet, près de la frontière allemande. Le père Jos Van den Bergh, montfortain, a fait le lien entre chaque tableau et un moment difficile de sa propre vie. En tant que pèlerin, cela m’a contraint à réaliser le même exercice, en silence. 

La neutralité n’existe pas

Tout comme d’autres formes de prière, le chemin de croix n’est pas ‘gratuit’. Il ne s’agit pas d’une partie de bingo dont le vainqueur a colorié 14 boules sur sa carte. Nous suivons le Christ, croix sur l’épaule, au milieu d’une foule qui le dévisage et le raille : « Venez toutes et tous découvrir un spectacle comme vous n’en avez jamais vu ! » Une foule qui, identique et tout aussi nombreuse, l’acclamait frénétiquement une semaine auparavant. Cela aussi donne à réfléchir… 

Sur le chemin vers la Croix, nous ne pouvons pas être neutres

Pape Benoît XVI

Un jour, le pape Benoît XVI a évoqué, après le chemin de croix du Vendredi saint, le rôle de Ponce Pilate dans le récit de la Passion. Pilate, le plus haut fonctionnaire romain, s’en est lavé les mains : c’était au peuple de décider du sort de ce Jésus. Il a préféré se tenir à l’écart, ne pas se sentir concerné. « Sur le chemin vers la Croix, nous ne pouvons pas être neutres », a expliqué le pape. « C’est précisément parce qu’il a essayé d’être neutre, en voulant rester en dehors de cette affaire, que Pilate a pris une position claire contre la justice. » 

Pour Benoît XVI, 2000 ans après les événements funestes du Golgotha, nous devons nous aussi trouver notre place. Chaque station invite à se repentir : « Le chemin de croix n’est lié ni à un temps ni à un lieu en particulier. La croix du Seigneur étreint le monde entier, son chemin de croix couvre tous les continents et traverse tous les siècles. Nous ne pouvons pas être de simples spectateurs du chemin de croix de Jésus. Nous avons un rôle à y jouer. Où et comment allons-nous nous situer ? » 

Un chemin qui ne s’arrête pas au tombeau

Pour ceux qui ne connaissent pas le chemin de croix, le fait de le prier peut paraître choquant ou même déprimant. C’est compréhensible : beaucoup de chrétiens ont du mal à associer la mort sur la croix, la descente de croix et la mise au tombeau – les trois dernières étapes de la vie de Jésus sur Terre – à la résurrection, même si Pâques en est approche.  

Pour ceux qui ne connaissent pas le chemin de croix, le fait de le prier peut paraître choquant ou même déprimant

Lorsque je suis allé à Lourdes pour la première fois l’été dernier, notre ami Robrecht De Gersem m’avait conseillé d’effectuer le chemin de croix des malades. Ce dernier, construit sur un terrain plat, est physiquement moins rude que l’ancien, qui obligeait les pèlerins à gravir une pente raide pour se rendre d’une station à l’autre.  

Un pèlerin admirant la dernière station du nouveau chemin de croix 
à Lourdes : le Seigneur ressuscité se révèle aux disciples d’Emmaüs
(image: G. Geeraerts)

La symbolique du ‘nouveau’ chemin de croix à Lourdes est particulièrement puissante. Après la 14e station, un arrêt supplémentaire nous amène au Samedi saint. Marie figure sur le tableau, mais chaque pèlerin – qui attend souvent la résurrection avec impatience – peut également s’y reconnaître. Une 16e station représente le Ressuscité lui-même, débordant de vie. Quant à la 17e et dernière station, elle raconte l’histoire émouvante des disciples d’Emmaüs, reconnaissant le Seigneur ressuscité lorsqu’il rompt le pain devant eux. Il n’est pas mort, il est vivant et son amour pour nous est éternel : tel est le message de l’histoire de la Passion. 

Glenn Geeraerts
traduit du néerlandais par Michel Charlier 

Prier comme Jésus

Les Pères de l’Église en étaient conscients : prier ne va pas de soi. Trouver une méthode de prière qui nous convienne demande souvent une certaine recherche. C’est pourquoi nous vous donnons quelques conseils. Et, en la matière, il n’y a pas meilleur précepteur que Jésus, comme le prouve le Notre Père.

Si vous êtes abonné à notre revue, il y a de fortes chances que vous soyez pratiquant régulier. Certains d’entre vous ont sans doute la possibilité de célébrer l’eucharistie tous les jours. D’autres, en revanche, regardent la messe à la télévision ou suivent les émissions de KTO. Tous ces chemins sont bons et utiles. Car, pour les catholiques, quoi de mieux que la rencontre avec le Christ vivant lors de la communion ?

En parlant de rencontre… nous nous réjouissons bien évidemment d’être entourés par d’autres personnes. Que vous vous rendiez le samedi ou le dimanche dans l’église de votre paroisse ou que vous participiez à la messe dans un monastère ou une abbaye, vous percevez que vous faites partie d’une communauté de croyants. Et vous pouvez même éprouver ce sentiment à distance, lorsque vous regardez la messe télévisée depuis votre fauteuil, votre lit d’hôpital ou à la maison de repos.

Intimité

Faire partie d’une communauté célébrante ne signifie pas pour autant que nous pouvons négliger notre prière personnelle. Le soleil ne brille pas tous les jours dans notre cœur. Parfois, on y trouve de la pluie, de l’orage ou un épais brouillard dans lequel nous risquons de nous perdre. Dans ces moments de tristesse, de crainte ou de frustration, il peut être salutaire de faire un retour sur nous-même et de nous tourner vers le Seigneur en toute simplicité. C’est l’essence-même de la prière.

Le soleil ne brille pas tous les jours dans notre cœur. Parfois, on y trouve de la pluie, de l’orage ou un épais brouillard.

« Aucune communauté ne peut prendre en charge ni porter ma colère, ma rage ou ma déception », écrit le journaliste Leo Fijen. « Aucune abbaye, aucune paroisse ne peut effacer la douleur de nos vies. Nous ne pouvons pas nous passer de cette communauté, à la périphérie, qui écoute notre souffrance, mais cette communauté ne peut entrer dans notre intimité. Heureusement, la prière peut le faire : accueillir Dieu les mains ouvertes et nous savoir reliés à Lui dans notre intimité la plus profonde. »

(c) Unsplash / Zac Durant

Par où commencer ?

Je n’ai jamais appris à prier. Je n’ai ni le temps ni la patience. J’essaie de prier le chapelet tous les jours, mais je me laisse trop facilement distraire. Je ne sais pas par où commencer. Je veux prier, mais je ne trouve pas les mots justes. Je n’arrive plus à prier depuis le décès de mon mari…

Les raisons pour lesquelles nous n’arrivons pas à prier ne manquent pas. Peut-être est-ce tout simplement parce que nous n’avons pas trouvé la bonne ‘méthode’ de prière, c’est-à-dire celle qui est la mieux adaptée à notre personnalité, à un moment précis de notre vie.

Une de mes amies lisait chaque jour deux chapitres de l’évangile et méditait sur quelques textes de la Bible. Mais les maux de la vieillesse ont rendu cette tâche de plus en plus difficile. Elle avait du mal à se concentrer sur des passages longs ou complexes. Aujourd’hui, elle a ‘redécouvert’ le chapelet de sa jeunesse et sa prière est à nouveau bien vivante.

Apprendre de Jésus

Il faut donc parfois tâtonner avant de trouver une façon de prier qui porte du fruit et ait du sens. Dans les prochains articles, nous vous présenterons quelques méthodes qui ont ‘fait leurs preuves’… même si prier n’est pas nécessairement plus facile ou plus fluide parce que l’on a de l’expérience en la matière. À ce sujet, le pape Benoît XVI disait : « Nous devons apprendre à prier comme si nous devions maitriser cet art encore et encore. Même ceux qui sont très avancés dans leur vie spirituelle continuent d’éprouver le besoin d’apprendre constamment de Jésus pour apprendre à prier de manière authentique. »

Nous devons apprendre à prier comme si nous devions maitriser cet art encore et encore.

Mais comment ‘apprendre de Jésus’ ? Il ne faut pas chercher bien loin, car Il donne l’exemple dans l’évangile en priant le Notre Père. Une prière qui résonne dans la bouche des chrétiens depuis plus de 2000 ans. Ceux qui veulent revitaliser leur prière peuvent commencer par celle que le Fils adresse à son Père.

La traversée du désert

Réaliser que Jésus nous a précédés dans la prière peut nous aider à ne pas réciter le Notre Père comme une routine, à la hâte, mais bien lentement, avec de courtes pauses en phase avec la ponctuation. Réfléchissons à chaque phrase du Notre Père. Certains seront étonnés – même s’ils ont prononcé ces mots des milliers de fois – de constater qu’il y a sept demandes dans le Notre Père. Essayons de les laisser pénétrer en nous.

Une tradition ancienne dit que, pour bien comprendre et méditer le Notre Père, il faut le réciter à l’envers, en commençant par la dernière ligne. Au début, nous avons alors l’homme désespéré – délivre-nous du mal et ne nous laisse pas entrer en tentation. Ensuite, nous cheminons vers Dieu – qui est aux cieux – via un chemin de pardon – pardonne-nous nos offenses. Le texte du Notre Père nous rappelle ainsi les 40 années de voyage du peuple d’Israël. Ce qui a commencé dans le désert, lieu d’épreuve et de désespoir, s’est achevé dans la Terre promise.

Glenn Geeraerts
adaptation : Michel Charlier























































Signes et miracles

Tout au long de la saison des pèlerinages, il arrive de plus en plus souvent qu’entre les grands groupes de pèlerins seule une poignée de fidèles se rende au sanctuaire aux jours de semaine. Mais cela ne nous empêche nullement de célébrer l’eucharistie ou de vivre nos temps de prière habituels. Jésus n’a d’ailleurs pas placé la barre très haut : « En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

Le petit groupe a un avantage : on se parle plus facilement et l’un ou l’autre confie pourquoi son cœur est si attaché à Banneux. Après la bénédiction des malades, Kurt m’a raconté comment, lors d’un pèlerinage, il avait été guéri de crises d’asthme alors qu’il était un petit garçon de trois ans. Depuis 60 ans, il peut à nouveau respirer à pleins poumons. Une dame a raconté comment son père, qui était à la mort, est revenu à la vie grâce à quelques gouttes d’eau de la source. Elle et sa mère étaient d’accord : « Vu son état, nous ne pouvions pas nous tromper. Nous avons donc versé quelques gouttes dans sa bouche. Papa s’est complètement rétabli et est resté avec nous pendant 30 ans encore. Il avait 90 ans quand il est mort. »

Promesse et gratitude

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux témoins que j’ai pu rencontrer. En jetant un coup d’œil sur les nombreux ex-voto, on peut imaginer que de nombreuses prières ont été exaucées. De nombreux pèlerins promettent de se montrer reconnaissants si leur requête est exaucée (ex voto signifie : à cause d’un vœu, d’une promesse solennelle) et font apposer une petite plaque en signe de gratitude.

En jetant un coup d’œil sur les nombreux ex-voto, on peut imaginer que de nombreuses prières ont été exaucées

« Si les pèlerins ne viennent pas, faites donc de la publicité ! Les signes et les miracles arrivent à point nommé », me conseillait un visiteur bien intentionné. Nous ne voulons certainement pas passer sous silence les bienfaits de Dieu. Mais toutes les prières ne sont pas exaucées, du moins pas comme les priants l’espéraient. « Vous me reconnaissez ? Il y a quelques années, j’ai fait dire ici à Banneux de nombreuses messes pour mon fils atteint d’un cancer. Il a obtenu un sursis de quelques années, mais en mars de cette année, il est mort. Il n’avait que 36 ans ! » Une certaine déception transparaissait dans la voix de ce papa. Par souci d’honnêteté, ce témoignage doit également être mentionné ici.

Jésus et les miracles

Les miracles font partie clairement des évangiles. Les ignorer, c’est dénaturer la Bonne Nouvelle. « Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. » (Lc 4, 40s), c’est ce que dit Luc lorsque Jésus commence son ministère public. On pourrait maintenant supposer que Jésus attend des bénéficiaires de ses guérisons qu’ils lui fassent une bonne publicité. Or, c’est exactement le contraire qui se produit : à plusieurs reprises, il interdit aux personnes guéries de parler de leur guérison.

La plupart du temps, ce sont les malades ou leurs accompagnateurs qui prennent l’initiative et s’adressent à Jésus en le priant de les aider. Il suffit de penser au lépreux qui s’approche et se jette aux pieds de Jésus ou au paralytique que quatre porteurs font descendre devant Jésus à travers le toit découvert. Mais il arrive aussi que le Nazaréen prenne lui-même l’initiative. Il voit une pauvre femme toute courbée et lui dit : « Femme, tu es délivrée de ta souffrance. » Il lui impose les mains et elle peut se redresser (Lc. 13, 10-17). Aucune demande ne précède la guérison.

La foi est indispensable. On peut comprendre les disciples qui demandent avec insistance : « Augmente en nous la foi ! » Et Jésus répond : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde… » (Lc 17, 5-6). Il n’est pas étonnant qu’on me pose souvent la question suivante lorsqu’une prière n’a pas été exaucée : « À quoi cela est-il dû ? Notre foi était-elle trop petite, plus petite encore qu’une graine de moutarde ? »

Le miracle de la foi

La foi joue également un rôle central dans les apparitions de Banneux, et en premier lieu chez le prêtre du village, l’abbé Jamin. Il était tourmenté par le doute et craignait que sa foi puisse disparaître complètement. Il lui restait encore une sorte de « foi résiduelle ».

Après les premières apparitions du mois de janvier, certains sont venus à Banneux espérant une guérison. Mme Wathelet d’Ensival, dont la jambe avait une plaie ouverte depuis plus de 20 ans, a pris le bus pour se rendre sur les lieux. En voyant le pauvre filet d’eau au bord du chemin, elle commence à douter : « Si la Vierge souhaite que je croie qu’elle est vraiment apparue ici, elle doit commencer par me guérir. » Lorsqu’elle rentre chez elle et enlève le pansement, sa plaie est fermée.

Le véritable miracle est la foi retrouvée et consolidée

Soixante ans plus tard, en 1993, Hans-Günther vient à contrecœur à Banneux avec sa femme et ses deux filles. Son cœur est gravement endommagé après deux infarctus et la fibromyalgie l’a rendu inapte au travail. Tandis que sa famille se rend à la chapelle des apparitions, il se tient à bonne distance. Il ne veut pas entendre parler de toutes ces « bêtises ».

Mais à la source, il est soudain poussé par une main invisible. Il résiste de tout son corps, mais sans succès. À la source, il retrousse ses manches et plonge ses mains et ses bras dans l’eau. Ce jour-là, Hans-Günther a été guéri. Avec le temps, lui et sa femme ont découvert que le Seigneur avait un plan pour eux. Ils ont fondé une communauté familiale orientée vers la pédagogie curative.

Ces trois histoires ont un point commun. Nous n’avons pas affaire à des croyants modèles, mais à trois candidats à la foi boiteuse. Tout comme l’apôtre Pierre, le Seigneur aurait pu les appeler « hommes ou femmes de peu de foi ». Mais ce n’est pas leur petite foi qui a empêché le miracle de se produire. Bien au contraire : le véritable miracle est la foi retrouvée et consolidée. Le miracle de la foi leur a été offert à tous.

Abbé Leo Palm















Catholiques déroutés

Le rappel de la vocation du chrétien qui découle de son baptême déroute certains fidèles : on attend d’eux un témoignage courageux dans la pratique du dialogue avec ceux qu’ils rencontrent dans le monde. Ils sont perdus quand il s’agit de parler avec des gens qui ne font pas partie de leur cercle d’amis. Il leur semble que ceux qui ne partagent pas leurs convictions sont de plus en plus nombreux. 

La Belgique a en effet beaucoup changé depuis 30 ans. Parmi les 10.000.000 d’habitants de l’époque, 8.700.000 se disaient catholiques, soit 87%. Notre pays est de tradition catholique. En Flandre notamment le catholicisme est lié au sentiment national flamand. Chez nous, les institutions catholiques sont visibles et importantes : églises, écoles, universités, cliniques, syndicats et mutuelles. Elles sont de véritables piliers de la vie sociale. L’État finance les activités de l’Église, rétribue le clergé et subventionne les écoles. 

Le Concile Vatican II appelait à un renouveau et à l’ouverture au monde. Des excès ont décrié les institutions et troublé les esprits. En Wallonie, la laïcité a été active. Il y a 30 ans, il y avait en Belgique 100.000 musulmans (1 %), 125.000 protestants (1,25 %) ; 35.000 juifs (0,3 %) et 1.000.000 d’habitants appartenaient à divers groupes religieux ou étaient sans religion. Ce nombre semble avoir augmenté. La « sécularisation » a rapidement progressé. 

Un monde sécularisé

La « sécularisation » est le fait de « séculariser », c’est à dire de « rendre au siècle », à la vie du monde, quelqu’un qui vivait hors de monde dans le cloître selon une règle : il était donc « régulier ». Ce langage a cours dans le monde religieux pour parler par exemple d’un moine-prêtre qui quitte son ordre pour entrer dans le clergé diocésain : il devient prêtre « séculier » c’est à dire en contact avec le monde. Un objet dit « sacré » qui sert dans le culte est sécularisé quand, en dehors du culte, il sert d’élément profane décoratif. 

Qu’en est-il de la sécularisation de la société ? Depuis les années 1960, plusieurs choses sont intervenues : la perte d’emprise des Églises sur la société, une crise de crédibilité, un repli social du religieux, la privatisation de la foi. La foi religieuse a subi une mutation : la religion d’aujourd’hui se nourrit de souvenirs de la tradition chrétienne pour constituer sa religion personnelle. La sécularisation est dès lors le passage d’un christianisme régulé par une autorité d’Église à un christianisme sans règle.  

Voilà de quoi surprendre les chrétiens qui se soucient d’entrer en dialogue au nom de leur foi avec le monde qui les entoure. 

Une foi immature ? 

Ceux qui participent à la vie de l’Église et qui prennent conscience de leur vocation missionnaire estiment ne pas avoir la formation nécessaire ni même la foi suffisante. Pour eux la tentation est grande de se replier en communautés homogènes ou de se diluer dans la masse.  

De quelle formation ont-ils bénéficié ? Ils ont pu avoir des cours de religion en primaire et en secondaire. Ils peuvent en avoir gardé le petit bagage que peut retenir un adolescent. Ils ont peut-être étudié les sciences religieuses dans une école normale catholique. Ils peuvent s’être inscrits en théologie dans une faculté universitaire comme le font de plus en plus de laïcs de nos jours. 

Les fidèles souhaitent que la messe dominicale leur donne de vivre une authentique expérience communautaire de foi. 

Beaucoup de chrétiens adultes ont reçu dans les branches profanes préparatoires à leur profession, une formation intense et en sont restés au stade de leur adolescence en matière religieuse. Ils ressentent le besoin de formation permanente en matière religieuse comme il en existe dans les sciences profanes qui ne cessent d’évoluer. La religion aussi évolue et les fidèles gagnent à mettre leurs connaissances religieuses à jour pour soutenir leur foi personnelle et leur donner confiance dans le dialogue avec les autres. 

Être Église pour les autres

Pour dialoguer, certains ont trouvé leur foi insuffisante. Ceci concerne la vie intérieure, la vie spirituelle. Dans les synthèses synodales on n’a guère parlé de l’aide spirituelle que l’Église peut apporter pour favoriser la croissance de la foi. Les questions posées concernaient l’organisation concrète de la vie de l’Église. Certaines réponses parlent malgré tout de l’aide qu’il y a lieu d’apporter à chacun à mener sa vie de chrétien. On souhaite des célébrations plus soignées, mieux préparées et mieux présidées. C’est dire combien ceux qui participent aux assemblées dominicales désirent y trouver de quoi nourrir leur foi et leur prière ; souhaitent que la messe dominicale leur donne de vivre une authentique expérience communautaire de foi. 

On demande beaucoup de choses à l’Église. N’oublions pas que chaque baptisé est l’Église pour les autres.

Beaucoup ont parlé de ce qu’ils attendent de l’Église : l’attention à chacun, le souci des malades, des aînés et des jeunes, l’aide aux pauvres. Ce dernier service est le mieux organisé et le plus efficace. Il est assuré par les conférences des saintVincent de Paul où s’activent de nombreux et généreux bénévoles. C’est un modèle dont pourraient s’inspirer d’autres services car le clergé seul, de plus en plus réduit, ne saurait faire face à tous les besoins. 

On demande beaucoup de choses à l’Église. N’oublions pas que chaque baptisé est l’Église pour les autres. Que peut attendre chaque fidèle de son Église et que peut attendre l’Église de lui ? Qu’est-ce que Dieu attend de son Église et qu’est-ce que Dieu attend de nous ? 

Abbé Auguste Reul 

(photo : Unsplash/Ben White)